Christophe Joublin, vous êtes président de l’AFLYHT et Directeur délégué au lycée Rainier III de Monaco, rappelez-nous les leviers mis en place par l’Éducation nationale et les chefs d’établissement pour lutter contre ce fléau.
Le levier principal, c’est la prévention et notamment avant le stage de fin d’année, car c’est elle qui facilitera la libération de la parole. Le but de la prévention, c'est de dire à l’élève : "Voilà, il y a des choses que tu es en droit de refuser et que tu dois rapporter à un adulte." Concrètement, cela passe par :
- les modules PSE (Prévention Santé Environnement) qui abordent les risques en entreprise ;
- l’intervention d’associations comme Bondir.e ou de compagnies de théâtre qui aident à la mise en situation et à la libération de la parole ;
- la mise en place de séances parents-écoles ou entreprises-écoles pour impliquer les parents et les entreprises dans la démarche.
Ensuite, pendant le stage, c’est la confiance entre le professeur-référent et l’élève qui permettra à la parole de se libérer. Et pour qu’elle se libère, l’élève ne doit pas avoir peur des conséquences à l’école ou en entreprise.
Enfin après le stage, l’élève a l’occasion de dire les choses à travers un questionnaire.
Malgré tout, preuve est de constater qu’il y a encore des dysfonctionnements…
Effectivement la société est ce qu’elle est. Parfois la parole ne se libère pas, ou se libère trop tard, et les dégâts sont déjà à l'œuvre. Ensuite la réaction adéquate de la part de tous ceux qui ont la responsabilité de l’élève, c’est la tolérance zéro. Pourquoi ? Parce que c’est la réaction qui place le bien-être de l’élève au sommet des priorités. Un élève qui, de surcroît, est le plus souvent mineur.
Quels sont les freins à la tolérance zéro que vous avez observés ?
Tout le monde ne partage pas cette vision des choses et est plus ou moins tolérant. Je vous donne quelques exemples :
- Un stagiaire est confronté à quelqu’un dont le comportement est déviant. Pourquoi le chef d’entreprise déplace-t-il le stagiaire dans un autre service plutôt que de sanctionner son salarié ?
- J’ai été confronté à des parents qui n’avaient rien à redire aux horaires impossibles de leur enfant mineur. Ou encore des parents qui laissaient le chef d’établissement scolaire accompagner l’élève à leur place au commissariat.
- Pour ce qui est des actions en justice, cela pèche aussi du côté des établissements scolaires. Ces actions en justice ont des conséquences, le chef d’établissement a une hiérarchie, l’hôtellerie-restauration a un poids économique, une image…
Comment procédez-vous quand vous avez un doute sur le comportement d’un employeur ?
La priorité, comme je le disais, c’est le bien-être de l’élève. Donc première chose, l’élève quitte l’entreprise. On évalue et on trouve des solutions dans un deuxième temps.
Qu’attendez-vous des entreprises qui reçoivent vos élèves ?
Je regrette d’avoir à le dire. Qu’elles respectent la convention de stage, qu’elles respectent la loi.
Il y a presque 40 ans, c’était vous qui étiez à la place du stagiaire. Avez-vous l’impression que les élèves se sentent aujourd’hui plus entendus qu’autrefois ?
Je pense qu’effectivement il y a de plus en plus de chefs d’établissements scolaires dont c’est la priorité, qui sont courageux et conscients du mal qui peut être fait à un individu.