Quel est l’intérêt du label Clef verte ?
Le label Clef verte offre une méthodologie, en traduisant des enjeux complexes en actions concrètes. Les 120 critères s’articulent autour de sept thématiques clés : politique environnementale, sensibilisation de la clientèle, gestion de l’eau, de l’énergie et des déchets, achats responsables et cadre de vie (dont la préservation de la biodiversité). Près de 70 critères sont impératifs. Les critères conseillés facilitent l’engagement des établissements dans une dynamique d’amélioration continue : chacun peut ainsi progresser à son rythme.
Le label permet de réduire certains coûts (par exemple, consommation d’eau et d’énergie, limitation des déchets…), de répondre aux exigences réglementaires, voire d’anticiper certaines évolutions législatives.
Il peut être un atout pour séduire la clientèle. Pour Antoine Portejoie, directeur de l’hôtel Rosalie (4 étoiles de 60 chambres à Paris), “le label Clef verte a été une évidence, dès l’ouverture, car l’écoresponsabilité est dans l’ADN de l’hôtel. C’est un moyen de faire connaître notre démarche au grand public avec un label exigeant, au nom très évocateur”. La labellisation peut aussi convaincre la clientèle d’affaires devant répondre à des impératifs de RSE, et aider les établissements à mieux se positionner sur les plateformes de réservation grâce au filtre “Établissement durable”.
Chez Slo Hostels, axé sur le tourisme durable, “le label Clef verte était également un projet sollicité par les salariés, confie le cofondateur Julien Routil. Cela fédère les équipes, c’est important pour la marque employeur, et c’est attractif pour les employés des CHR”.
Quel est l’investissement financier ?
Un hôtel doit débourser entre 295 € et 1 320 €, en fonction du nombre de chambres, pour les frais de participation annuels. Lors des années avec visite d’audit, il devra également verser 470 € HT à l’organisme d’audit (généralement la Chambre de Commerce et d’Industrie qui l’accompagne, ou un consultant qualifié par le label), et 35 € HT à Clef verte. Les audits ont lieu la première année de candidature, la première année de labellisation, et ensuite, tous les trois ans.
“Le ticket d’entrée est assez raisonnable. En revanche, il y a des coûts indirects pour les investissements matériels. Par exemple, des poubelles de tri, des filtres à graisse… Ça peut vite chiffrer pour répondre aux critères impératifs”, constate Julien Routil.
Comment s’y prendre ?
Après avoir créé un compte gratuit sur le site laclefverte.org, l’hôtelier a accès au questionnaire environnemental. Pour chacun des critères, il doit fournir des pièces justificatives.
“Il faut environ 18 mois à un hôtel pour être labellisé, glisse Nathalie Bel-Baussant, directrice du pôle tourisme durable pour Clef verte. Un établissement peut s’inscrire quand il le veut, mais la plupart le font en juin. Il dépose son dossier entre le 15 janvier et le 15 avril de l’année suivante. Entre mars et juillet inclus, l’auditeur se rend sur site pour vérifier ce qui a été mis en place et tous les justificatifs. En général, entre 8 et 15 critères posent un souci, l’hôtelier doit les revoir, et au quatrième trimestre, le jury se rassemble. En 2025, le taux de réussite était de 86 % pour les nouveaux candidats.”
L’hôtel Rosalie s’est fait accompagner pendant deux ans par We Gaïa, un cabinet de conseil en stratégie RSE pour les établissements touristiques. “Maintenant, on est autonome, on sait faire” estime Antoine Portejoie. De son côté, Slo Hostels a géré la labellisation “à 100 % en interne”.
Nathalie Bel-Baussant recommande fortement de se rapprocher des offices de tourisme, des métropoles, des villes et de l’Agence de la transition écologique (Ademe) pour connaître les aides financières (directes ou indirectes) et les accompagnements disponibles.
Par quoi commencer ?
Certaines actions sont faciles à mettre en place, peu coûteuses ou rapidement amorties. Les hôteliers peuvent remplacer les produits conventionnels par des produits d’entretien écolabellisés (meilleurs pour l’environnement et la santé des salariés), installer des mousseurs sur les robinets et les douches (“il peut y avoir un retour sur investissement en six mois”, selon Nathalie Bel-Baussant), brider les températures des chauffages et des climatisations (en expliquant leur démarche), choisir des produits bio, arrêter les grosses portions en restauration ou proposer deux tailles d’assiettes, privilégier les grands contenants et le vrac pour limiter les déchets, changer les draps à partir de la troisième ou quatrième nuitée, passer aux ampoules LED, sensibiliser la clientèle aux consommations d’eau et d’énergie…
Comment le cahier des charges aide-t-il à rendre son hôtel plus durable ?
L’hôtel Rosalie est une société à mission qui repose sur trois engagements : réhabiliter la nature en ville, limiter son impact sur l’environnement, et travailler avec des producteurs et fournisseurs locaux. “Le cahier des charges nous a aidé à structurer notre démarche. Il faut apporter beaucoup de preuves pour que les critères soient validés. Les exigences sont très pointilleuses. On ne peut pas tricher », déclare Antoine Portejoie.
De son côté, Slo Hostels avait déjà mis en place de nombreuses initiatives avant de se lancer dans la labellisation, mais ce cahier des charges lui a offert “une grille de lecture, une méthode, étape par étape, pour rendre sa démarche plus efficace”. “On avait regardé les différents labels proposés : certains sont plus techniques, d’autres portent plus sur la partie construction – or nous sommes locataires, on a rénové, on n’a pas construit nos bâtiments. Ce label était le plus pragmatique d’un point de vue opérationnel et métier, pour nos salariés et nos clients. Ça apporte une légitimité pour toutes les parties prenantes de l’entreprise et permet d’aller au-delà des intentions”, juge Julien Routil.
D’après Clef verte, un établissement labellisé économise en moyenne 50 litres d’eau par nuitée.
Comment engager ses équipes ?
Pour Julien Routil, “l’implication du staff est essentielle. Il faut que les salariés y adhérent au quotidien. On a beaucoup donné la parole à nos équipes : elles ont pu choisir les investissements prioritaires, le référent pour représenter toutes les parties prenantes, quelles associations on pouvait soutenir…”
Quels obstacles surmonter ?
La labellisation Clef verte est un projet chronophage, principalement les deux premières années.
Par ailleurs, certains critères impératifs peuvent être difficilement atteignables, comme les 75 % de doubles vitrages qui représentent un investissement conséquent, ou encore la gestion des biodéchets qui, dans certaines communes, est inexistante.
Comment communiquer avec sa clientèle ?
La communication sur la labellisation et les engagements de l’hôtel peut parsemer tout le parcours client : sur le site de l’établissement et les réseaux sociaux, dans le mail de pré-arrivée, sur place (signalétique, label en vitrine, livret d’accueil…). “On rappelle nos pratiques, on explique notre démarche, mais on n’est pas dans l’injonction”, souligne Julien Routil.
Quel est le retour des clients ?
“Les clients viennent d’abord pour passer un bon moment dans notre établissement, admet Julien Routil. Dans notre formulaire de satisfaction, on leur demande s’ils avaient remarqué qu’on était labellisé, si c’était un critère de choix important, et si notre engagement leur paraissait concret et suffisant. Résultat : c’est à 55 % un critère important dans le choix de l’établissement.”
Publié par Violaine BRISSART
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