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Pour Didier Chenet, les indépendants doivent s'unir
vendredi 10 septembre 2010 11:50

75 - Paris Le président du Synhorcat estime qua la baisse de la TVA est révélatrice aussi d'une nécessaire nouvelle organisation du secteur.

 'L'accord salarial a été une véritable machine à créer des emplois' souligne Didier Chenet.
 

L’Hôtellerie-Restauration : La baisse de la TVA a-t-elle changé beaucoup de choses à vos yeux ?
Didier Chenet : C’est une réforme fiscale juste, mais c’est aussi un formidable révélateur des opérateurs du métier. La baisse de la TVA a montré qu’il existait un vrai clivage entre les industriels de chaîne et les établissements patrimoniaux. Ce n’est pas un jugement de valeurs que je porte, c’est un constat. Il n’y a pas la même approche clientèle entre la restauration de chaîne et la restauration traditionnelle. En matière de baisse des prix, il y a eu ceux qui se sont organisés de façon lourde et qui ont su tirer un profit marketing. Et les indépendants, qui ont pourtant joué le jeu en majorité, mais qui n’ont pas su le valoriser. On le voit aussi au niveau du métier pur. Il y a d’un côté l’industriel et le mas-market et de l’autre l’art de vivre français. L’investissement pour les indépendants est tourné cœur de métier, qualité des produits, qualité du personnel. Les accords sociaux que nous avons signés et qui viennent d’être une nouvelle fois salués par le Secrétaire d’Etat au tourisme, Hervé Novelli, sont le fruit des indépendants. L’indépendant a les mains libres et il peut prendre des décisions de manière rapide. 

Les derniers chiffres de l’Insee sur l’emploi mettent le secteur en tête des créations. C’est une grande satisfaction pour vous.
D. C. : L’accord salarial a été une véritable machine à créer des emplois. Les indépendants patrimoniaux représentés par les 3 organisations patronales signataires ont ainsi assuré le succès de la baisse de la TVA en restauration. Grâce à cet accord l’emploi a décollé en un an. Il y a eu 9100 créations d’emplois salariés au 2ème trimestre dans le secteur hébergement et restauration (hors intérim). Nous en sommes 29500 emplois créés depuis la baisse de la TVA. Notre secteur est numéro 1 pour la croissance de ses effectifs dans l’année écoulée (+ 3,2 %). Nous sommes bien dans la revalorisation du métier. J’irai même plus loin en disant que la baisse de la TVA n’est que le haut de l’iceberg. Tout ce qu’il y a en dessous, c’est à nous de le montrer. Nous travaillons sur la mutuelle et sur plein d’autres choses attractives pour un jeune.

Comment voyez-vous l’avenir des organisations professionnelles ?
D. C. : Il faut qu’il y ait de la clarté dans la promotion et la défense de nos métiers. Les indépendants doivent s’unir et parler d’une seule voix. Nous avons, avec les chaînes, trop d’antagonismes et d’intérêts divergents. C’est d’autant plus important qu’il y a des dossiers urgents. Il n’est pas normal que les hôteliers se fassent dépouiller de leur fond de commerce par Internet. Pour exister, on doit être organisé. Il faut prendre conscience que si on veut être compétitifs, il faut accepter de mettre en commun un certain nombre de ressources. L’avenir de la restauration, ce sera un travail sur l’accueil, le goût et le plaisir. Je ne pense pas qu’on puisse rendre compatibles ces trois éléments avec le phénomène de chaîne, qui répond à une attente mais qui n’est pas la réponse à ce qu’attendent bon nombre de touristes et de clients. Nous avons un travail de personnalisation à faire avec un personnel formé. Pour les entreprises patrimoniales, la compétition est rude face à des groupes qui sont, eux, très bien organisés et représentent un fort lobby.  La TVA, n’est pas seulement une chance économique, c’est une chance, pour nous, de prendre conscience de la nécessité d’évoluer dans notre attitude et d’affirmer notre professionnalisme. Nous devons nous mettre en situation de parler d’égal à égal avec des groupes qui ne nous ont pas attendus…
Le temps est aussi venu, pour nous, organisation professionnelle, de nous consacrer au conseil, à l’assistance et nous devons oser dire les choses. Certains doivent changer leurs méthodes de travail et c’est notre rôle de les alerter, de leur dire s’ils vont dans le mur. Il n’y a rien de pire à mes yeux que de laisser des établissements et des professionnels sur le bord de la route. Et puis, nous devons davantage prendre en considération le potentiel des seniors qui ont un rôle essentiel dans l’avenir du tutorat. Il y a là un formidable capital humain à utiliser. Il faut enfin un apport de sang neuf dans nos organisations. C’est très difficile de trouver des personnes disponibles et bénévoles pour s’engager. C’est très lourd pour les indépendants. Néanmoins, la préservation du secteur en dépend. 

Au début de l’été, Hervé Novelli a demandé la tenue, pour la rentrée, d’une réunion interministérielle qui permettrait de réfléchir peut-être de nouvelles dispositions, mais surtout à un délai supplémentaire pour permettre aux hôteliers de se mettre aux normes incendies. Pensez-vous obtenir ce report ?
D. C. : Il faut qu’on nous laisse un peu plus de temps pour nous mettre dans les clous. Si la loi est appliquée stricto sensu, on va fermer la moitié des hôtels. On touche ici du doigt un autre problème. Une législation, aussi généreuse fusse-t-elle, peut avoir des incidences considérables sur la qualité de vie, sur l’emploi et l’aménagement du territoire. Les nouvelles contraintes imposées aux hôteliers, que ce soit dans le domaine de l’incendie ou de l’accessibilité, vont faire évoluer le parc différemment, en le repoussant en dehors des villes parce que les aménagements seront impossibles à faire dans l’existant. On risque également de développer des hébergements parallèles, comme c’est déjà le cas à Paris. Il ne s’agit pas de ne pas assurer la sécurité de nos clients mais de pouvoir nous organiser. Il faut que les aménagements soient finançables et fiables. Ce n’est pas reculer pour mieux sauter. C’est l’inverse. Ce temps est nécessaire pour nous mettre en situation d’adaptation. Je sais, certains nous disent qu’on a déjà eu du temps. Le combat pour la baisse de la TVA a occulté beaucoup de choses et il y a eu la crise. En 2008, les gens avaient d’autres soucis en tête et puis il y a aussi les nouvelles normes qui ont été mises en place.

Vous annoncez une forte participation du Synhorcat à Equip’Hôtel, dans quel esprit ?
D. C. : Equip’Hôtel, c’est notre ministère de la relance, ça arrive au bon moment. Ce qui est intéressant dans cette édition, c’est la volonté affichée des organisateurs de nouer véritablement un partenariat et une écoute entre clients, fournisseurs et professionnels. Nous participerons à cinq tables rondes et à chaque fois il y aura cette notion d’approche globale. Notre stand sera également développement durable. Le développement durable n’est pas une charte mais un comportement. C’est un acte civique qui se double d’un acte économique.
Propos recueillis par Sylvie Soubes


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