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Vie professionnelle
XXVIIème congrès au Havre

La Confédération sur le pied de guerre

Que le gouvernement le veuille ou non, l'industrie hôtelière est encore loin d'avoir retrouvé la santé. Après plusieurs années de dialogue avec les pouvoirs publics, l'heure de l'action semble avoir désormais sonné pour l'ensemble de la profession. La Confédération française des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et discothèques appelle donc demain au «combat».

«J'ai beaucoup entendu parler au cours des derniers mois de dizaines de milliers de fonctionnaires défilant dans les rues. Ensuite, des centaines de camionneurs bloquant des routes et des villes. Et aujourd'hui, des internes qui manifestent leur mécontentement. Curieusement, eux sont entendus et obtiennent satisfaction», lance sur un ton fort sarcastique, Jean-Michel Lavrilleux, secrétaire général de la CFHRCD, en s'adressant aux représentants de l'Etat. Et d'ajouter : «Nous et nos 700.000 emplois, nous ne pesons pas lourd aux yeux des pouvoirs publics pour nous permettre d'être entendus... Il ne nous reste donc qu'une solution : faire comme tout le monde ! Nous n'avons cependant pas de camions ni même de tracteurs et nous ne pouvons pas quitter longtemps nos établissements. Alors, nous utiliserons d'autres moyens...»

Vous qui gouvernez le pays, si vous n'avez pas saisi la portée des propos tenus à l'occasion du XXVIIème congrès de la CFHRCD, qui se déroulait au Havre du 16 au 18 mars dernier, c'est que votre faculté d'audition vous fait réellement défaut. Le message a en effet bel et bien été clair. D'autant plus clair d'ailleurs, que l'organisation syndicale procédant à l'élection d'un nouveau président confédéral, entendait fermement montrer de quel bois elle se chauffe. La Confédération française des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et discothèques a tout simplement crié haut et fort qu'elle en avait aujourd'hui ras la casquette des dialogues de sourds.

Liste d'activité

«Il y a un an, Bernard Pons était parmi nous. Je l'avais interpellé, peut-être de manière peu orthodoxe... Hélas, nous nous retrouvons un an après avec les mêmes problèmes», a constaté amèrement Henri Malliet. Et les difficultés rencontrées par l'industrie hôtelière ne manquent effectivement toujours pas à l'appel. Au contraire. Malgré les différentes propositions faites par l'organisation syndicale, la liste des doléances grandit chaque année et demeure toujours sans réponse. C'est le cas notamment de l'épineux dossier concernant la taxe sur la valeur ajoutée.

«Dès juillet 1995, nous avons dénoncé l'augmentation de la TVA qui mettait en péril nos entreprises et avons demandé l'application du taux réduit à la restauration. Dans un souci d'équilibre budgétaire, nous avons proposé un taux moyen aux environ de 10%...», a ainsi rappelé Jean-Michel Lavrilleux. «Les contraintes européennes nous interdisant toute création de nouveaux taux, s'est-il empressé de préciser, nous avons alors proposé de ventiler le taux de TVA de la restauration à raison de 1/3 à 20,6% et de 2/3 à 5,5%. Il semblait y avoir quelque espoir sur ce point... Reste que pour pouvoir bénéficier d'un taux réduit, la restauration doit obligatoirement figurer sur une liste d'activité. Mais cette inscription doit être décidée à l'unanimité des pays membres de l'Union européenne...»

Autre point n'ayant guère suscité l'intérêt des pouvoirs publics selon l'éminence grise de la CFHRCD : les charges sociales. Avec une masse salariale pouvant atteindre 50% du chiffre d'affaires, les entreprises du secteur sont en effet totalement asphyxiées. «Nous ne pouvons plus continuer ainsi. Il est temps d'arrêter de ne financer le budget social de la nation que sur la base des salaires», a tancé le secrétaire général.

Refus du Conseil d'Etat

Reconnaissant parallèlement le sérieux et la compétence des travaux de l'inspecteur général du tourisme, M. Radelet, qui en établissant un rapport sans complaisance, a quelque peu bouleversé la donne dans le domaine du paracommercialisme, Henri Malliet n'a cependant pas manqué de souligner les freins administratifs venus contrarier certains projets. «J'en veux pour preuve le décret relatif à la déclaration en mairie des hébergements touristiques, qui deux ans après la publication de la loi, n'est toujours pas pris et si mes informations sont bonnes, ne sera jamais pris», a proclamé le président confédéral.

Et de surenchérir en précisant que l'exonération de la TVA pour six manifestations annuelles organisées par des associations n'a toujours pas été remise en cause alors même que M. Arthuis s'oppose à la baisse de la TVA pour la restauration au motif qu'elle mettrait gravement en péril «un budget démentiel mal maîtrisé par les responsables gouvernementaux».

Outre le fait de souligner l'attente des cafetiers, devenue quasi éternelle, quant à la modification substantielle du Code des débits de boissons, la CFHRCD a également évoqué, ce qu'elle considère comme une mauvaise farce, à savoir la redevance télévision. «Alors que l'on annonçait comme cadeau de fin d'année une grille de redevance bien adaptée pour la plupart de nos hôteliers, voilà qu'un dossier mal présenté provoque le refus du Conseil d'Etat», a indiqué dans son discours de clôture Jean-Michel Lavrilleux.

Sanction

Devant tant de dossiers non encore aboutis, la CFHRCD n'a certes pas caché sa déception ni même la colère de ses adhérents. «A trop attendre, la révolte gronde», a souligné Henri Malliet. L'organisation syndicale a néanmoins décidé de ne pas baisser les bras. Elle a choisi ainsi d'agir selon ses principes en menant des actions tant au niveau national que départemental. La commission «Action», créée à cet égard, a d'ailleurs réalisé un travail considérable afin de sensibiliser les députés et sénateurs aux métiers du secteur.

Le ton des revendications devrait néanmoins rapidement se durcir. Si elle n'est pas entendue dans des délais rapides, la CFHRCD va en effet probablement employer la méthode forte en rassemblant autour d'elle toutes les forces, non seulement de l'hôtellerie, mais aussi toutes les professions de main- d'oeuvre. Sur le pied de guerre, sans camion ni même tracteur, elle est fin «prête au combat» et s'engage d'ores et déjà à bloquer le paiement de la taxe professionnelle. Notons également l'action judiciaire intentée via l'UNIHR contre l'association Villages Vacances Famille.

«L'heure ne sera donc bientôt plus au dialogue, mais à l'action. Vous ne nous permettez pas d'autres choix en ignorant un pan entier de l'économie de notre pays», a commenté Jean-Michel Lavrilleux. Et d'ajouter menaçant, «n'oublions pas que l'année prochaine nos dirigeants repassent devant le jugement du peuple au travers des élections».

A bon entendeur, salut !

C. Cosson

François Effling, président du Groupement

des hôteliers saisonniers, crie son désarroi.

«A trop attendre, la révolte gronde», a déclaré Henri Malliet en dressant

le bilan de ses quatre années

de mandat à la tête de la CFHRCD.

Les élections du président

confé-déral, un moment fort

de ce XXVIIème congrès.

Jean-François Girault était

arrivé numéro un au premier tour.

ROLAND MAGNE PREND LA TETE DE

LA CONFÉDÉRATION

Parmi les temps forts de ce XXVIIème congrès figurait bien entendu l'élection à la présidence générale de la Confédération pour laquelle quatre candidatures avaient été préalablement déposées, à savoir celles du président sortant Henri Malliet, du trésorier Jean-François Girault, du président de la commission relations avec les élus Roland Magne et du président des saisonniers François Effling. Mis en cause par une fausse compréhension des statuts, Henri Malliet, ne pouvant tolérer une quelconque suspicion à son égard, avait décidé de se retirer. Restaient donc trois candidats en lice. Mais qui donc allait avoir l'honneur et le privilège d'assumer la direction de la CFHRCD ?

D'après les bruits de couloirs, la bataille devait être serrée et tout devait se jouer lors du troisième tour, qui requiert la majorité relative des suffrages exprimés. Après avoir présenté chacun leur programme respectif, deux petits tours ont finalement suffit à départager les candidats.

C'est Roland Magne, restaurateur à Paris («Au Pactole»), président du Syndicat parisien des restaurateurs et également de la commission relations avec les élus au sein de la CFHRCD, qui a en effet remporté la partie au second tour avec 55 voix sur 102 suffrages exprimés.

Apparemment perturbés par le discours de Jean-François Girault, jugé trop «directif» pour beaucoup, les électeurs ont préféré donner leurs faveurs aux propos plus modérés de Roland Magne. «Mon objectif est de fédérer et dynamiser les actions de la Confédération. Je me suis organisé pour être disponible et ferais ce qui est mon devoir pour faire aboutir nos revendications. Etre président n'est pas seulement un titre, c'est pour moi une véritable mission», a déclaré en substance le vainqueur.


Roland Magne, nouveau président confédéral de la CFHRCD :

«Etre président n'est pas seulement

un titre, c'est pour moi une véritable

mission.»

«LES DOSSIERS QUI AVANCENT»

En l'absence de Bernard Pons qui était représenté par son directeur de cabinet, Yves Marek, c'est Hugues Parant, directeur du Tourisme, qui intervint au nom du gouvernement.

«C'est un ami personnel des CHR que vous avez en la personne de Bernard Pons, a immédiatement affirmé le directeur du Tourisme. Les dossiers avancent et si à nos yeux les choses tardent à se mettre en place, c'est parce qu'il faut un certain temps pour faire aboutir des projets qui impliquent, au-delà du secteur de l'hôtellerie-restauration, d'autres secteurs économiques. Vous comprendrez d'ici quelques mois.»

Concernant les revendications en matière de TVA, le directeur du Tourisme a mis en garde la profession. «Faites attention aux conséquences de vos revendications. Pour tenter d'obtenir quelque chose en matière de restauration, vous pourriez perdre beaucoup : si la TVA en restauration en France est à un niveau élevé, n'oubliez pas que l'hôtellerie française bénéficie en Europe du taux le plus bas, il faut toujours faire preuve d'une grande prudence quand on manie les concepts européens.» Le message était clair... renforcé d'ailleurs par l'objectif de la table ronde prévue entre professionnels et gouvernement sur la TVA sur la restauration : «Après cette table ronde, tout le monde connaîtra exactement les marges de manoeuvre sur la question.»

L'intervention du directeur du Tourisme se voulut avant tout positive, il mit en avant tous les dossiers aboutis :

- la fin de la défiscalisation ;

- la réglementation du développement hôtelier ;

- le plan de désendettement (même s'il n'a profité qu'à 210 entreprises) ;

- l'engagement de l'Etat avec un crédit de 100 millions de francs pour le plan emploi-formation.

Il a également prévenu que la baisse de la redevance TV n'avait connu qu'un «retard technique» et que dans les semaines qui viennent, une solution devrait être trouvée.

Il a fait preuve d'optimisme quant à l'évolution de la fiscalité des associations, a annoncé un projet de mise en place d'un classement des meublés afin de mieux maîtriser et mesurer l'offre et a assuré que dans les semaines qui viennent, la réforme sur les chèques-vacances permettrait au secteur du tourisme de bénéficier d'un fantastique apport de nouvelle clientèle. Pour Hugues Parant, l'emploi est au coeur de la politique économique et la reprise de l'emploi ne passera que par une reprise économique des PME. «Il faut se battre non pas pour une profession, mais pour l'intérêt général», a conclu le directeur du Tourisme après avoir remercié Henri Malliet de l'esprit de collaboration avec lequel il avait toujours su travailler avec l'administration du tourisme.

Cafés et discothèques

«Il faut sensibiliser
les pouvoirs publics»

TVA, fermetures administratives et discrimination raciale étaient au rendez-vous des cafés et des discothèques. Les deux groupements, chacun à leur façon, souhaitant une meilleure reconnaissance de leur outil de travail par les pouvoirs publics.

Changement d'abord dans l'appellation du groupement des cafetiers qui prend pour nouvel intitulé «cafés-brasseries» afin de «répondre à l'évolution de la profession», souligne le président de la section, Guy Blanchard. Modification également du bureau avec le départ du premier vice-président M. Maître qui laisse la place à Jean-Marc Le Carour, le bouillonnant breton, déjà président de son département, le Morbihan et propriétaire d'établissements sur Lorient.

Jean-Marc Le Carour qui devait présenter, à l'occasion de ce XXVIIème congrès, les résultats de l'action nationale mise en place l'an dernier par la Confédération portant sur la modification du taux de TVA appliquée à la vente à emporter et aux ventes à consommer sur place, sur l'allégement des charges sociales, sur le vote d'une loi sur le paracommercialisme et la réforme du Code des débits de boissons (notamment les art. L62 et L63). Des dossiers difficiles et plus ou moins compris par les parlementaires. En effet, si 70% des députés-sénateurs sont intervenus sur le problème de la TVA au cours de l'année, seulement 1% s'est intéressé au Code des débits de boissons. «Un travail énorme de sensibilisation reste à faire auprès des pouvoirs publics», a répété Guy Blanchard qui, se faisant le porte-parole du groupement, en a profité pour rappeler la nécessité de revenir à un taux de TVA à 18,60% «en espérant obtenir par la suite une baisse très importante de ce taux».

Les fermetures administratives étaient également à l'ordre du jour des cafetiers qui déplorent qu'une concertation systématique, dans tous les départements, ne puisse avoir lieu entre préfets et responsables syndicaux. «Nous avons observé une recrudescence des contrôles de police dans les établissements», s'est inquiété M. Blanchard en réclamant que la commission des cafés et débits de boissons, instaurée avec l'aide du ministère du Tourisme, se mette «véritablement» au travail.

Responsabilité

Même inquiétude chez les discothécaires qui évoquent une nouvelle vague de fermetures administratives et des sanctions excessives, sachant que dans bien des cas, les patrons de discothèques ne peuvent canaliser à eux seuls les nouvelles formes de violence sociale. «La détérioration d'un véhicule sur le parking et l'intimidation avec armes à feu coûtent 15 jours de fermeture à l'établissement et un accident matériel devant l'établissement monte à 45 jours de fermeture», s'est insurgé M. Treuillard. «A l'heure actuelle, les discothèques et leurs dirigeants sont toujours tenus pour responsables en cas de perturbations de quelque ordre qu'elles soient. C'est assez !, a-t-il martelé. On nous demande de régler seuls tous ces problèmes que sont la violence, la drogue, la sécurité... alors que le gouvernement et les pouvoirs publics ne parviennent pas à les enrayer dans les banlieues et les villes à risques.»

Les discothécaires de la Confédération sont également revenus sur l'intervention du président de la République à propos de la discrimination raciale, pratiquée selon lui, à l'entrée de certains établissements. Une déclaration qualifiée de «surprenante» par M. Treuillard qui parle d'une «atteinte» à la profession. «Il est important de souligner que le seul racisme que nous pratiquons -et qui, à nos yeux, est un devoir civique- est un racisme de comportement», a-t-il déclaré. Il rappelle qu'une réunion a pu avoir lieu sur ce thème en janvier en présence du ministre de l'Intégration, M. Raoult et que de nouvelles tables rondes sont prévues cette année.

Autre sujet de préoccupation pour les professionnels de la nuit : le développement des raves parties. «Nous demandons l'application du rapport Radelet qui, à lui seul, offre suffisamment d'arguments et de méthodes pour combattre le paracommercialisme», a insisté le président des discothèques qui met notamment en cause le rôle joué par certaines municipalités qui «sous prétexte de rentabiliser leurs bâtiments, les louent sans avoir connaissance des risques». Des professionnels de la nuit qui veulent au plus vite une reconnaissance de leur métier et des spécificités de celui-ci.

Sy.S.



L'HÔTELLERIE n° 2503 Hebdo 27 mars 1997


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