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Les enfants sont-ils le cauchemar des restaurants le soir ?

Restauration - mardi 14 février 2017 10:50
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Paris (75) Des hôtels allemands refusent la présence de mineurs dans leurs établissements pour garantir la tranquillité de la clientèle. Aux États-Unis, ce sont certains restaurants qui affichent des écriteaux 'interdit aux enfants'. Qu'en est-il en France ?



'Une tolérance des nuisances de l'enfant-roi a été développée sans qu'elle puisse être contestée', estime le blogueur Vincent Pousson.
'Une tolérance des nuisances de l'enfant-roi a été développée sans qu'elle puisse être contestée', estime le blogueur Vincent Pousson.

Un an et demi après avoir lancé sur internet le sujet 'Cauchemar au restaurant' avec, en illustration, un panneau 'interdit aux enfants', Vincent Pousson n'en revient toujours pas de la déferlante qui a suivi. Cet ancien journaliste (RMC, Sud-Radio) a lancé en janvier 2012 le blog Idées liquides et solides, un espace dédié à la gastronomie et aux vins sous l'angle des idées. Le polémiste revendique une moyenne de 100 000 pages lues chaque mois. En septembre 2015, il s'interrogeait dans un billet au vitriol sur l'égoïsme des parents qui déboulent au restaurant en soirée, avec des progénitures en âge de dormir ou d'être gardées par une baby-sitter. S'ensuit un inouï déchaînement de commentaires sur les réseaux sociaux, entres parents ne supportant pas que l'on puisse mettre en cause la présence légitime de leur enfant au restaurant et des gastronomes évoquant le comportement odieux d'adultes qui imposent les hurlements de leur progéniture à une heure et dans des lieux inadaptés à recevoir des visiteurs en bas-âge.

"Mon billet sur les enfants au restaurant est le cinquième plus fréquenté depuis le lancement de mon blog. explique Vincent Pousson. Ce qui m'a frappé, c'est que le seul fait de poser le sujet était problématique. Il y a rapidement eu des insultes et des internautes se sont éperonnés sur les réseaux sociaux. Des restaurateurs, en message privé, m'ont remercié d'avoir soulevé ce thème. Ils ne peuvent pas en parler car ils sont dans une relation commerciale. Répétons que le problème ne vient pas des enfants mais des parents. On ne peut pas gêner 50 personnes dans un établissement gastronomique pour son unique plaisir. C'est le déni. Une tolérance des nuisances de l'enfant-roi a été développée sans qu'elle puisse être contestée. Comment agir sans passer pour un bourreau, sous prétexte qu'un enfant ne pourrait pas mal se tenir à table ?"

 

"Pour le dîner, nous serons deux avec une poussette"

Tout est question d'arbitrage dans un contexte où, il faut bien le reconnaître, les efforts des uns et des autres et le lien social se délitent. Noëmie Honiat, dont le couple avec Quentin Bourdy fut emblématique du millésime 2013 de l'émission culinaire Top Chef, cumule deux fonctions : celles de restauratrice et de maman d'un petit bonhomme de six mois. Elle nuance : "Notre bébé partage tous nos dîners dans les restaurants étoilés. Au moment de réserver, je précise que nous serons deux avec une poussette, pour que le restaurateur prévoie l'espace. Nous n'avons eu que des remarques positives. Mais il est vrai que notre enfant est d'une nature calme." La chef reconnaît toutefois intervenir parfois dans son restaurant pour calmer l'enthousiasme de jeunes enfants :"S'ils courent dans la salle, je fais de la pédagogie. Ce n'est pas de leur faute, c'est celle des parents. Et quand des convives sont dérangés par un bébé qui fait ses dents, je propose de les changer de places. On a des clients qui sont partis une fois car leur garçon réclamait une pizza. Devant notre refus de lui en préparer une, ils nous demandaient d'aller en acheter sur la place du village. Ils sont partis. On a eu de la peine pour eux."

Du côté des chefs, contrairement aux idées reçus, les enfants sont plutôt vus d'un bon oeil. "Ce sont nos clients de demain, on ne peut pas s'en passer, commente Thierry Marx. Certains peuvent être parfois bruyants, mais c'est rare. Nous agissons pour éviter la gêne. Nous avons la chance, au Mandarin Oriental, d'avoir une nurserie. On peut proposer un accompagnement s'il faut bercer un peu un enfant turbulent.". Pour Clarisse Ferreres-Frechon, mère d'un petit garçon avec Éric Frechon, les bambins sont toujours les bienvenus au restaurant Épicure : "Les enfants sont rares, mais ils repartent avec des étoiles dans les yeux. Les parents profitent généralement de l'hôtel pour les faire garder en chambre pendant le dîner, au grand regret d'Éric qui les voudrait plus nombreux !"

Francois Pont
En complément :
  Le billet 'Cauchemar en cuisine' de Vincent Pousson
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