|
|
|
restauration Allemagne
Harald Wohlfahrt
__________________
Le restaurant français
Au cur de la Forêt-Noire, un des plus beaux sites hôteliers d'Allemagne abrite
le "restaurant français", trois macarons Michelin depuis 1992. Harald Wohlfahrt
est maître à bord. Un cuisinier d'exception qui s'attache à travailler les produits du
cru.
Sylvie Soubes

Son style impressionne
Sous les rayons du soleil,
Baiersbronn vit au rythme des terrasses et des musiciens de rue. Quand l'hiver recouvre la
Forêt-Noire d'un épais manteau de neige, les habitants poursuivent leur course festive
au chaud des estaminets. L'endroit est accueillant. Le village, relativement étendu,
serpente dans la montagne et l'axe principal s'articule autour de trois rues :
Freudenstädter Strasse, Ruhesteinstrasse et Murgtalstrasse. C'est dans cette dernière
que prend naissance la Tonbachstr. Des anciens se souviennent : "La montée se
faisait difficilement et le chemin s'enfonçait, rude, dans les bois, jusqu'à cette
petite auberge qui n'était fréquentée que par les bûcherons et les ouvriers
forestiers." Aujourd'hui, l'artère est devenue le refuge de maisons paisibles et
coquettes. Au bout de la route, cependant, l'auberge reste blottie dans un écrin de
verdure. Mais comme elle a grandi ! Traube Tonbach fait en effet partie des plus beaux
sites hôteliers d'Allemagne. Composée de plusieurs chalets, elle offre 320 lits, 180
chambres et suites (avec un taux d'occupation de 93 % à l'année, un centre sportif, de
nombreuses animations toutes l'année, 310 employés...). Traube Tonbach abrite quatre
restaurants dont le Schwarzwaldstube, le restaurant d'Harald Wohlfahrt, trois étoiles
Michelin depuis 1992.
Harald Wohlfahrt est originaire du cru. De 1970 à 1973, il choisit d'ail-leurs de faire
son apprentissage en cuisine dans un établissement situé en Forêt-Noire. Ce n'est
qu'ensuite qu'il se frotte aux autres régions allemandes. Il travaille à Baden-Baden, au
Stahlbad, à Munich, aux côtés de Eckhart Witzigmann (premier Allemand à avoir atteint
les 3 étoiles Michelin). Il reçoit aussi le titre allemand de Maître cuisinier et se
souvient avec bonheur d'un stage fait auprès d'Alain Chapel.
Début des années 80, Harald Wohlfahrt est revenu dans sa région natale. Traube Tonbach
lui offre un cadre à sa mesure. Magnificence du site, entre sapins et montagnes.
Magnificence du cadre : de belles boiseries, de riches tissus, un personnel en habit
traditionnel. Traube Tonbach reçoit avec panache. Wohlfahrt donne libre cours à son
talent.
Respect
Son style impressionne rapidement. Il est d'autant plus surprenant et personnel qu'il
s'appuie en grande partie sur les produits locaux. Cerf, marcassin, chevreuil sont
travaillés avec une imagination débordante, mais toujours intelligente et juste. Le
respect des aliments est indéniable. Il reflète la passion du chef pour la nature qui
l'entoure. L'homme avoue au passage son "attirance" pour la cuisine hexagonale.
La Méditerranée, le grand-Sud ont ses faveurs. On surnomme d'ailleurs l'établissement
le "restaurant français". Bien joli sobriquet, non ?
A la carte, le jour de l'entrevue : Salade d'artichauts et de fleurs de courgettes aux
filets de rouget barbet légèrement fumés à la vinaigrette balsamique, Essence de
tomates aux coquillages, petits seppiolines et basilic, Escalopes de foie d'oie chaud et
pommes glacées à la cannelle en feuilles de sésame, jus au citron vert et au gingembre,
Variation de lapereau sur une tombée de roquette et un jus à l'ail doux, Carré d'agneau
aux aromates et compote de tomates et d'aubergines sauce à l'échalote, Gratin à la
rhubarbe...
Ce qui frappe également, quand on part à la rencontre d'Harald Wohlfahrt, c'est la
déférence, la révérence du personnel à son égard. Il y a, on le sent, une barrière
entre ce chef, reconnu parmi les plus grands, et ces jeunes qui doivent faire leurs
preuves. Mais rien de comparable avec la crainte que témoignent trop souvent nos bleus
devant leurs pairs. Samuel Blanc, 28 ans, occupe le poste de sous-chef. Pour ce Français,
"le relationnel établi par Harald Wohlfahrt, comme beaucoup d'autres grands chefs
allemands, est assez éloigné des habitudes françaises". Alors qu'il aide avec
gentillesse à la traduction de l'interview, Samuel évoque le respect mutuel et
volontaire cultivé par Wohlfahrt. Le compliment est tombé sans appel.
S'exprimer pleinement
Le métier a ses avantages. Etre journaliste permet d'approcher de plus près l'antre du
chef : sa cuisine. 40 m2, dont les plans ont été conçus par Harald lui-même. Une
pièce climatisée, aux espaces précis, judicieusement utilisés. Il n'y a pas d'angle
brut pour éviter au personnel de se blesser. La hauteur de certains fourneaux a été
rehaussée afin de limiter la fatigue dorsale des cuisiniers...
Détenteur de trois macarons, Wohlfahrt pourrait avoir envie de voler de ses propres
ailes. Quoique l'expression ne convienne pas vraiment. L'homme est entièrement maître à
bord du restaurant, de la carte au recrutement. La question est néanmoins posée. Il
sourit. "Ma propre affaire ? Pour arriver à quel niveau ? J'ai le bonheur de
pouvoir m'exprimer ici pleinement, en toute liberté, comme je le souhaite, et ça dans un
cadre exceptionnel. Mes ambitions ne sont pas de posséder ma propre affaire mais de
pérenniser au plus haut niveau la Schwarzwaldstube, de toujours satisfaire la clientèle
et de créer, encore et encore." Génie et sagesse font bon ménage dans la
vallée de Tonbach ! * zzz18p zzz22i
zzz99
Restaurant Schwarzwaldstube
Traube Tonbach
Tonbachstr 237
D 72 270 - Baiersbronn
Allemagne
Tél. : 00 49 442 49 26 65
Fax : 00 49 442 49 26 92
Parlons chiffres
Chiffre d'affaires 12 MF
Effectif 20 employés
|
Homard poché sur un lit de pois gourmands et nage de citronnelle
Ingrédients
Homards bretons de 600 g environ
5 l de bouillon de légumes
100 g de pois gourmands
20 g de beurre
Sel et poivre du moulin
Pour l'émulsion :
100 g d'échalotes
150 g de beurre
1/2 l de riesling sec
Sel et poivre du moulin
Piment de Cayenne
Le jus d'un citron et son zeste râpé
Crème fouettée
250 g de citronnelle
Préparation
- Cuire 8 mn chaque homard dans un bouillon puis les mettre sous l'eau
froide quelques instants. Les couper dans le sens de la longueur et en détacher les
pattes, la tête et extrémité de la queue. Détacher la chair des carcasses et
la couper en morceaux.
- Faire revenir les échalotes ciselées dans 75 g de beurre. Ajouter la
citronnelle en grosses lamelles et la carcasse du homard.
- Déglacer au vin blanc et faire légèrement réduire. Couvrir de fumet, faire
réduire d'un tiers. Assaisonner (sel, poivre, piment) et passer au chinois.
- Lier l'émulsion avec 75 g de beurre, ajouter le zeste de citron et la crème
fouettée.
- Blanchir les pois gourmands, les refroidir et les couper en fines lamelles puis
les passer au beurre.
- Réchauffer à la vapeur le homard, poser les pois, arroser avec la nage de
citronnelle, garnir avec la tête, les pattes et la queue.
Vos commentaires : cliquez sur le Forum des Blogs des Experts
L'HÔTELLERIE n° 2686 Magazine 05 Octobre 2000

|