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Pour une meilleure sécurité dans les discothèques

Comment Toulouse s'organise

La préfecture de Haute-Garonne et les discothèques toulousaines travaillent à l'élaboration d'une qualification spécifique du personnel des établissements de nuit. Un programme sans précédent, lancé par la section discothèque du Syndicat départemental de l'industrie hôtelière.

m Par Sylvie Soubes

Toulouse vit la nuit, sans doute plus intensément que d'autres cités. Une des principales raisons réside dans le nombre important d'étudiants qu'elle abrite : près d'un quart des habitants. La Ville rose se bat également contre un problème d'insécurité montante, à l'image cette fois des grandes métropoles qui brassent des populations différentes. Les discothèques sont inévitablement au cœur des débats. Il y a 4 ans, sous l'impulsion de William Bardin, patron de l'Opus Café, plus de 60 % des bars de nuit et discothèques de Toulouse et sa région ont rejoint l'Union des métiers de l'industrie hôtelière de Haute-Garonne. "Ceci s'est fait à l'époque grâce à Claude Evas, avec qui nous estimions pouvoir travailler." Actuellement vice-président du bureau départemental, William Bardin bataille pour une certification du personnel de sécurité employé par les discothèques toulousaines. "Cette approche est nécessaire. Il ne faut pas se voiler la face. Il existe des problèmes mais il existe aussi des solutions. La sécurité doit être maîtrisée par un personnel compétent qui doit connaître son métier, c'est-à-dire les bons gestes, les bonnes attitudes."

Professionnalisation nécessaire
Cette "qualification des salariés des établissements de nuit" ne peut, toutefois, selon William Bardin, être valable sans l'appui des instances officielles. Une requête prise au sérieux par les services de la préfecture de la région Midi-Pyrénées et de Haute-Garonne et qui allait aboutir, fin juin, à une réunion plénière placée sous la présidence de Jean-Luc Marx, directeur de cabinet. Des représentants de la mairie, des services de police, de gendarmerie et du Samu participent au tour de table. "L'initiative, souligne-t-on alors, s'inscrit dans une démarche de communication des bars et des discothèques confrontés à un public festif qui, face à la fatigue, l'alcool, les drogues, les envies et frustrations de toutes natures, le conduit à des comportements agressifs, violents pour lui-même et pour les autres. Le sas de sécurité que représente la porte de l'établissement est le garant d'une bonne ambiance à l'intérieur et d'une gestion correcte du conflit à l'extérieur. C'est donc le point de focalisation crucial qui nécessite une formation afin de le renforcer." Alain Fernandez, patron de la discothèque Le Charleston, qui assiste à cette réunion, veut aussi, par l'intermédiaire de ce dispositif, "en finir avec l'idée des portiers-videurs qui tapent sur tout ce qui bouge sans réfléchir". Une certification reconnue par les pouvoirs publics permettrait, en outre, d'après lui, une "reconnaissance mutuelle". Pour ce discothécaire encore, comme pour les autres représentants du secteur CHR présents d'ailleurs, il est impératif "que les lieux festifs soient des lieux sûrs pour ceux qui veulent s'amuser dans une bonne ambiance".
Au terme des débats - et à la plus grande satisfaction de William Bardin et des professionnels toulousains de la nuit -, un calendrier est arrêté. Le dispositif retenu comprend le principe d'une charte de bonne conduite (charte Qualité-Confiance), signée par les patrons de discothèque, et des sessions de qualification professionnelle organisées avec l'aide, souhaitée, de la direction du Travail. Le 26 juillet dernier, une deuxième réunion, animée par Danielle Pujazon, chef de bureau à la préfecture, coordinatrice sécurité routière et chargée du dossier, précise l'esprit de la qualification.

Label
La formation, confiée à un spécialiste, Jack Crestey, se veut pragmatique, liée aux besoins toulousains. Son contenu prend en considération le stress propre à la nuit, les nouvelles menaces, la diversité culturelle et prévoit des bilans de compétences. La Codac 31 (Commission d'accès à la citoyenneté) est invitée à donner sa vision des choses. Bon signe. L'implication des acteurs locaux conforte le bien-fondé du dispositif. William Bardin, qui regrette l'absence de SOS Racisme, ajoute et insiste : "Si notre premier axe est la sécurité, nous devons aussi démocratiser le problème. Il faut que l'on cesse de nous donner des coups de bâton systématiquement. Ce label doit accorder aux professionnels compétents la crédibilité qu'ils méritent."
L'intérêt de cette labellisation est encore, comme l'explique Danielle Pujazon, si celle-ci s'adresse non seulement au personnel en place mais aussi aux personnes en recherche d'un emploi. L'ANPE devrait en effet être partie prenante et le principe pourrait alors devenir créateur d'emplois. Un plus incontestable en faveur du projet. La prochaine étape doit avoir lieu le 18 septembre prochain, date à laquelle Hubert Fournié, préfet de la région Midi-Pyrénées, préfet de Haute-Garonne, et Guy Passenda, président de l'Union des métiers de l'industrie hôtelière de Haute-Garonne, vont ratifier la charte Qualité-Confiance établie durant l'été. Les formations devraient, quant à elles, démarrer dans le courant du trimestre. n zzz28

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La sécurité, à l'extérieur comme à l'intérieur des établissements, fait partie des priorités pour les professionnels de la nuit toulousains.


Pour William Bardin, "ce label doit accorder aux professionnels compétents la crédibilité qu'ils méritent".


Une entrée comme une sortie de discothèque ne sont jamais anodines. Le poste de portier nécessite des compétences particulières que Toulouse souhaite rapprocher de ses spécificités locales.


Une ambiance réussie passe par un bon DJ (ici Phils, au KL) et une sécurité formée aux spécificités de la nuit.

 

Objectifs

w Gérer le stress du personnel de nuit
w Le former aux gestes d'urgence
w Connaissance des nouvelles menaces
w Etablir un bilan de compétences

Sur le vif

Farid Amiri est président de la section discothèque du Syndicat hôtelier de Haute-Garonne. Patron du Purgatoire, quai Saint-Sauveur à Toulouse, celui-ci estime "primordiale" l'obtention d'une certification reconnue par les pouvoirs publics. "L'avenir de notre profession en dépend. Nos clients veulent pouvoir faire la fête dans de bonnes conditions. C'est à nous de travailler dans
ce sens."

William Bardin, patron du KL, discothèque toulousaine, doit agrandir prochainement celle-ci qui deviendra alors la plus grande discothèque d'Europe. Il réorganise en conséquence son équipe d'agents de sécurité. Il confirme : "La clientèle veut pouvoir s'amuser jusqu'au bout de la nuit sans risques. Cela réclame une parfaite organisation des établissements, quelles que soient leur taille et leur capacité d'accueil."

Roger Rougeboux dirige l'Ile au Galion à Deyme et une autre discothèque à Toulouse. Lui aussi soutient la démarche de William Bardin : "Il faut savoir évoluer avec la société. Cette prise de conscience du rôle des vigiles est constructive et montre une profession qui sait bouger."

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