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RESTAURATION
A la une
A Las Vegas
Les chefs français misent et gagnent
Las Vegas, la ville du jeu et des spectacles veut devenir aussi la ville des
conventions et de la gastronomie. Chaque hôtel-casino (ou presque) ouvre son propre
centre de conférences. Chaque hôtel-casino veut briller en attirant dans ses cuisines au
moins un chef de grande renommée. Alors, dans cette ville en pleine effervescence, les
chefs gastronomiques français -symboles du bon goût et du raffinement- sont très
prisés. Et, ils se plaisent dans cette ville où ils peuvent à la fois s'épanouir et
s'enrichir... quand ils travaillent très dur. Rencontres.
Propos recueillis par Bernadette Gutel
Le Monte Carlo : le restaurant gastronomique du Desert Inn.
* Arnaud Briand (38 ans )
Le Bonheur est à Las Vegas
Arnaud Briand, executive chef au Desert Inn depuis
1996, est un homme heureux. Il habite à Las Vegas, une belle maison avec un grand jardin
dans lequel poussent des orangers, des pêchers, des abricotiers... Il dispose aussi d'une
belle piscine. Ses revenus annuels sont très élevés : 350.000 dollars par an grâce à
son salaire (150.000 dollars) et aux profits que lui rapportent deux entreprises qu'il a
créées. Mais pour en arriver là, il a dû faire ses preuves. Parce que le Desert Inn,
l'hôtel-casino le plus ancien, le plus petit (700 chambres) mais aussi le plus chic de
Las Vegas tient à offrir à sa clientèle huppée une cuisine de très haut niveau
gastronomique. Cet hôtel-casino qui est le seul à posséder un terrain de golf, a été
construit dans les années 50 par ITT qui voulait se donner une image de luxe. Le Desert
Inn vient d'être rénové pour un montant de 200 millions de dollars. Donc, Arnaud Briand
arrive à New York en 1984, à l'âge de 24 ans, après avoir travaillé pour Guérard et
Hilton. Là, il est engagé comme executive chef au Cellar in the Sky, le restaurant
gastronomique de Windows on the World situé dans le World Trade Center. Six mois après
son arrivée, il est reconnu comme l'un des quatre meilleurs chefs français de Manhattan.
Après être passé au Bernardin à New York, il est sollicité par le Caesar's Palace de
Las Vegas pour devenir l'excutive chef du restaurant gastronomique le Place Court. «En
arrivant, explique-t-il, j'ai voulu radicalement changer le menu qui comprenait
bisque de homard, sole meunière, côte de veau à la normande, carré d'agneau,
chateaubriand et soufflé. Pendant la première semaine, j'ai passé une bonne partie de
mon temps à recevoir les plaintes les clients mécontents de ne pas trouver leurs plats
préférés. J'ai fait marche arrière mais j'ai pris le temps de discuter avec des
clients pour leur expliquer ma conception de la cuisine. J'ai fait venir des poissons
frais de Californie, j'ai acheté de la viande maturée. J'ai créé un jardin de fines
herbes. Les clients ravis y venaient se faire photographier après le repas, un brin de
thym ou un bouquet de persil à la main». Et puis, Arnaud a eu envie de retourner
dans une ambiance plus classique. Il est reparti pour New York dans le plus ancien
restaurant de cette ville : le Rainbow's Room du Rockefeller Center. «Le travail,
explique-t-il, était passionnant mais extrêmement dur. C'est le restaurant de
New-York qui demande le plus de travail. 2.000 couverts tous les soirs. Je n'ai pas pu
tenir plus de deux ans. D'ailleurs, le Rainbow Room recherche à l'heure actuelle un chef
gastronomique. Il offre un salaire de 250.000 dollars. Mais les candidats se font rares».
C'est ainsi qu'après cette expérience importante pour sa carrière mais éprouvante pour
sa vie personnelle, Arnaud a accepté les propositions du Desert Inn. Dans cet
établissement, il supervise les cuisines de quatre restaurants pour lesquels il a engagé
de bons chefs, dont François Meulien, le fils de Jean-Marie qui cuisine pour le Monte
Carlo et qui espère bien obtenir prochainement une quatrième étoile. Au Desert Inn,
Arnaud peut donner libre cours à sa passion pour le bon et le beau (il a entre autres
imaginé la vaisselle du Monte Carlo et a pour cela signé un contrat avec Fabergé.
Chaque assiette décorée d'un oeuf de Fabergé coûte 200 dollars). Là, enfin, en
s'entourant de bons responsables, il peut prendre le temps de profiter de la douceur de
vivre à Las Vegas.
Il n'est pas retourné en France depuis une douzaine d'années mais c'est dans son pays
natal qu'il prendra sa retraite.
Arnaud Briand supervise les cuisines des quatre restaurants du Desert Inn.
* Arnaud Briand :
The Desert Inn : 3145 Las Vegas Boulevard South
Las Vegas - Nevada 89109
Tél. : 702.733.4623. - Fax : 702.733.4437.
Jean-Louis Palladin (45 ans)
A Las Vegas pour conquérir New York
Jean-Louis Palladin est arrivé aux Etats-Unis en
1979. Il s'est installé à Washington où il est resté 18 ans. Là, il a ouvert le
restaurant «Jean-Louis» à Watergate, puis le «Golf Palladin». L'année dernière, il
a accepté de venir à Las Vegas ouvrir «Le Nappa», restaurant gastronomique de
l'Hôtel-Casino El Rio mais à condition... qu'on lui donne l'argent nécessaire pour
ouvrir un restaurant à New York. Ça se passe comme ça à Las Vegas ! Jean-louis
Palladin a acquis une telle notoriété sur la Côte Est que ses clients de New-York,
Miami ou d'ailleurs viennent le retrouver à Las Vegas. «J'ai accepté cette place,
explique Jean-Louis, car mon rêve est de m'établir à New York tout en gardant la
gestion du Nappa où je viendrai une fois par mois pendant 3 ou 4 jours. Si on est
sérieux là-bas, on peut atteindre «son bâton de maréchal»». Quand Jean-Louis
est arrivé au Nappa (investissement 6 millions de dollars), il faisait une cuisine plus
hétéroclite, plus européenne semblable à celle qu'il proposait à Washington.
Maintenant pour plaire à une clientèle moins initiée, il offre deux styles de cuisine :
une cuisine américaine composée de plats que connaissent bien les Américains à base de
boeuf, de homard, de crevettes et de pommes de terre en robe des champs et une cuisine
plus sophistiquée à base de foie gras, de magret de canard ou de style cajun et
créole... Il fait d'ailleurs un tabac avec son foie gras poêlé. «Aux USA,
commente Jean-Louis, on peut utiliser tous les produits du monde ce qui permet à mon
imagination de progresser d'autant plus que je voyage beaucoup. Je fais ce que l'on
appelle de la «fusion-food». Bien sûr, certains de mes clients me demandent un steak
voire un hamburger. Comme je veux leur faire plaisir, je ne leur refuse pas. Ils
pourraient consommer ces plats dans l'un des nombreux «steak-house» de Las Vegas, mais
ils veulent venir au Nappa parce que c'est l'un des meilleurs restaurants de la ville.
J'espère que petit à petit, ils essaieront d'autres plats». Pour Jean-Louis, pas
question de revenir en France. «Tous mes copains sont ici, explique-t-il. Et
puis, en France, tout le monde veut être assisté. Aux USA, je vis un challenge permanent
: maintenant au Nappa où je dois conquérir une clientèle disparate et prochainement à
New-York où je serai propriétaire à 50% de mon restaurant. Aux USA, je trouve aussi
beaucoup de plaisir à former les jeunes Américains qui travaillent avec moi. J'ai une
équipe de jeunes apprentis qui viennent tous de Las Vegas. Ils s'accrochent à moi comme
le faisaient les jeunes auparavant en France. Ils se donnent à 100% pour progresser, ils
font des efforts surhumains. Ils cherchent à apprendre un maximum en ma présence. Ça me
donne du baume au coeur et je leur donne le maximum».

Au Nappa, restaurant de l'hôtel-casino El Rio, Jean-Louis Palladin cuisine en
direct devant ses clients.
Ses projets : poursuivre sa carrière à New York.
* Jean-Louis Palladin :
Rio Suite Hôtel & Casino - 1-15 and Flamingo
Post office Box 14160 - Las Vegas NE 89114
Tél. : 702.252.7777. - Fax : 702.247.7932.
Christian Bourdel (49 ans)
Des projets pleins la tête
Voici plus de 25 ans que Christian Bourdel est
parti aux USA. Il a débuté en Alabama, dans le cadre du restaurant le Birmingham comme
assistant executive chef. Il est arrivé à Las Vegas en 1980. Il est resté 8 ans au
Cesear's Palace avant d'entrer dans le Groupe MGM Grand. En 95, il a été nommé
vice-président Food & Beverage au MGM Grand Hôtel Casino et en août dernier, on lui
a confié en plus la responsabilité de vice-président de MGM Grand Conference Center, le
futur centre de conférence de MGM Grand.
Ce centre de conférence viendra compléter au 1er avril, l'activité de MGM Grand
Hôtel-Casino, établissement qui comprend entre autres 5.000 chambres, une quinzaine de
restaurants où l'on sert toute les cuisines du monde et un parc d'attractions.
Le MGM Grand Conference Center occupera une superficie de plus de 36.000 m2 et
permettra d'accueillir sur 3 étages plus de 10.000 personnes assises. En face de ce
complexe, 5 piscines reliées par des rivières s'étendront sur plus de 2,5 hectares.
Dès le mois de mai 1998, 10.000 personnes pourront être reçues tout autour. En
association avec Marriott MGM Grand se lancera dans la construction du MGM Marriott
Marquis, un établissement comprenant 1 500 chambres, 3 restaurants et 4.000 m2 de
réceptions/séminaires (ouverture prévue en novembre 99) puis du Ritz Carlton de 5.000
chambres (ouverture prévue en l'an 2000). Enfin, à la place de sa piscine construite il
n'y a pas plus de 4 ans, MGM Grand est en train de bâtir The Mansion, 30 villas très
luxueuses de style italien pour recevoir ses invités, c'est-à-dire ses plus gros joueurs
venus de Hongkong, Singapour et d'ailleurs. Un seul restaurant est prévu pour ces 30
villas de 3 à 4 chambres. Un restaurant qui servira à la demande et à toute heure du
jour et de la nuit une cuisine chinoise ou continentale. Voilà le contexte dans lequel
travaille aujourd'hui Christian Bourdel. «A l'heure actuelle, explique-t-il, nous
servons entre les buffets, banquets, restaurants, coffee shops... plus de 26.000
repas/jour dont 2.500 à 3.000 en banquets, petit déjeuner et dîner. 1.850 personnes
sont employées en Food & Beverage. Pour les banquets, poursuit-il, nous
utilisons le plus possible de produits cuits sous vide. C'est que pour les banquets du
Convention Center, mes objectifs de profits sont de 50%. Pour sûr, j'atteindrai ces
objectifs puisqu'en 97, pour l'activité banquet de MGM Grand hôtel-casino, j'ai fait
50,47%». En plus de toute l'activité Food & Beverage de MGM Grand, Christian
Bourdel, de par ses nouvelles responsabilités, s'occupe de toute la partie architecturale
et de tous les équipements des hôtels, restaurants et piscines en cours ou en projet de
MGM Grand. «J'habite Las Vegas depuis presque vingt ans, confie Christian Bourdel,
et je m'y plais beaucoup. Ici, «it's fun». Ça n'arrête jamais, ce n'est jamais la
routine. Pour réussir dans ce contexte, il faut posséder une grande ouverture d'esprit
afin de savoir réagir rapidement aux restructurations et aux changements. Chaque année,
il faut faire mieux et prévoir tous les deux ans ce qu'il faut changer pour aller encore
plus loin. Il y a trop d'argent qui circule ici. Ainsi, le MGM Grand paie tout comptant et
en banque, sa ligne de crédit est de 2 billions de dollars». Notez que Christian
Bourdel est à la recherche de deux chefs pour le restaurant de «The Mansion».

«A Las Vegas, it's fun. Pour réussir, il faut une
grande ouverture d'esprit», déclare Christian Bourdel,
vice-président de MGM Grand Conference Center.
* Christian Bourdel :
MGM Grand : 3799 Las Vegas Boulevard South
Las Vegas Nevada 89109
Tél. : 702.891.7301. - Fax : 702.891.1000.
Eric Jacques Scuillier (40 ans)
Notre ambassadeur au Paris-Las Vegas
Las Vegas, qui veut devenir une ville
gastronomique, n'y va pas par quatre chemins. Faire venir des chefs français ne lui
suffit pas : elle est en train de bâtir Paris en bordure du Las Vegas Strip. Ce projet de
750 millions de dollars conçu par Hilton Hôtel Corporation et son associé le Bally's
sera inauguré le 14 juillet 1999. Il comprendra entre autre un hôtel de 3.000 chambres,
13 points de restauration et bars et une superficie de 12.000 m2 réservée aux
conventions et séminaires. Et, c'est Eric Scuiller, breton de 40 ans, qui sera chargé
d'assurer la production de 26.000 couverts/jour avec 500 cuisiniers. Réussite fulgurante
pour ce chef qui est arrivé aux USA en 1982 et qui après avoir travaillé à Berveley
Hills et Chicago est entré comme chef au Bally's de Las Vegas en 1990. «Imaginez,
dit-il, à 40 ans, j'ai la responsabilité de la restauration d'un hôtel de 750
millions de dollars. Il n'y a qu'aux USA que cela peut arriver. Ici, ce n'est pas
cloche-merle. Si on a le savoir et la compétence, on vous donne la chance de monter
toujours plus haut. Pour réussir dans ce pays, il faut y croire, il faut avoir un esprit
de battant et de gagnant. Il faut avoir l'esprit ouvert et savoir adapter son savoir. Les
Américains mangent à leur manière. Il faut bien le comprendre. Sinon, il vaut mieux
partir.» Le Paris est un véritable défi pour Eric Scuilller. C'est pour lui, une
opportunité unique de construire un pont entre toutes les facettes de la cuisine
française et les attentes des Américains. Le but est de mettre l'accent sur la qualité
française -bonne et accessible- mais dans une ambiance américaine. «Je vais,
annonce-t-il, recruter 30 chefs français, j'ai obtenu des visas pour cela. Je
recherche des cuisiniers-techniciens, de véritables poissonniers, de véritables
sauciers... capables d'apporter de la finesse dans l'assiette. Nous ferons de la cuisine
du terroir dans la Brasserie et de la cuisine gastronomique à l'Eiffel Tower. J'ai les
moyens d'importer les meilleurs produits français (poissons de petits bateaux,
crustacés, vins, fromages...), mon problème aujourd'hui est de trouver les
importateurs». Un autre problème que rencontre Eric Jacques Scuiller, concerne le
personnel. Comme beaucoup de chefs aux USA (et en France), il a du mal à recruter du
personnel compétent qui accepte de travailler dur. Les jeunes qui sortent du Culinary
Arts Institute dont les frais de scolarité se montent à 50.000 F par an sur deux ans,
veulent s'enrichir tout de suite. Par ailleurs, Las Vegas, où quatre hôtels-casinos vont
ouvrir prochainement, connaît une pénurie d'employés. Et dans cette ville, le
syndicalisme est très puissant. Les salaires sont élevés, les avantages sociaux
nombreux...

Dans le cadre du Paris Las Vegas, Eric Jacques Scuiller établira un pont entre
toutes les facettes de la cuisine française et les attentes des
Américains.
* Eric Jacques Scuiller :
Paris Las Vegas : 3045 Las Vegas Boulevard South
Las Vegas - Nevada 89109
Tél. : 702.739.4435. - Fax : 702.739.4418.
Ces rencontres ont été organisées par Cuisine Solutions
:
85 South Bragg Street - Suite 600 - Alexandria - Virginia 22312
Tél. : 703 750 9600 - Fax : 703 750 1158 (Contact Gérard Bertholon).
L'Hôtellerie
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Le service «Emploi» de L'Hôtellerie
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Parlons chiffres
Aux Etats-Unis comme en France, les banques ne prêtent qu'aux riches.
Pour financer une affaire, il faut donc se tourner vers des fonds privés avec
plusieurs possiblités de partenariat :
* un «sponsor ship» à 100%, le financement étant
assuré par une compagnie.
* un «active partner» qui s'implique dans les
problèmes de gestion.
* un «silent partner» qui n'a aucun pouvoir de
gestion.
Les formalités sont très rapides. Il suffit de trouver un investisseur qui croit
en vous, un avocat et tout est fait en 48 heures. Les charges pesant sur l'entreprise sont
bien moindres qu'en France, ce qui explique aussi les excellents résultats ! |
L'HÔTELLERIE n° 2551 Magazine 5 Mars 1998

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