|
|
|
ACTUALITÉ JURIDIQUE
Publication du décret
LE CONTINGENT ANNUEL D'HEURES SUPPLÉMENTAIRES VIENT D'ETRE
MODIFIÉ
Un décret fixe à 180 heures le contingent réglementaire d'heures supplémentaires,
mais le projet de loi Fillon, en cours de discussion devant le Parlement, risque de
remettre en cause les effets de cette modification dans les CHR. Explications.
Les heures
supplémentaires se décomptent par semaine, mais le nombre maximum d'heures
supplémentaires qui peut être effectué par un salarié au cours d'une même année est
limité. C'est ce qu'on appelle le contingent annuel. Ce contingent joue un double rôle :
d'une part, il fixe le plafond d'heures supplémentaires au-delà duquel l'employeur doit
obtenir l'autorisation de l'inspecteur du travail ; d'autre part, il sert de point de
repère pour le décompte du repos compensateur obligatoire qui s'ajoute au paiement des
heures supplémentaires.
Le contingent annuel d'heures supplémentaires est fixé par décret ou par convention
collective étendue.
Le décret * du 15 octobre 2002 prévoit que "le contingent d'heures
supplémentaires prévu à l'article L. 212-6 est fixé à 180 heures par an et par
salarié (...)", contre 130 heures auparavant. Mais les effets de cette
modification sont différents selon que cela concerne l'autorisation de l'inspecteur du
travail ou le repos compensateur obligatoire.
Le contingent 'autorisation de l'inspecteur du travail' reste à 130 heures
Ce contingent correspond au nombre annuel maximum qu'un employeur peut librement demander
à un salarié. Au-delà de ce contingent, il doit obtenir l'autorisation de l'inspecteur
du travail.
Avant ce décret du 15 octobre 2002, le Code du travail fixait ce contingent à 130 heures
par an, sachant qu'il était de 45 heures par trimestre pour les établissements
saisonniers, conformément à l'avenant du 15 juin 2001.
Depuis le 15 octobre 2002, un décret porte la limite de ce contingent à 180 heures par
an. Mais si un accord collectif étendu fixe un contingent différent, c'est le contingent
prévu par l'accord collectif qui l'emporte. C'est justement le cas pour les CHR, car
l'avenant du 15 juin 2001 est un accord collectif étendu qui fixe un contingent
différent, à savoir : 130 heures par an pour les établissements permanents et 45 heures
par trimestre pour les établissements saisonniers. C'est donc la limite fixée par cet
accord qui continue à s'appliquer, et ce, malgré le décret du 15 octobre 2002.
Sachez en outre que le projet de loi Fillon, actuellement en cours de discussion, prévoit
que le contingent fixé par un accord collectif étendu l'emporte sur le contingent fixé
par décret. Ces limites resteront donc à 130 heures par an pour les établissements
permanents et à 45 heures par trimestre pour les établissements saisonniers.
Le tableau ci-contre résume l'évolution de ce contingent 'autorisation de l'inspecteur
du travail'.
Le contingent 'repos compensateur' passe à 180 heures
Ce contingent sert à décompter le repos compensateur obligatoire. En effet, toutes les
heures supplémentaires effectuées au-delà de ce contingent entraîne automatiquement
droit à un repos compensateur au profit du salarié, en plus du paiement des heures
supplémentaires.
Avant le décret du 15 octobre 2002, le Code du travail fixait ce contingent à 130 heures
par an pour les entreprises de plus de 20 salariés, et à 180 heures pour les entreprises
de moins de 20 salariés.
Depuis le 15 octobre 2002, un décret fixe ce contingent à 180 heures par an pour toutes
les entreprises quel que soit leur effectif, sachant que ce contingent s'applique sauf si
un accord collectif étendu ramène expressément ce contingent à un niveau inférieur.
Dans les CHR, c'est le nouveau contingent fixé à 180 heures qui s'applique. Pourquoi ?
Parce que l'avenant du 15 juin 2001, qui est un accord collectif étendu, est muet quant
au contingent 'repos compensateur'. Il ne le ramène donc pas à un niveau inférieur.
En relevant la limite au-delà de laquelle un salarié a automatiquement droit à un repos
compensateur en plus du paiement des heures supplémentaires, le décret du 15 octobre
2002 permet aux entreprises de recourir à plus d'heures supplémentaires sans repos
compensateur obligatoire. Cela lui coûtera donc moins cher.
Toutefois, cela risque de ne pas durer longtemps, car le projet de loi Fillon prévoit que
le contingent 'repos compensateur' sera égal au contingent 'autorisation de l'inspecteur
du travail'. Or, dans les CHR, ce contingent est limité à 130 heures, ce qui aura pour
effet de réduire le contingent 'repos compensateur' au même niveau que le contingent
'autorisation de l'inspecteur du travail', c'est-à-dire à 130 heures (au lieu de 180
heures depuis le 15 octobre 2002).
Le tableau ci-contre résume l'évolution du contingent 'repos compensateur'.
T. Beausseron zzz60t
* Décret n° 2002-1257 du 15 octobre 2002 relatif à la fixation du contingent annuel
d'heures supplémentaires prévu à l'article L. 212-6 du Code du travail et publié au JO
du 16 octobre 2002.
Contingent annuel d'heures supplémentiares
'autorisation de l'inspecteur du travail'
|
| |
Contingent réglementaire |
Contingent conventionnel |
Contingent applicable |
| Avant le décret |
| du 15 octobre 2002 |
130 |
130 |
130 |
| Après le décret |
| du 15 octobre 2002 |
180 |
130 |
130 |
| Après adoption de |
| la loi Fillon |
180 |
130 |
130 |
Contingent annuel d'heures supplémentaires
'repos compensateur'
|
| |
Contingentréglementaire |
Contingent conventionnel |
Contingent applicable |
| Avant le décret du 15 octobre 2002 |
130 pour les entreprises de + et 180 pour les et 180 pour les
entreprises de - de 20 salariés |
X* |
130 pour les entreprises de + de 20 salariés et 180 pour les
entreprises de - de 20 salariés |
| Après le décret du 15 octobre 2002 |
180 |
X * |
180 |
| Après adoption de la loi Fillon |
180 |
130 ** |
130 |
* L'avenant du 15 juin 2001 ne fixe pas de contingent 'repos
compensateur'
** Le projet de loi Fillon prévoit que le contingent 'repos compensateur' est égal au
contingent 'autorisation de l'inspecteur du travail' prévu par une convention collective
étendue, c'est-à-dire, dans les CHR, par l'avenant du 15 juin 2001. |
| Un coup d'épée dans l'eau Le
projet de loi Fillon prévoit de modifier les modalités de paiement des heures
supplémentaires, mais il ne remet pas en cause les accords collectifs étendus. Dans les
CHR, l'avenant du 15 juin 2001 va donc continuer à s'appliquer. En effet, les partenaires
sociaux doivent négocier un nouvel avenant à la CCN des CHR du 30 avril 1997, pour que
de nouvelles règles s'appliquent. Par conséquent, le projet de loi Fillon ne devrait
avoir aucune incidence immédiate dans la profession. |
Mémento des modalités de
paiement des heures supplémentaires
|
Actuellement dans les CHR, les règles essentielles relatives aux heures
supplémentaires demeurent les suivantes :
è Les heures supplémentaires sont
les heures effectuées par un salarié à la demande de son employeur au-delà de 41
heures, 39 heures, ou 37 heures par semaine, selon la durée collective pratiquée dans
l'entreprise. Elles se décomptent par semaine civile.
è L'employeur doit obtenir
l'autorisation de l'inspecteur du travail au-delà d'un contingent annuel d'heures
supplémentaires, c'est-à-dire à partir d'un certain nombre d'heures supplémentaires
effectuées par un salarié en une année.
è Les heures supplémentaires doivent
être payées plus cher que les heures effectuées dans la limite de la durée collective
de travail. Dans les CHR, les 8 premières heures supplémentaires doivent être payées
25 % plus cher, et les suivantes doivent être payées 50 % plus cher.
è L'employeur a le choix de payer les
heures supplémentaires sous forme de majoration de salaire, ou de les compenser en
attribuant un repos compensateur de remplacement. Toutefois, à partir de 120 heures par
an, l'employeur n'a plus le choix, il doit attribuer un repos compensateur de
remplacement.
è Les heures supplémentaires ouvrent
droit, en plus de la majoration de salaire ou du repos compensateur de remplacement, à un
repos compensateur supplémentaire obligatoire. C'est un contingent annuel d'heures
supplémentaires qui va permettre de déterminer le repos compensateur obligatoire dû au
salarié, sachant que les règles de décompte du repos obligatoire vont dépendre de
l'effectif de l'entreprise.
Dans les entreprises de plus de 10 salariés, un salarié a droit à un repos
compensateur supplémentaire de 50 % des heures supplémentaires effectuées quand ce
nombre respecte la limite du contingent annuel. Au-delà de ce contingent annuel, il a
droit à un repos compensateur supplémentaire égal à 100 % des heures supplémentaires
effectuées. Dans les entreprises de moins de 10 salariés, un salarié n'a droit à aucun
repos compensateur supplémentaire quand le nombre d'heures supplémentaires qu'il a
effectué en 1 an respecte la limite du contingent annuel. Par contre, il a doit à un
repos compensateur supplémentaire de 50 % des heures supplémentaires au-delà du
contingent annuel. |
Article
précédent - Article suivant
Vos commentaires : cliquez sur le Forum de L'Hôtellerie
Rechercher un article : Cliquez ici
L'Hôtellerie n° 2792 Hebdo 24 Octobre 2002 Copyright © - REPRODUCTION
INTERDITE

|