Sur le port de Saint-Martin, plusieurs restaurants, cafés, hôtels. Parmi eux, l’Embarcadère, acquis en novembre 2009 par Jean-Philippe Chatain. Mi-février, il rouvre après travaux. Tout l’informatique a été changé. Les radiateurs, le piano, la cave à vins, les frigos sont neufs. Le nouveau chauffe-plat a été livré dans la journée du vendredi 26 février. Il reste encore du matériel à déballer. Avec le printemps démarre la saison. Pour Philippe Chatain, celle-ci a déjà tourné court. Dans la nuit du samedi, le flot submerge les pontons, envahit les terrasses, s’engouffre dans les maisons. Plus d’un mètre d’eau en rez-de-chaussée force les portes, culbute les meubles, noie les conduits électriques. “Il y avait un frigo que nous n’avions pas réussi à déplacer à quatre, eh bien, la mer s’en est chargée” soupire Philippe Chatain. Antoine Majou, président de l’Umih 17, habite à deux pas. Pour la profession, quatre jours après le passage de la tempête Xynthia, l’heure est au bilan et à l'information. Il rappelle l'action sociale débloquée par HRC Prévoyance pour les salariés du secteur. "1000 euros par famille, 500 euros par enfant". Antoine Majou veut aider, faire avancer les dossiers pour que l’activité puisse reprendre. “C’est notre priorité, confirme Jean-Philippe Chatain, pouvoir retravailler. Chez moi, une partie du chaud fonctionne. On pourrait tourner au ralenti. Mais le froid n’a pas résisté.” Dans la benne, amenée devant la devanture, près de 5000 euros de stock de nourriture. “Le banc d’écailler à valser dans le port et des chaises sont parties au large”. Un peu plus loin, des regards hébétés sortent du Bélem.
"L'expert n'est toujours pas passé"
Oiswen et Lenaig Gueguan, et Annick, la maman, ont repris l’affaire l’an dernier aussi. Un bel établissement, dont le ‘cœur névralgique’ se situe en sous-sol, aménagement de l’espace oblige. Parce qu’ils débutent dans le métier et qu’il n’y a jamais eu, de mémoire de martinais, d’inondation ici, les assurances ont été prises au minimum. “De toute façon, on ne les intéresse pas, constate avec dépit la jeune patronne. L’expert n’est toujours pas passé.” Il n’y a pas de lumière et c’est à la lampe de poche qu’on dégage, progressivement, l’accès au bureau, aux cuisines, aux chambres de stockage. L’eau de mer a tout immergé et a stagné pendant de longues heures. “Tout est fichu” se lamente le couple qui se relaye pour jeter, inexorablement, tout ce qui constituait leur avenir. Dehors, les employés d’Edf-GRDF s’affèrent à remettre l’électricité. Sur l’ensemble de l’île, on compte 5 000 compteurs électriques hors d’usage.
L’hôtel Atalante, à Sainte-Marie, offrait jusqu’alors un ‘havre de paix, exposé plein sud, avec accès direct à la mer et au centre de thalassothérapie’. Une centaine de clients profitait du week-end quand la nature s’est déchaînée. “Il y a eu une vraie entraide et personne n’a été blessée, se remémore, soulagé, le directeur, Didier Gireau. Nous avons évacué tout le monde à l’étage. Ensuite, il a fallu attendre que les secours arrivent. Tout s’est bien terminé. Maintenant, il faut chiffrer les dégradations et espérer que les banques vont suivre. Il va falloir qu’elles lèvent des lignes de crédit.” Une préoccupation partagée par le chef de file de l’Umih de Charente-Maritime. En remontant vers Ars, Le Martray est séparée de la plage et de la digue par la route. Ses propriétaires : Sylvie et Pascale Dalla Rosa sont encore sous le choc. “C’est complètement fou. La vague a éclaté la digue un peu à gauche du restaurant. On s’est retrouvé encerclé d'un seul coup, mais l'eau n'est pas entrée. On était comme un îlot. L’eau s’est enroulée et s’est déversée en trombes sur le parking. Ca grondait, c'était effrayant. Derrière, tout a été détruit. Entre la terrasse et le parking, il y en a pour 70 000 euros. Mais toute l’infrastructure commerciale, les cuisines, la salle, tout a été épargné”. Les Dalla Rosa ont ouvert leurs portes aux habitants sinistrés de la commune, dont une partie sont des retraités. “On a eu de la chance, nous. Pas eux”.
8 jours d'ouverture
A Ars, ancien port saunier, le Café du Commerce date de 1880. Une institution. Et rien dans les registres d’aussi violent. “L’eau s’est faufilée dans les caves avec une rapidité incroyable mais la déco n’a pas trop souffert”. Son proche voisin, Chez Bernardo, rebaptisé depuis peu le Bistrot de Béné, lui, n’a pas été gracié. Bénédicte Haon et son conjoint Pierre Panneter sont maîtres à bord depuis le 19 janvier. C’est elle qui porte la toque. La table a été inaugurée huit jours plus tôt. Blême, Bénédicte traverse la salle meurtrie. “J’ai pas le moral” ressasse-t-elle a voix basse, impuissante. “Les canalisations sont bouchées, tout rouille déjà. Le bois et l’osier vont pourrir. On n’arrive à joindre personne. On ne sait pas par où commencer.” Triste tableau, auquel Antoine Majou tente d’apporter un brin d’espoir. “On est là pour vous aider et on va le faire” rassure-t-il en ajoutant avec conviction, “j’ai vécu la tempête de 1999. Je suis rôdé." Frèle sourire dans les yeux de Bénédicte.