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HOTELS
Gestion
Portrait
Les trois mousquetaires
d'Accor Hôtellerie Economique
Depuis son arrivée à la présidence du directoire du conglomérat
français, Jean-Marc Espalioux cherche à remettre Accor en ordre de bataille. C'est
aujourd'hui chose faite concernant le pôle d'hôtellerie économique (Ibis, Formule 1 et
Etap'Hôtel), chapeauté par Didier Gros et Jean-Claude Luttmann. Reste qu'ils se sont
entourés de trois «fines lames» du secteur pour diriger chacune des marques. A n'en pas
douter d'ailleurs ces trois-là feront mouche. D'autant qu'ils travaillent main dans la
main assurant chacun la direction générale d'une région (toutes enseignes confondues)
et celle d'un produit hôtelier déterminé.
Par Claire Cosson
Jean-Jacques Daurat
Attention, les apparences sont parfois trompeuses !
Discret derrière sa jolie moustache à la gasconne, ce diplômé de l'école supérieure
de commerce de Toulouse, fils d'hôtelier et petit-fils de cuisinier, est en fait un de
ces baroudeurs de l'hôtellerie économique capables de vous réciter sur le bout des
doigts la liste des meilleurs sites français pour implanter un hôtel bon marché. A
force de sillonner l'Hexagone, Jean-Jacques Daurat, la quarantaine séduisante, n'a de
fait plus grand-chose à apprendre en la matière. Après avoir bourlingué durant près
de sept ans en France pour commercialiser le «Ticket Restaurant», notre homme prend la
direction des opérations France-Ouest de Formule 1 en 1990. La chaîne, lancée par
Jean-François Bourgeois et Jean-Claude Luttmann six ans plus tôt, ne compte alors que
120 établissements. Reste qu'à raison d'une quarantaine d'ouvertures par an, le réseau
croît à la vitesse grand «V». A tel point d'ailleurs qu'il totalise actuellement 306
hôtels dont 281 sur le territoire national.
Acteur dynamique dans cette grande aventure, Jean-Jacques quitte cependant le pionnier
de l'hôtellerie très économique en 1995 pour aller «battre le fer» du côté de chez
Ibis. D'abord directeur général des opérations de l'enseigne 2 étoiles pour
l'Ile-de-France et le Benelux, il se voit confier douze mois plus tard, dans le cadre de
la création du pôle Accor Hôtellerie Economiques, la responsabilité opérationnelle
des trois marques (Formule 1, Ibis et Etap'Hôtel) en région parisienne. Aujourd'hui, ces
dernières tâches se sont étendues à l'Europe du Nord et à la Normandie.
Mais, Jean-Jacques Daurat assure également la direction générale de la
marque Formule 1. Une nomination qui tombe à pic pour ce passionné de l'hôtellerie
zéro étoile. D'autant qu'il ne cache pas ses ambitions quant à l'avenir de la chaîne.
«Formule 1 va traverser une vague de croissance soutenue hors du territoire national
au cours des cinq prochaines années», explique le patron de l'enseigne. Et
d'ajouter, «60 ouvertures sont d'ores et déjà prévues d'ici l'an 2000». S'il
reste certes quelques niches dans l'Hexagone, notamment autour de la capitale, Formule 1 a
maintenant bel et bien bouclé son tour de France. Il y a en revanche effectivement encore
fort à faire à l'étranger où l'enseigne ne regroupe encore que 25 unités.
Grande-Bretagne, Allemagne mais aussi Espagne et Afrique du Sud figurent bien sûr dans la
ligne de mire de la marque très économique. Un programme qui n'empêche pas pour autant
Jean-Jacques Daurat de garder les pieds sur terre et de gérer efficacement le parc
existant. Car, sans en avoir l'air, les Formule 1 ont évolué se dotant d'espaces verts
fleuris, de nouvelles moquettes, de nouveaux dessus-de-lit, de parkings fermés (près de
150 fin 1998)... «Nous investissons plus de 5% du chiffre d'affaires dans la
rénovation afin d'apporter plus de confort à nos clients», explique le directeur
général. Une démarche, qui associée à une politique tarifaire plus judicieuse (avec
un prix basse saison et un prix été), semble séduire pleinement la clientèle. La
preuve ? En 1997, le taux d'occupation de la chaîne a atteint 71 % et son prix moyen a
grimpé de 2 francs s'élevant à 135 francs.
Gilbert Martinelli
Plus réservé que ses deux autres compères,
Gilbert Martinelli, directeur de région des trois marques (Ibis, Etap Hôtel et Formule
1) pour PACA, le Grand-Ouest et le Benelux, et également directeur de la chaîne Etap
Hôtel, n'en a pas moins ses «bottes secrètes» personnelles. A quarante- huit ans, cet
ancien élève de l'Ecole hôtelière de Nice, n'en est effectivement pas à son premier
galop d'essai au sein du conglomérat français. Après treize années passées chez
Novotel, où il initiera d'ailleurs avec succès les fameux cercles de qualité, il prend
en 1987 les commandes opérationnelles de la chaîne Formule 1 pour la région parisienne.
Et puis chemin faisant, voilà notre homme engagé dans le lancement du concept Etap
Hôtel. Un produit dont la particularité consiste, contrairement à celle développée
par Formule 1, à offrir dans ses hôtels une salle de bains privative (douche et
sanitaires) à un prix en général inférieur à 200 francs (variation selon les sites).
«Certains ont pensé que nous allions cannibaliser Formule 1», indique Gilbert
Martinelli. Et d'ajouter, «mais, il n'en a rien été ! Car, nous avons répondu aux
attentes d'un autre type de clientèle prêt à dépenser un peu plus pour s'assurer un
plus grand confort.» Avec un taux d'occupation s'élevant à 71,6% (+3 points) et un
prix moyen chambre égal à 172 francs en 1997, la chaîne connaît de fait un belle
réussite. A tel point d'ailleurs qu'au fil des ans, le réseau Etap Hôtel a grandi pour
frôler aujourd'hui la barre des 100 établissements en France et franchir celui des 60 à
l'étranger. Les choses ne devraient pas s'arrêter en si bon chemin, puisque selon les
dires du patron de la marque, la chaîne envisage sans mal un parc de 200 unités dans
l'Hexagone et une bonne centaine en Allemagne.
Un développement qui se réalisera dans l'Hexagone principalement par la reprise et la
mise aux normes d'hôtels existants. A noter sur ce point qu'Etap Hôtel investit en
moyenne entre 45.000 et 50.000 francs par chambre pour intégrer un établissement à son
réseau. Autre fait important, la chaîne bénéficie également du repositionnement de
certains hôtels du groupe comme celui du Relais Mercure à Dardilly, de l'Ibis de Dieppe
ou bien encore de plus de la moitié du Ibis Bagnolet. «Ces repositionnements
redynamisent les unités. Celle de Bagnolet a ainsi augmenté son prix moyen de manière
assez sensible», commente Gilbert Martinelli.
Enfin, toujours à l'écoute du terrain, en collaboration avec les
gérants des hôtels (tous gérants mandataires), le responsable d'Etap Hôtel a
récemment mis en place une charte «d'engagement client» portant sur les prestations de
base (fonctionnalité, propreté, confort, accueil et sobriété de présentation), les
avantages concurrentiels (réactivité, découverte, petit déjeuner) et les attentes
spécifiques de la clientèle. De quoi canaliser les énergies de tous au profit d'un seul
: le client.
André Witschi

«L'expérience des uns nourrit celle des
autres», lance André Witschi en parlant de la nouvelle organisation du pôle Accor
Hôtellerie Economique. Le tout ponctué bien sûr d'un charmant accent suisse, pays dont
il est d'ailleurs originaire puisque né à Zurich en 1951. Des propos qui, à première
vue, peuvent paraître assez surprenants dans la bouche de celui qui fut l'homme clé du
conglomérat français en Allemagne au cours des sept dernières années. Directeur
général des opérations Ibis outre-Rhin, mais aussi en Autriche, Italie, Pologne et dans
le Sud de la France de 1990 à fin 1996, ce fils de restaurateur, diplômé à la fois de
l'Ecole de commerce de «Juventus» et de l'Ecole hôtelière de Zurich, n'a en effet a
priori plus grand-chose à apprendre.
D'autant qu'il s'est véritablement battu sans relâche pour imposer la chaîne deux
étoiles au pays du chancelier Helmut Khol. A noter au passage que le réseau allemand
regroupe aujourd'hui 51 établissements et réalise un chiffre d'affaires de 250 millions
de DM contre un chiffre d'affaires de 50 millions DM sept ans auparavant. Sans oublier
également que notre homme a été récemment sacré «Meilleur Hôtelier» en Allemagne.
Et qu'il a en outre effectué un passage fort remarqué au sein de la société Mövenpick
tant dans sa fonction de responsable régional des restaurants Cindy que dans celle
concernant la restauration rapide et d'autoroutes.
André Witschi n'en demeure pas moins cependant prêt à apprendre de nouveau.
Installé en France depuis sa nomination au poste de directeur général de région pour
Etap Hôtel, Ibis et Formule 1 (Nord-Ouest en France, Grande-Bretagne, Suisse, Italie et
Asie) et de la marque Ibis, notre Helvète avoue ainsi : «ce type de structures
multimarques permet à la fois d'être proche du terrain tout en renforçant l'analyse
marketing de chacun.» Et d'ajouter, «lorsque l'on évolue dans des marchés
mûrs, on se doit d'agir différemment.»
De fait, concernant la chaîne Ibis, elle va certes poursuivre sa
démarche de mondialisation en cherchant d'une part à compléter son réseau européen
(en Espagne, Pologne, Grande-Bretagne...) et d'autre part à essaimer dans des
destinations telles que l'Amérique du Sud (Argentine, Brésil...) et l'Asie. «Tôt ou
tard, nous pénétrerons tous les marchés», confie André Witschi. Reste qu'avec
près de 432 hôtels ouverts au 31 décembre 1997, le réseau deux étoiles doit aussi
veiller à maintenir son image de marque. Et pour y parvenir, outre les avancées
techniques apportées au concept hôtelier lui-même, le responsable de la marque entend
faire appel aux talents cachés de ses employés. «Ce sont les collaborateurs qui font
la différence», précise l'intéressé. Un programme baptisé, «Acteur 2003», à
cet effet devrait ainsi donner la possibilité à chaque membre des équipes de
s'autoformer. De quoi s'enrichir sur le plan personnel tout en répondant encore mieux aux
attentes du client de demain. En 1997, Ibis a d'ailleurs d'ores et déjà enregistré une
hausse de sa fréquentation de 3 points à 71,4%.
L'HÔTELLERIE n° 2560 Magazine 7 Mai 1998

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