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Food reporter : j'aime… moi non plus !

Équipements et nouvelles technologies - jeudi 17 novembre 2011 11:36
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Équipés de leur smartphone, ils photographient leur assiette, la commentent et la publient sur le net. Les 'food reporters', amateurs et passionnés, sont désormais plus de 80 000. Un phénomène diversement apprécié par les chefs, mais avec lequel ils doivent désormais composer.



Plus de 10 milliards de clichés postés l'année dernière sur internet - et une photo sur cinq publiée sur Facebook -, représentent des plats cuisinés. Créée par quatre passionnées de gastronomie et de nouvelles technologies, l'application pour smartphone Food Reporter surfe sur cette tendance de la 'foodographie'. La bande d'amis a d'abord lancé une page Facebook baptisée 'J'aime prendre en photo ce que je mange', rejointe en un mois par plus d'un millier de personnes. Puis dans la foulée, une application gratuite pour iPhone, téléchargée plus de 80 000 fois en quelques mois. Désormais accessible également sur internet, on y trouve plus de 100 000 photos de cuisine. Les 'food reporters' peuvent soit y poster leurs propres réalisations, soit les assiettes qu'ils ont dégustées au restaurant. Pour cette catégorie, les utilisateurs notent leur plat d'une à cinq étoiles et ajoutent éventuellement un commentaire. Les autres membres de la communauté montrent leur approbation au moyen d'un 'miam', l'équivalent du 'j'aime' sur Facebook, certains plats pouvant donner lieu à des échanges passionnés, même si la majorité des réponses sont assez peu critiques.

L'interactivité, encouragée par un système de 'push messaging', c'est ce qui a séduit Emmanuelle, également bloggeuse, qui revendique le côté 'voyeur' du food reporting :"On suscite rapidement un élan collectif, beaucoup plus qu'avec un blog." Ce que confirme Truong, jeune passionné de cuisine : "Les bloggeurs sont rarement critiques. Ils  s'influencent mutuellement et ça créé une osmose sur un resto qui ne mérite pas forcément le buzz. Sur Food Reporter, on est plus dans une dynamique de partage. Rapidement, on cerne les gens derrière les profils et on tisse des liens." Le jeune homme a ainsi fait la connaissance de Caroline, avec qui il fait désormais le tour des bonnes tables. Les deux mettent surtout en avant l'envie de ne pas se tromper sur le choix d'un resto, mais aussi de voir ce qu'il y a dans l'assiette.

Quel droit à l'image ?

"La photo donne des indications que l'on ne trouve pas dans les autres guides", avance Caroline. Sauf que les chefs ont eux plutôt l'impression d'être espionnés. Alexandre Gauthier n'a ainsi pas apprécié que la jeune femme shoote abondamment son établissement (La Grenouillère, à La Madeleine-sous-Montreuil, 62) fraîchement rénové. "Que les gens fassent une photo souvenir, c'est normal, renchérit Jean-Luc Germond, chef du Sébastopol, à Lille (59). Mais je ne suis pas d'accord quand ils prennent tout en photo, c'est ma propriété intellectuelle." Gilles Goujon, chef de l'Auberge du Vieux Puits, à Fontjoncouse (11), confirme : "Il y a des plats que je n'ai pas envie de retrouver sur le Net. Cela fait réfléchir sur le droit à l'image." Et tous de reprocher la mauvaise qualité de certaines photos, le plus souvent prises avec un téléphone. "La photo ne dit pas tout : la cuisine, c'est le goût. La présentation, ce n'est que 30 % du plat", poursuit le chef triplement étoilé. "Un resto, c'est fait pour passer un moment de plaisir, confirme Jean-Luc Germond. Quand les convives passent leur temps à prendre des photos ou à lire des critiques sur leur téléphone, où est le plaisir ?" Pourrait-on aller jusqu'à interdire de prendre des photos dans les restaurants ? Pourquoi pas, répondent les chefs. "Je pourrais le comprendre", concède le jeune Truong

 

Douloureuse critique

Autre zone sensible : la critique qui accompagne les photos. Si le système des 'miams' incite plutôt à mettre en ligne des plats alléchants, certains 'food reporters' n'hésitent clairement pas à exprimer leur avis. "Je ne dis jamais que ce n'est pas bon, justifie Caroline, dont les avis très tranchés lui ont attiré quelques inimités dans le milieu de la restauration. J'explique toujours ce que je n'ai pas aimé. Et j'essaie d'en parler avec le chef avant de poster mon commentaire." Pas question pour elle de concurrencer la critique professionnelle, mais de partager une impression. "Je m'exprime sur un plat, je ne remets pas en cause tout le restaurant. Et surtout je suis libre, je paie mes additions, personne ne m'appelle pour tester. Je consacre beaucoup du temps à goûter et à commenter."

"Certains se prennent à la fois pour des cuisiniers et des journalistes, sans connaître les réalités du métier, râle en réponse Gilles Goujon. Mais moi, quand un client me fait une réflexion, je n'en dors pas de la nuit." Laurent Favier, chef de Chai nous comme chez vous, à la Flotte-en-Ré (17), confirme : "J'ai eu une mauvaise critique sur un site. Ça m'a flingué. Et quand on pense que cela reste des années sur le Net…"

Pour le plaisir…

Alors fâchés avec les 'food reporters', les chefs ? "Ça démocratise la cuisine, ça donne de la visibilité, tempère Alexandre Gauthier. C'est génial que notre métier attire autant de passionnés, notamment des jeunes. Mais il ne faut pas qu'ils se prennent d'emblée pour des critiques ; il faut qu'ils fassent ça pour le plaisir. Un plat seul ne signifie rien. Un repas, c'est un rythme, c'est le moment qui est important." Olivier Canal, chef des Oliviers à Lyon (69) et membre des Toques blanches lyonnaises est lui un vrai fan et s'est abonné. "J'adore ! Les 'food reporters' sont des gens qui se font plaisir. Je prends tout cela avec beaucoup de légèreté et, moi-même, j'aime commenter la jolie tarte d'un amateur, en me mettant au même niveau que lui."

Comme le résume John Karp, directeur marketing de Food reporter, "pour certains chefs, c'est une menace, mais d'autres ont compris que c'est une opportunité. C'est en tout cas une tendance de fond, et ils vont devoir de tout façon se poser rapidement la question d'être présent ou non sur les réseaux sociaux". Pour les encourager, les concepteurs de Food reporter viennent de lancer une offre commerciale dédiée aux restaurateurs. Abonnés à un profil pro, ils peuvent ainsi assurer une veille sur ce que se dit sur leur établissement, créer des animations (réductions, rencontres), s'assurer une meilleure visibilité en postant par exemple leurs propres photos. Bref, faire de la 'food communication'.

Marie-Laure Fréchet