|
 Mourad Mazouz (à droite) créateur de sKetch avec Steve Biguet qui tient la crêperie de sKetch à la Royal Academy, jusqu'au 31 janvier 2010.
|
Lieu presque indéfinissable, surprenant, délirant diront certains, mais bel et bien séduisant, sKetch est une des créations de Mourad Mazouz, restaurateur "par accident", mais restaurateur de cœur, devenu restaurateur à succès, oscillant entre le monde de la nuit, ses clubs et ses célébrités, l’univers de la création artistique, et le quotidien très concret de la gastronomie. Né en Kabylie à l’heure de l’indépendance algérienne, débarqué à Paris en 1977, formé l’école de la vie, puis au gré de ses voyages, Mourad Mazouz, alias Momo, affiche à 48 ans, une allure décontractée mais soignée, une peau mate soulignant la clarté de ses yeux et la couleur sel de sa barbe de 3 jours. Résident à Londres depuis 15 ans, l’homme est aujourd’hui à la tête de 5 restaurants*. Avec les autres établissements dans lesquels il est associé à Dubaï, Ibiza et Londres*, l’empire éclectique de Mourad Mourad compte près de 400 employés. Il faudra ajouter une centaine de collaborateurs supplémentaires à l’ouverture de "Momo at the Souk", sa dernière création dont l’ouverture est programmée en 2010 à Beyrouth. Tous uniques, imaginés et ressentis, avant d’être étudiés sous l’angle de la rentabilité, ces endroits ont en commun d’offrir une cuisine de qualité et variées : marocaine chez Momo à Londres, au 404, chez Almaz à Dubaï, française traditionnelle «servie comme à la maison » dans son dernier né "Derrière" à Paris, gastronomique signée Pierre Gagnaire chez sKetch à Londres. Cet instinctif, à la personnalité charismatique, qui joue le détachement et s’affirme exigeant, a aussi su séduire des organisateurs d’évènements d’envergure exceptionnelle soit dans les volumes (soirées de clôture de la Art Fair 2008 à Dubaï, à la biennale de Venise au pavillon d’Abu Dhabi), soit dans leur concept, comme par exemple en 2008 à Londres, au Double Club créé avec le soutien de la fondation Prada, par l’artiste allemand Carsten Holler dans un entrepôt victorien transformé en galerie, bar, restaurant et dance-club, et où l’équipe de son restaurant marocain Momo a été sollicitée pendant plusieurs mois. Plus récemment ce sont les pâtisseries fines de sKetch qui sont disponibles à la Royal Academy dans le café créé à l’occasion de l’exposition "GSK Contemporary, Earth: Art of a changing world" jusqu’au 31 janvier 2010. Les visiteurs de l’exposition peuvent prolonger le plaisir des yeux, dans ce petit espace décoré avec des matériaux recyclés ou recyclables, tout en dégustant, pâtisseries, sandwiches, et même huîtres, ou crêpes savoureusement préparées par Steve Biguet, le patron de la crêperie "Chez Renée" à Belle-Île, dépêché le temps de l’évènement sur recommandation de Pierre Gagnaire.
*Les restaurants de Mourad Mazouz : Momo (macorain - Londres), sKetch (gastronomique français - Londres), 404 et Andy Walhoo (cuisine d'Afrique du Nord - Paris 3ème), Derrière (cuisine traditionnelle française servie 'comme à la maison' dans un décors d'appartement - Paris 3ème). Il est aussi associé dans : Le Club Gascon (1* Michelin - Londres), Almaz by Momo (fine cuisine maghrébine - Harvey Nichols - Dubaï), KM5 (restaurant-lounge à Ibiza), B Store (boutique de vêtements de jeunes créateurs).
Jean-Denis Lebras, chef de The Lecture Room à sKetch
Chef de The Lecture Room depuis mai 2009, Jean-Denis Lebras, 33 ans, a succédé à Pascal Sanchez parti aux commandes de "Twist by Pierre Gagnaire" au Mandarin Oriental de Las Vegas. Mais il a été formé à l’esprit de la maison pendant près d’1 an à The Gallery, la brasserie de luxe du rez-de-chaussée. Plus qu’une intégration, cette période a été une phase de formation à l’esprit de sKetch. Les deux restaurants sont totalement différents. The Gallery qui est le cœur de la maison, est ouvert uniquement le soir, assure entre 150 à 250 couverts par service, emploie une équipe d’une vingtaine de cuisiniers et d’une dizaine de pâtissiers. Pour The Lecture Room la capacité est limitée à 50 couverts, l’équipe est réduite à 8 cuisiniers et 2 pâtissiers, pour un service de midi et du soir. Un point commun en revanche : la carte est signée Pierre Gagnaire. Et c’est précisément pour Pierre Gagnaire que Jean-Denis Lebras a accepté de s’expatrier. D’abord, à Saint-Barthélemy dans le complexe hôtelier de luxe François Plantation, où il chapeautait une petite équipe de 8 personnes et orchestrait un service de 40 couverts le soir et un buffet petit-déjeuner « dans une ambiance coloniale et très nature. Puis, Pierre Gagnaire m’a proposé cette place à Londres » raconte ce breton d’origine, haut de 2 mètres, qui adore flâner dans les galeries d’art de la capitale britannique. Formé au Lycée hôtelier de Brest, ce fils d’entrepreneurs spécialisés dans les fuel et autres produits pétroliers, a logiquement commencé sa carrière dans sa région natale : commis à L’Europe (Morlaix), demi-chef de partie au Moulin de Rosmadec à Pont-Aven (1* étoile Michelin), Le Manoir de Lan Kerrelec à Trébeurden (1* étoile Michelin). Puis il monte en gamme : Chef de partie à la Côte St Jacques à Joigny (3* Michelin), et Patrick Jeffroy à Carantec (2* Michelin) où il reste presque 2 ans. "L’un des aspects que j’apprécie le plus chez Patrick Jeffroy c’est son don pour mêler les produits locaux de qualité avec des influences internationales qu’il tire de ses voyages", confie-t-il. Ce goût pour l’influence étrangère dans la cuisine française était-il un signe inavoué d’une envie de la pratiquer hors de nos frontières ? Peut-être, mais c’est surtout sa rencontre, à 28 ans, avec le maître de la cuisine inventive et raffinée, qui lui a fait opéré un tournant. Ce fut lors d’une expérience au Balzac, le restaurant 3* de Pierre Gagnaire à Paris. Quelque temps plus tard, cette rencontre l’ conduit à St Barthélemy puis de l’autre côté de la Manche, chez sKetch, le restaurant gastronomique créé par Mourad Mazouz et Pierre Gagnaire, et pour lequel il aimerait décrocher 2 étoiles.