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Ça vous est arrivé : le tribunal vous oblige à céder votre fonds de commerce

Restauration - jeudi 5 mars 2015 08:56
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Moirans (38) Mis sous protection judiciaire depuis le 8 octobre 2013, Sandrine et Patrick Devise, propriétaires de l'hôtel-restaurant Le Beauséjour, se sont battus pour remonter la pente.



Patrick et Sandrine Devise, propriétaires du Beauséjour jusque fin février.
Patrick et Sandrine Devise, propriétaires du Beauséjour jusque fin février.

 

Rien ne leur aura été épargné. La veille de leur dernier service, des travaux de voirie rendaient inaccessibles leur parking. Patrick Devise, cuisinier et propriétaire de l'hôtel-restaurant Le Beauséjour, à Moirans (38) en plaisanterait presque. Mais derrière le sourire, la colère gronde. 2013, début de l'enfer.

 

Tout allait bien jusqu'en 2012. Le regard de Patrick Devise se brouille, mais il raconte cette histoire si bien commencée "pour que cela serve à d'autres !". Les époux Devise, qui étaient dans la région grenobloise depuis près de 10 ans, ont repris l'établissement le 1er août 2005, tenu par Jacques Meunier-Carus, un cuisinier de renom sur la région. Patrick Devise dirigeait jusqu'alors les cuisines de l'hôtel-restaurant Dauphitel, à Échirolles (38). Pendant trois mois, de mai à juillet 2005, il travaille au côté de Jacques Meunier-Carus pour un passage de relais en douceur. L'hôtel-restaurant est apprécié, ses deux salles de 30 et 40 couverts font le plein et les six chambres tournent bien. Proche de la zone d'activités Centralp, il a une clientèle d'entreprises fidèle, mais l'établissement attire également des particuliers. Fin 2012, changement de régime. Le premier mois, la recette dégringole. Et les décrochages se succèdent. Moins 2 000 € un mois, moins 7 000 € l'autre... Le couple remonte alors ses manches. Trois salariés en fin de contrat ne sont pas remplacés. Leur crédit - de 305 000 € - court encore sur deux ans. Les propriétaires veulent y croire, courbent l'échine et demandent un rééchelonnement de leur prêt. Mais harcelé par leur banquier, ils vivent la boule au ventre.

 

Redressement judiciaire

 

Le 4 septembre 2013, Patrick Devise se rend au siège de sa banque avec son expert comptable, en espérant négocier avec la direction. Il est reçu au service des contentieux, "direct à la case prison sans passer par la case départ", s'offusque encore le chef. S'il ne réinjecte pas 15 à 17 000 €, son compte sera bloqué dans trois semaines. Patrick Devise ressort abasourdi et hors de lui. La menace sera tenue. Il trouve alors une nouvelle banque prête à l'aider, la Banque Rhône Alpes, à Voiron, mais demande, sous les conseils de son expert comptable, la protection du tribunal de commerce [il s'est mis en cessation de paiement]. L'affaire est mise en redressement judiciaire le 8 octobre 2013, avec un première période d'observation de six mois renouvelable. Un an après, le tribunal accepte de poursuivre de six mois le plan de redressement, "mais à la condition de céder l'affaire au bout de ces six derniers mois", s'étrangle encore Patrick Devise. La décision du tribunal tombe comme un couperet. La justification qu'on lui livre, "c'est pour vous préserver", ne l'apaise pas. Car quoi qu'ils fassent, les propriétaires vont devoir céder leur fonds de commerce, à deux ans tout juste de la fin de leur prêt et après y avoir consacré dix ans de leur vie. "En avril 2014, nous étions sur la bonne voie. Elle a été donc prolongée". Mais l'été s'avère catastrophique. Le couple veut encore se battre. Le tribunal doute. "Il faudrait doubler votre chiffre d'affaires en six mois", lui glisse le magistrat lors de leur rencontre en octobre 2014. La mission semble impossible en cette période de crise. Et, reprise ou pas, on leur demande de céder l'affaire. Le professionnel chancelle. Il décide, après réflexion, de tout arrêter fin février. À quoi bon continuer jusqu'en avril ? Auraient-ils du faire plus de publicité, changer le nom de l'établissement, prendre un avocat pour mieux se défendre ?

 

Longtemps, il s'est senti seul dans ce combat. "Dès le premier pépin, la banque a dressé le carton rouge, alors que pendant des années on a été des clients sérieux. C'est écoeurant, dit le quadragénaire. Heureusement, certains étaient là, comme Eric Garnier, un fournisseur qui a déjà vécu ce genre de chose et m'a beaucoup aidé même avec ses conseils. J'ai tout perdu, mais j'ai gardé ma dignité. Mes salariés et mes fournisseurs ont été payés. C'est l'essentiel", insiste-t-il. Des idées très noires, il en a eues. "Mais ça va aller. Ma femme est là. On part se reposer dans le Vercors. Après on verra", dit-il, après un long soupir.

Nathalie Ruffier
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