Caroline Miquel n’a peur de rien, sauf de prendre de kilos superflus “rien qu’en respirant les odeurs” selon son expression. Boulimique, elle cumule 4 activités : chef à domicile, traiteur événementiel et catering, animatrice d’ateliers de cuisine et, enfin, auteur de La cuisine de Caroline (éditions de Borée). Pourtant, cette ‘self made cook’ aurait pu se choisir un autre destin. Ce qu’elle a fait jusqu’à 35 ans. Née “un pied dans l’Atlantique, un pied dans la Méditerranée”, elle a roulé sa bosse à la FAO, au Secours catholique, dans une agence de voyage… En 2001, elle pose son sac à Marseille. Et se fait virer “d’une manière injuste”. Cela lui donne la rage de se lancer à son compte. Le secteur est tout trouvé, ce sera la cuisine, apprise dès l’enfance aux côtés de sa mère, poursuivie avec bonheur pour ses amis, à l’intuition. Elle n’a pas d’argent. Pas de problème. Elle fait un prêt d’honneur sans caution et sans garantie auprès de la plateforme d’initiative locale de Marseille. Elle se lance, en 2003, comme ‘chef à domicile’. Le nom de son entreprise, Le marmiton d’Itav’, en hommage à sa mère que tout le monde nommait de la sorte. En fait, Caroline Miquel sera davantage traiteur que chef à domicile. “Sur les rives de la Méditerranée, la cuisine est un endroit aussi intime que la salle de bains. Elle ne se prête pas.” Elle utilise les cuisines d’une galerie d’art installée dans un hôtel particulier, est “la première” à lancer des ateliers de cuisine pour enfant. Avec son caractère bien trempé et son langage imagé, elle se fait une place au soleil. Chouchou des médias, elle est saluée pour l’inventivité de ses buffets verticaux, noirs ou colorés.
Générations.C., la consécration
Petit à petit, elle acquiert de l’expérience. Elle s’installe un moment aux manettes des restaurants du Château des Craissauds (Penne-sur-Huveaune), dont l’un est perché dans les arbres. En 2007 et 2008, elle est choisie par le Festival d’Avignon pour organiser ‘les buffets du potager’. Une période de folie où, avec une petite équipe, elle sert 10 000 personnes en 3 semaines. Elle en a encore mal aux poignets. En 2006, elle devient membre de Générations.C., une “consécration” pour quelqu’un qui n’est pas issu du sérail. Sa créativité et son énorme capacité de travail ont probablement fait la différence. Un moment, elle doute de son avenir. Ce qui lui manque, c’est un lieu à elle. Par chance, Thierry Montagne, propriétaire du Château de Clapier (AOC) à Mirabeau (84) vient de se séparer du chef qui animait des ateliers de cuisine. Il lui propose la succession. “C’était loin de Marseille et de mes bases, mais j’ai eu le coup de foudre pour cet ancien relais de chasse du XIe siècle et cette grande cuisine.” Installée depuis quelques mois, elle reçoit ses élèves dans des ateliers mensuels animés, organise buffets, cocktails, et repas pour Iter et le CEA, le Relais du Grand Logis, un gîte de luxe à deux pas de chez elle, et ses clients habituels. Elle écrit son deuxième ouvrage, continue à inventer “une cuisine de passion” et, enfin, propose de recevoir de 5 à 20 convives dans sa cuisine, pour une soirée en plusieurs actes, non conventionnelle. Ce n’est pas encore un restaurant mais…elle commence à y penser. Pour elle, un cuisinier est d’abord “un créateur d’émotions”. Elle l’a prouvé aux Gastronomades d’Angoulême, où elle a revisité “pieds et paquets” marseillais en proposant une recette 100 % végétarienne avec des pieds de mouton (champignons) en guise de viande. Futé.