Actualités
Accueil > Actualités > Emploi

En Savoie, le logement freine l’emploi

Emploi - jeudi 3 mars 2011 17:00
Ajouter l'article à mes favoris
Suivre les commentaires
Poser une question / Ajouter un commentaire Partager :

Val d'Isère (73) Dans les Alpes du nord, le métier de l’hôtellerie restauration se décline en deux pratiques très différentes selon si l’on se situe en station ou en vallée. Être serveur en hiver à Tignes présente peu de similitudes avec le même emploi, à l’année, à Annecy. Dans les vallées, il est difficile de trouver du personnel. Cette carence vient en partie de l’attrait qu’exercent les stations. Cependant, malgré la perspective d’un salaire plus élevé, il faut trouver à se loger, à un prix qui ne soit pas exorbitant. Car en Savoie, le tourisme est le secteur clef de l’économie. Il mobilise un peu plus de 22 000 emplois directs avec un chiffre d’affaires induit estimé à environ 50 % du PIB. Tour d’horizon avec différents professionnels.



Pierre Marin, Auberge Lamartine, 1 étoile Michelin au Bourget-du-Lac

Nous n’avons trouvé personne en cuisine, l’été dernier

“En Savoie, dans les vallées, nous manquons cruellement de main d’œuvre. Ici, on a beaucoup de difficultés à recruter. En cuisine, l’été dernier, nous n’avons trouvé personne. Nous sommes pourtant un restaurant étoilé depuis plus de vingt ans. C’est tout de même porteur sur un C.V. Nous offrons aussi de bonnes conditions de travail, un beau cadre. Beaucoup d’employés viennent du nord pour la qualité de la vie et pour les salaires qui sont plus intéressants. Bien sûr, les émissions de télé ont fait naître beaucoup de vocations. Les écoles débordent d’élèves. Mais ils ne restent pas en Savoie. Ils choisissent souvent de partir à l’étranger. Nous subissons aussi la concurrence de la Suisse, toute proche. Les salaires y sont plus élevés, mais il faut penser que ce pays offre moins de protection sociale et de jours de congés.”

Gregory Laporte, saisonnier, maître d’hôtel à Méribel

“La nuit, je rêve de voir du vert, de l’herbe”

“Je suis venu ici pour gagner de l’argent. Je ne skie pas alors que c’est le cas de beaucoup de saisonniers qui viennent vivre leur passion du ski. À Méribel, le patron a les moyens de vous payer. On touche de beaux pourboires et on vous permet d’évoluer si vous êtes sérieux. Mais la vie en station n’a pas que des avantages. Parfois j’étouffe un peu entre les montagnes et, à partir du mois de mars, je ne supporte plus le blanc de la neige. La nuit, je rêve de voir du vert, de l’herbe. Beaucoup de saisonniers sont célibataires et logés dans un deux pièces à trois ou quatre. La tentation est forte de faire la fête et de dépenser tout notre salaire. Personnellement, je vis dans la vallée et je fais la route tous les jours. Travailler en station, gagner plus, attire beaucoup. Mais beaucoup repartent très vite. C’est très dur, il faut une grosse résistance physique, pour travailler cinq mois, tous les jours. On se soutient, on est une vraie équipe. Travailler en station, c’est une belle aventure professionnelle.”

Christophe Beuque, l’Altiport, hôtel-restaurant 3 étoiles à Méribel

“Je paie un salarié au minimum 1 300 €, nourri et logé”

“Ici, il faut travailler dur, mais cela paie. Je suis parti de rien et maintenant, je suis hôtelier-restaurateur et très heureux de l’être. Les clients affluent. Ils ont des gros moyens. Ils sont moins regardants sur les prix si la qualité est au rendez-vous. Le contexte économique permet de le faire. Par contre, c’est physiquement très éprouvant. Il y a aussi le problème des salariés. Il est très difficile de recruter. Beaucoup sont attirés par les sports d’hiver, et ne se rendent pas compte qu’il faut travailler pendant quatre mois comme des fous. Les rémunérations sont ici beaucoup plus fortes. Par exemple, je paie un salarié au minimum 1 300 €, nourri et logé. Les logements sont hors de prix. Je paie un studio 6 000 € pour quatre mois de saison. Il y a aussi le problème du transport. Nous rencontrons de grosses difficultés de transport à chaque chute de neige.”

Jean-Axel Genoux, chef de chalets de luxe para-hôtelier à Megève

“Cette expérience est un vrai plan de carrière

“Je suis venu ici parce qu’on y gagne bien sa vie. Il faut effacer l’image négative des saisonniers qui ne pensent qu’à faire la fête. Cette expérience est pour moi un vrai plan de carrière. J’ai eu la chance de travailler avec des grands, comme Alain Ducasse ou Thierry Marx. Je voulais vivre une autre expérience. Ma clientèle est très riche, volatile. Je la suis dans différents endroits dans le monde. L’hiver, je travaille à Megève, en juin et juillet à Saint-Tropez. Septembre est magnifique en Californie. Ce qui compte pour moi, c’est de pouvoir exercer mon métier dans l’excellence. Mes clients sont des connaisseurs habitués aux meilleurs restaurants. C’est ma deuxième saison en station. J’ai choisi Megève car je peux plus facilement me loger dans une station village que dans une station de haute altitude. La qualité de vie est au rendez vous.”

Mélanie Duval, Concierge à Megève

Il est difficile de déménager souvent

“J’ai travaillé chez Ledoyen, à la Ferme Saint-Siméon, chez Thierry Marx. Je travaillais en salle et en sommellerie. En station, j’ai changé de voie. Je tiens maintenant la conciergerie d’un parc hôtelier de luxe. J’aime beaucoup mon travail. Ici, je gagne bien ma vie, bien que je préférerais me fixer, arrêter les saisons. Il est difficile de déménager souvent. Je suis bien logée, je sais que ce n’est pas le cas de tous les saisonniers. Pour travailler ici, il faut bien s’équiper. Investir dans des bottes de neige, des pneus et prévoir de trouver sa serrure de portière gelée le matin !”

Luc Reversade, propriétaire de La Fruitière et de La Folie douce à Val-d’Isère

“Si nous voulons bien loger nos salariés, nous perdons en rentabilité

“Le principal problème que nous rencontrons, c’est le logement. Le prix de l’immobilier est exorbitant. Il n’y aucune logique économique à acheter ou louer pour loger le personnel. Le prix d’un studio est de 1 500 € par mois. Nous devons y appliquer des charges, car c’est un avantage en nature. Il y a aussi le chauffage, l’électricité, etc. En moyenne, un salarié coûte à son patron 7 000 € par mois. Autre aspect du problème : si nous voulons bien loger nos salariés, nous perdons en rentabilité. Les saisonniers se plaignent avec raison des mauvaises conditions d’hébergement, et les patrons, du coût d’un salarié. Personnellement, je suis un patron heureux avec des employés heureux. Tant pis si j’ai une faible rentabilité : mes employés sont bien logés, bien payés et formés. Dès qu’ils intègrent la maison, ils suivent une formation. Des agences spécialisées les forment au management, au coaching, à l’expression corporelle pour savoir parler aux clients. Cette année, beaucoup d’artistes nous ont rejoints, car la Folie douce est un concept où la musique et la danse tiennent une grande place.”

Fleur Tari

En complément :
  Retrouvez tous les articles du numéro Spécial Carrières
Journal & Magazine
Services