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Et si l'avenir des bistrots passaient par les machines à sous...
mardi 10 février 2009

75 - Paris Le café va mal, les indicateurs sont au rouge. Comment relancer l'activité au coin zinc ? Le député de Haute-Saône, Patrice Debray, défend un projet de loi autorisant des machines à mises et gains limités. Didier Chenet, président du Synhorcat, accepte le débat.

Patrice Debray, député de Haute-Saône et Didier Chenet, président du Synhorcat, partent en croisade pour sortir les cafés du gouffre. Pistes de réflexion.

Le député de Haute-Saône, Patrice Debray, et le président du Synhorcat, Didier Chenet, partagent la même vision : le bistrot est source de cohésion sociale et il faut le préserver. Le premier a déposé une proposition de loi visant à libéraliser l’installation de machines à sous à gains et mises limités (AMGL), soutenues par la Confédération française des professionnels en jeux automatiques. Le second estime que le développement des jeux d’argent ne doit pas se faire de manière anarchique. Néanmoins, selon lui, ces machines pourraient entrer dans un plan d'accompagnement du secteur...

Patrice Debray : 21 Etats européens autorisent les appareils à mises et gains limités. En ce qui me concerne, ce type d’appareil est une solution pour les cafés, dès lors que l’exploitation en est parfaitement réglementée. Selon les estimations, ces machines peuvent générer entre 1000 et 2000 euros de gains par exploitant. C’est l’équivalent d’un loyer pour beaucoup d’établissements. Comme vous le savez, on parle de mettre des jeux de grattage en tête de gondoles dans les grandes surfaces… Le gouvernement va engager une réflexion globale sur les jeux.

Didier Chenet : Il existe une véritable dérive des jeux sur Internet, avec une non sécurisation de l’utilisation de la carte bancaire et aucun contrôle sur le joueur. N’importe quel mineur peut jouer, n’importe quelle personne fragile peut jouer. Il y a aussi un phénomène de la ‘virtualisation de l’argent inquiétant’ au travers de cette offre. Il est certain que les cafés ont énormément soufferts de l’interdiction de fumer en CHR. Néanmoins, il s’agissait de la responsabilité des chefs d’entreprise face à leurs employés. Entre la perte du chiffre d’affaires et la perte de votre établissement parce que vous êtes condamnés pour ne pas avoir protégé votre ou vos salariés, le chemin est vite tracé. Le tabagisme passif est une réalité et on en connaît les conséquences. Nous avions demandé un Observatoire sur l’évolution de l’activité au gouvernement mais il n’a pas été mis en place. Et, malheureusement, il n’y a pas de mesures d’accompagnement prévues pour l’instant. Effectivement, de nouveaux jeux peuvent faire partie d’un plan d’aménagement des cafés. Bon nombre de nos exploitants n’ont pas pris en compte l’évolution de la vente des produits. Il y a une vraie problématique d’adaptation.

P. D. : L’activité du café en zone rurale est essentielle. Elle participe à la vie sociale, à la cohésion sociale et il faut conserver ce maillage. Quand on évoque les AMGL, il faut aussi parler de la filière des jeux automatiques qui a elle aussi besoin qu’on vienne à son secours. 

D. C. : Nous sommes des lieux de convivialité. On a vu disparaître les jeux collectifs. Aujourd’hui, la tendance est à l’individualisme. Dans un café, l’esprit de collectivité est encore présent. Les bistrots repartiront dès lors qu’on en fera à nouveau des ‘relais de postes’, au sens ancien du terme.

P. D. : J’ai dans ma circonscription un jeune couple qui a repris un café et fait relais de Poste, dans le sens moderne. Elle a suivi un stage auprès de la Poste. Et lui, cuisinier de formation, propose des petits repas. Ils vendent les produits de première nécessité et font dépôt de pain. La Poste avait fermé, faute de rentabilité. Une grande partie des services publics peuvent être assurés par les cafés. Ce patron de bar s’est dit fort intéressé par ce type de jeux. J’ai un exploitant de PMU qui m’a dit la même chose. Les AMGL entrent dans la libéralisation des jeux en Europe…

D. C. : Le développement des jeux demande d’être bien pensé.

P. D. : Ici, on a un réel contrôle. La traçabilité de l’activité est totale. Les pouvoirs publics sont en mesure de contrôler la totalité du fonctionnement. Et puis, c’est un appareil mécanique qui demande de l’adresse. 

D. C. : La crise amène une refondation du système capitaliste. Le libéralisme total n’est pas dans l’air du temps. Je ne pense pas qu’on aille vers une libéralisation totale des jeux. La difficulté, concernant l’installation des AMGL, c’est aussi de délimiter le rôle des professionnels. On ne peut pas tout leur demander. Il ne suffit pas de mettre la machine, il faut établir leur champ de responsabilité. Est-ce que les bistrotiers sont à même de dire non à un mineur qui veut jouer ?

P. D. :  Au Danemark, ils ont monté des espaces dédiés avec vente de boissons non alcoolisées aux abords des quartiers sensibles avec ces machines à gains limités et ça donne de bons résultats.

D. C. : Ce qu’il faudrait, c’est placer ce matériel de manière expérimentale, en zone rurale par exemple. 

 
Le matériel défendu par la CFA 
La Confédération française des professionnels en jeux automatiques propose souhaite la commercialisation d’AMGL type Bingo. “Ce n’est pas un jeux internet, c’est un appareil mécanique, qui demande de l’adresse. La rapidité, la répétition, l’aléatoire et les gains alléchants sont des agents à risque. Plus c’est rapide (comme les rouleaux qui tournent entre deux et trois secondes par mise) plus cela mène à l’addiction. Dans un Bingo il y a généralement 5 billes à lancer et une partie dure 3 à 4 minutes. On est face à un jeu mécanique. Chaque partie est différente et vous le manipulez comme un flipper. Les gains seraient de l’ordre de 150 à 200 euros. En Belgique, ils sont limités à 400 euros. Ce jeu ne promet pas de vous rendre riche. Aujourd’hui, les gens veulent gagner quelque chose. Un camembert vous fait gagner quelque chose. Pour revenir à la Belgique, quand ils ont vu que les machines à sous dérapaient, il y a dix ans, ils n’ont pas interdit mais légiféré. Et depuis, ils adaptent à la pointe du crayon. Désormais, tout est transparent.” 

 

Propos recueillis par Sylvie Soubes

Les cafés-tabacs : fin de la rentabilité

L’Insee vient de publier un rapport sur l’activité des cafés-tabacs entre 1997 et 2008. Durant cette période, le nombre d’établissements conjugant ces deux activités a baissé de 16%. Les plus touchés sont les plus petites structures. En 2006, il restait 11 500 cafés-tabacs en France contre 13 700 en 2003. Autre constat alarmant : leur manque de rentabilité depuis 2006.


“Alimenté par une hausse des prix du tabac et des consommations servies dans les cafés plus rapide que l’inflation, le chiffre d’affaires des cafés-tabacs a augmenté de 60% entre mars 1997 et mars 2003. Mais en 2003, la hausse de 30% des prix et les actions de prévention associés ont contribué à réduire d’un tiers le nombre de cigarettes consommées : le chiffre d’affaires en euros constants a alors chuté puis stagné, tout en continuant sa progression en valeur jusqu’en 2006. Depuis 2007, date de l’entrée en vigueur de l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le chiffre d’affaires des cafés-tabacs a diminué en valeur, sans doute en lien avec la baisse des consommations sur place. Ces établissements pâtissent de la faible diversification de l’offre. En dix ans, le nombre de cafés-tabacs a ainsi baissé de 16%. (…) Quant aux établissements sans activité de vente de tabac, la régression s’est fait sentir dès 2001.
L’évolution du coût des intrants, qu’il s’agisse de produits alimentaires, de frais de personnel ou de consommation d’énergie, exerce une forte influence sur la rentabilité des cafés-tabacs. Le prix des boissons a augmenté en moyenne de 2,6% par an depuis 1997. Cette augmentation est supérieure à celle des prix de consommation dans leur ensemble qui est en moyenne de 1,7% par an sur la même période. Elle est surtout marquée par un saut lors du passage à l’euro, avec une progression de 2,6% entre décembre 2001 et janvier 2002.
L’évolution des prix de consommation dans les café ne semble entretenir qu’un lien ténu avec les coûts des principales consommations intermédiaires : alors que les prix de consommation dans les cafés augmentaient de 2,8% par an entre 1997 et 2004, le prix de vente des producteurs français de café et thé conditionnés augmentait en moyenne de 0,9%, celui de la bière de 1,4% et celui des eaux et boissons rafraîchissantes sans alcool de 1,9%. Depuis 2005, le coût de ces consommations intermédiaires s’est en revanche envolé avec une progression annuelle de 4,8%. Cette augmentation ne s’est pas répercutée jusqu’ici sur le prix de la consommation dans les bistrots, qui évolue pratiquement au même rythme que l’inflation dans son ensemble. (…) Depuis 2004, le salaire horaire dans l’hôtellerie et la restauration a progression bien plus rapidement que le prix de la consommation dans les cafés. Sur 2007 et 2008, la forte progression du coût des intrants par rapport aux prix des consommations servies dans les cafés devrait peser sur la rentabilité du secteur…"

Etude menée par Nicolas Le Ru et Xavier Niel.



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