Toxicité des plantes, sommes-nous suffisamment vigilants ?
jeudi 10 décembre 2009 10:21
PARIS (IXe) Mercredi 9 décembre 2009, s’est tenu à l’Académie d’agriculture de France (Paris, VIIe), une conférence dédiée aux nouveaux usages alimentaires des plantes et à la comestibilité de celles-ci. Parmi les intervenants figuraient Robert Anton, professeur émérite à la faculté de pharmacie de l’université de Strasbourg, Françoise Flesch, toxicologue clinicien, et François Tillequin, professeur et chef de service de pharmacognosie. La discussion a été animée par Gérard Pascal, membre de l’Académie d’agriculture et par Hervé This, physico-chimiste.
Robert Anton a présenté différentes problématiques, notamment celle de la cannelle, qui a tendance à être surconsommée, surtout en période de fin d’année, entraînant une surdose de coumarine. La coumarine est un composant de la cannelle, entre autres, qui, à trop forte dose, peut s’avérer nocif et entraîner des troubles hépatiques graves. Robert Anton a également précisé, que le 29 octobre dernier, l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) a lancé un dispositif de vigilance sur les compléments alimentaires (source concentrée de nutriments ou d’autres substances avec effet nutritionnel ou physiologique, dont le but est de compléter l’alimentation normale). Le professeur a également soulevé le problème des consommateurs qui utilisent les plantes pour leur automédication. Or, il existe divers dangers liés à la consommation de plantes à priori comestibles : interactions médicamenteuses, surconsommation, absorption de parties de plantes inappropriées - toutes les parties d’une plante comestible ne sont pas forcément bonnes - ou encore mauvais traitement infligé aux plantes avant leur ingestion…
François Tillequin a ainsi expliqué que le haricot vert ne se consomme que cuit, que le lupin mérite un trempage avant consommation et que la chlorophylle des pommes de terre est impropre à la consommation… De même, la dose ingérée de sauge, de muscade ou encore de réglisse doit être contrôlée et raisonnable, sans quoi interviennent des effets secondaires indésirables. Chacun de nous dispose d’un seuil de tolérance qui lui est propre, suivant son métabolisme… La surconsommation de réglisse, par exemple, peut avoir des effets proches de la cortisone et entraîner des complications cardiaques. D’autre part, la muscade peut provoquer des effets hallucinogènes, voire pire, comme l’a soulevé Hervé This.
François Tillequin a expliqué la dangerosité de l’usage non averti de nouveaux produits alimentaires utilisés en toute méconnaissance de cause. Il a pris l’exemple de la fève tonka, produit très tendance qui contient pourtant 3 % de coumarine.
Enfin, Françoise Flesch a relaté divers cas d’intoxication végétale, de manière intentionnelle (suicidaire ou d’addiction) ou de confusion alimentaire. Confusions entre coloquinte et courgettes, bulbes de narcisse et oignons, colchique et ail des ours, gentiane et vératre, ou encore bourrache et digitale… peuvent avoir des conséquences fatales.
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