“Si les clients ne connaissent pas la grand-mère de ta grand-mère, cela devient vite compliqué à Dieppe”, s’amuse à peine Franck Cadiot, qui, après de lointaines transhumances professionnelles, a ouvert son affaire dans la ville qui l’a vu naître et grandir. “À 52 ans, cela me fait tellement de bien de rentrer à la maison. Je travaille avec ma compagne, Fanny Allain, et un proche, Marc Mury, une figure du commerce local qui connaît beaucoup de monde sur la Côte d’albâtre. Nos relations s’additionnent. On les entretient avec une forte visibilité sur les réseaux sociaux. Nos amis ramènent leurs amis. Nos fournisseurs sont de vielles connaissances. C’est chaleureux et familial”, explique le restaurateur qui conçoit qu’un Parisien puisse avoir plus de difficultés à s’intégrer dans la ville aux quatre ports qu’un natif. Un constat que confirme l’expert en restauration du cabinet Gira, Bernard Boutboul : “Un enfant du pays sera accueilli les bras ouverts. Mais il ne suffit pas de connaître le maire et d’avoir des copains d’enfance pour remplir un restaurant à l’année. Ceux qui ont acquis une notoriété Ces restaurateurs qui rentrent avec succès “au pays” Le nomadisme professionnel est une expérience que beaucoup de restaurateurs vivent en début de carrière. Il faut aller chercher le travail là où il est et accepter de partir pour accrocher à son palmarès de grandes maisons avant que l’envie de renouer avec ses origines ne se manifeste parfois. L’Hôtellerie Restauration • Octobre 2025 S’INSTALLER 48 Le retour flamboyant d’un prodige breton “Ma mère a vieilli. Ma famille me manquait. Mes enfants sont grands. Pendant cinq ans, j’ai organisé mon retour à Rostrenen [Côtes-d’Armor] où j’ai grandi. Dans les Yvelines, à Bourdonné, le restaurant que j’ai tenu pendant vingt ans était complet trois mois à l’avance. Mes clients me disaient que j’étais fou de quitter une si belle affaire”, s’amuse Erwan Botrel. “Depuis mon retour en Bretagne, je suis en pré-retraite. Je ne travaille plus que quatre jours par semaine. Le maire est un ami. En cas de problème administratif, j’appelle directement le souspréfet sur son portable. Un problème de toiture, de plomberie, tout se débloque très vite pour un natif. Il me faut 2h30 pour faire le marché, parce que tout le monde me connaît : 20% de mes clients sont de la région, les autres viennent de loin, même de l’étranger. Ils remplissent les hôtels de la commune”, s’enchante le restaurateur aux 600000followers qui ne changerait de vie pour rien. “Je profite de la vie. Je suis de nouveau complet plusieurs mois à l’avance et ma notoriété impacte le ticket moyen : 30€ pour les locaux, le double pour les visiteurs lointains !” Le Dieppois Franck Cadiot. © François Pont Adam Blondeau : “Être un enfant du pays est un avantage.” © DR avant de revenir auront un large avantage. Leur restaurant pourra devenir un lieu de destination avec des clients disposés à faire 50 km pour venir s’attabler.” Les clients viennent de loin À 26 ans, le CV d’Adam Blondeau est long comme le bras. Le cuisinier est passé chez Marc Veyrat, Christopher Coutanceau, Glenn Viel, Loïc Villemin et même Maxime Gilbert à Hong Kong. Pour autant, le jeune chef n’a jamais renoncé à l’idée de revenir sur sa terre natale. “Plus jeune, lorsque je revenais à la maison, j’étais perturbé pendant deux semaines. Je me sentais bien. La famille, les amis, ce sont mes repères. J’étais inspiré par les odeurs de mon enfance, la vue sur la Creuse de la maison de mon père à Saint-Chartier [Indre] que j’ai toujours voulu transformer en restaurant”, raconte le jeune talent. C’est pourtant à Châteauroux, la préfecture du département, qu’il a ouvert il y a un an Orbys. “Beaucoup de gens me disaient que j’avais eu du courage de “revenir dans ce trou”. J’y pensais depuis huit ans. Être un enfant du pays est un avantage, même si deux banques sur quatre ont refusé de me financer. Au début, les amis d’enfance, les clients de mon père m’ont aidé à démarrer. J’ai eu de beaux retours dans la presse régionale. Aujourd’hui, 50% de mes clients viennent de loin, de Paris ou Limoges, pour l’expérience”, constate Adam Blondeau, dont les objectifs d’activité sont conformes à ses prévisions. Le médiatique restaurateur Erwan Botrel a retrouvé sa Bretagne natale. © DR
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