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Restauration

Le cri d'alarme de Paul Benmussa aux politiques

La TVA à 20,6% : ça suffit !

Pour Paul Benmussa, le médiatique patron du restaurant «Chez Edgard» à Paris, la coupe est pleine : la restauration ne pourra pas supporter en 1997 un taux de TVA à 20,6% et il est grand temps que les politiques en prennent conscience, aussi profite-t-il de l'annonce du redressement judiciaire du Fouquet's et de La Lorraine à Paris pour lancer un cri d'alarme à destination des politiques.

«C'est une calamité, s'insurge Paul Benmussa, quand des établissements aussi emblématiques sont en danger, seuls des groupes financiers posent leur candidature pour les reprendre ! La mairie de Paris s'inquiète elle aussi, et elle a de quoi, bientôt les touristes n'auront plus comme alternative sur les Champs-Elysées qu'une marque de groupe américain contre une autre ! Il faut que toutes les bonnes volontés se mobilisent.» Et de partir en guerre ! Son restaurant est le rendez-vous favori des hommes politiques et des journalistes, une occasion en or pour médiatiser le problème et les revendications des restaurateurs : UNE BAISSE DU TAUX DE TVA. En une journée, il contacte tous ses amis, et ils sont nombreux, pour tirer la sonnette d'alarme et en appeler à certains de ses amis ministres, entre autres, Philippe Vasseur. «C'est le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, il est de ce fait directement concerné par ce problème, précise le patron de Chez Edgard et Jean-Pierre Raffarin, «en tant que ministre des PME, il comprend parfaitement nos problèmes et il prouve chaque jour son efficacité, regardez ce qu'il a apporté aux boulangers». Le message est simple, clair. «Je leur demande instamment d'intervenir au plus vite pour sauver une profession artisanale, créatrice d'emplois et qui, de surcroît, renforce considérablement l'attrait touristique de la France.»

Heureusement, de très nombreux restaurants ont une très bonne activité et Chez Edgard est de ceux-là, mais ce que souhaite mettre en évidence Paul Benmussa, c'est justement le fait que même ceux-là rencontrent aujourd'hui de sérieuses difficultés. «La restauration subit de plein fouet l'effet de ciseaux : d'un côté, la baisse générale des prix depuis 5 ans parce que le marché l'a imposée et de l'autre côté, une forte augmentation des charges auxquelles sont venus s'ajouter les deux points de TVA supplémentaires. Une augmentation qu'il était impossible de répercuter sur les tarifs dans la mesure où la tendance du marché était à la baisse, aussi, pour réussir à assurer l'équilibre des exploitations, il ne nous est plus resté qu'une solution : la baisse de la masse salariale.» Et de mettre en avant, au-delà des coupes sombres effectuées depuis

5 ans sur l'ensemble des autres charges (rénovations, commercialisation, etc.), l'allégement des équipes dans les restaurants. Une nette amélioration de la productivité, certes, mais toujours au détriment de la qualité du service et des conditions de travail dans un secteur où l'on se sent encore plus décalé quand on apprend que d'autres secteurs en sont à négocier des semaines de 35, voire 32 heures et envisager la retraite à 55 ans. «Un comble pour une profession de services !», s'insurge Paul Benmussa qui rappelle aux politiques qui mettent en avant une impossibilité technique à la baisse de la TVA qu'un précédent existe et qu'il a été particulièrement bénéfique tant pour le secteur d'activité concerné que pour l'Etat qui, par le développement des ventes a été gagnant. «Cette baisse de la TVA ne sera pas une perte de recettes pour l'Etat, contrairement à ce qu'avance Bercy qui ne fait valoir qu'un point de vue strictement comptable et bureaucratique. Prenons l'exemple des fleurs coupées dont la TVA a été ramenée à 5,5%, en l'espace de 3 ans, le nombre de fleuristes s'est développé et les ventes ont explosé !»

Autre colère de Paul Benmussa : l'attitude des banques qui, devant l'inexistence des marges et les difficultés croissantes de certains restaurateurs, se refusent à prêter. «Les jeunes qui ont l'envie et le talent de s'installer à leur compte ne peuvent plus rien faire ! C'est laisser la place libre aux groupes financiers et en particulier aux Américains. Arrêtons là le massacre !» A cela, une solution et une seule : la baisse du taux de TVA et Paul Benmussa bat le tambour.

Les politiques ont, semble-t-il, bien reçu le message, mais qu'en feront-ils ? Philippe Vasseur a immédiatement fait répondre qu'il était préoccupé et restait «attentif», quant à Jean-Pierre Raffarin, tout en félicitant Paul Benmussa de son initiative, il lui a demandé de «le saisir officiellement de ce problème». Le dossier technique, présenté par les syndicats professionnels depuis 18 mois, n'aboutit pas, le coup de gueule de Paul Benmussa aura-t-il plus d'écho ? Affaire à suivre...

P.A.F.

«Cette baisse de la TVA ne sera pas une perte de recettes pour l'Etat, Bercy ne fait valoir qu'un point de vue strictement comptable et bureaucratique.»

«CHANGER DE
MINISTERE DE TUTELLE»

Paul Benmussa n'hésite pas à bousculer les habitudes... «C'est du ministère de l'Artisanat, du Commerce et des PME que devraient dépendre le tourisme et en particulier la restauration», explique-t-il, prêt à convaincre Jean-Pierre Raffarin, de plus en plus impliqué d'ailleurs sur les dossiers de la restauration et de l'hôtellerie. Mais a-t-il les moyens de faire mieux que Bernard Pons ?



L'HÔTELLERIE n° 2494 Hebdo 23 janvier 1997


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