Jamais aucun chef n’avait suscité autant d’intérêt en annonçant la fermeture programmée de son restaurant. En ce sens aussi, Ferran Adrià aura su se démarquer. Certes, El Bulli continuera d’exister après 2012, mais il n’accueillera plus de clients; le but étant d’inventer un nouveau modèle qui sera lancé en 2014. Au fil des jours et des entretiens, Ferran Adrià dévoile peu à peu une stratégie qu’il n’a même pas encore entièrement définie lui-même.
Que deviendra le fameux établissement de la Costa Brava dans quatre ans ? Ferran Adrià ne peut pas répondre. Mais il sait en tout cas que “ce ne sera plus jamais le meilleur restaurant du monde”, comme il l’a déclaré au journal El País : El Bulli “ne sera pas seulement un restaurant, comme cela était déjà le cas ces derniers temps. Le travail de formation et de diffusion de la cuisine continuera d’être important et s’intégrera mieux dans la nouvelle structure”. Par conséquent : place à la recherche et à la formation, avec une clientèle triée sur le volet (Ferran Adrià prend l’exemple du restaurant Mibu de Tokyo, qui ne sert pas plus de huit couverts par service). Le chef dit aussi en avoir assez des distinctions et classements qui l’ont comblé au delà de toutes ses espérances...
Dans ses doutes comme dans ses ambitions, Ferran Adrià ne cultive pas la fausse modestie; on peut donc le croire quand il annonce son projet de créer une fondation - probablement à New York - pour donner une nouvelle dimension à la gastronomie, et pour se donner davantage de moyens financiers afin de progresser dans ce qui le passionne jusqu’à l’obsession : la créativité culinaire. En ce sens, le chef a aussi prévu un séjour studieux en Chine dans deux ans, pour s’enrichir de nouvelles influences.