Rencontre avec Gilles Cibert, propriétaire et directeur de l'hôtel
L'Hotellerie Restauration : Le caractère unique de votre établissement n'a-t-il pas été un handicap quand vous avez voulu entreprendre une démarche environnementale ?
Gilles Cibert : Personnellement, je me considère comme 'dépositaire' de ce bâtiment. Ma mission est de le conserver pour pouvoir ensuite le transmettre. Il ne m'appartient pas, il appartient au patrimoine de la ville. L'important, c'est de garder l'esprit d'origine, de ne dénaturer ni le bâti, ni son âme. Dans le cadre de cette démarche, on peut entreprendre beaucoup d'actions à effet immédiat sans toucher à la structure du bâtiment. Si des travaux sont nécessaires, il existe aujourd'hui de nombreux équipements adaptés.
Vous avez entamé une démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) plus tardivement...
J'ai commencé par ce que je connaissais. Ingénieur en agriculture, le climat et la démographie ont toujours été deux grands sujets d'intérêt pour moi. Constater les incidences du changement climatique, appréhender la pression alimentaire de 9 millions de personnes... J'ai voulu apporter ma pierre et en même temps préparer mon entreprise aux défis de demain. Dans dix ans, la manière dont on gère son affaire aujourd'hui sera complètement obsolète. Nous devons anticiper.
En travaillant avec l'organisation non gouvernementale Natural Step, j'ai découvert que le développement durable, ce n'était pas une contrainte de plus pour l'entreprise, mais au coeur même de ses préoccupations. J'ai alors redéfini ma stratégie d'entreprise autour d'une idée-phare : apporter aux clients une expérience humaine pensée en intelligence avec les générations présentes et dans le respect des générations futures. Cela sous-entend des découvertes enrichissantes pour nos clients, des collaborateurs épanouis, une inventivité dynamique, une logique partenariale avec les parties prenantes, une inocuité de nos opérations et une fluidité des procédures. Cela m'a conduit à élargir le champ d'action à la RSE.
Votre engagement dépasse le cadre strict de l'hôtel…
Je suis effectivement membre depuis 2004 de la section de Nantes du centre des jeunes dirigeants, dont la vocation est de mettre l'économie au service de l'homme. Je suis entrepreneur d'avenir depuis juin 2009, membre de l'Association des dirigeants responsables de l'Ouest depuis 2010 et encore président du club hôtelier de Nantes et initiateur du projet d'éco-certification des hôtels de Nantes Métropole. C'est seulement en nous unissant que nous trouverons des solutions aux défis qui nous attendent, en collaboration avec nos partenaires locaux.
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Zoom sur... la ventilation mécanique centralisée
L'objet d'une ventilation mécanique centralisée (VMC) est d'extraire l'air humide des pièces. Une fois celui-ci évacué, les systèmes classiques continuent à fonctionner et provoquent une arrivée d'air neuf dans la pièce qu'il faut souvent réchauffer ou refroidir suivant la saison. Ne pouvant matériellement installer un double flux, Gilles Cibert a opté pour un moteur à variation de fréquence associé à des bouches d'aération hygro-réglables. Quand les pièces sont humides, la pompe fonctionne à 500 W/h et les bouches sont grandes ouvertes. Quand l'air des pièces est sec, les bouches réduisent leur ouverture et le moteur ne tourne plus qu'à 200 W/h.
Coût pour 46 chambres : 5 600 €.
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Des éco-initiatives qui font mouche
• La thermographie pour repérer les fuites
Ce procédé met en évidence la déperdition de chaleur du bâtiment et permet de cibler où apporter des améliorations pour réduire les pertes énergétiques. En moyenne, 30 % des déperditions thermiques d'un bâtiment s'effectuent par la toiture, 25 % par les murs et 13 % par les vitres. Grâce à ce procédé, l'hôtel a identifié la nécessité de changer les joints des fenêtres qui avaient perdu de leur efficacité.
Coût : de 400 à 1600 € HT selon l'importance de l'étude.
• Le partenariat avec les fournisseurs pour des produits adaptés
Le fournisseur de savon de l'hôtel, le laboratoire Sciences et nature, élaborait de nouvelles formules de savon. L'hôtelier a proposé de servir de test pour recueillir les avis des consommateurs. Ce partenariat entre professionnel et fournisseur leur a permis d'être au plus proche des attentes de la clientèle.
• Le linge au coeur de la problématique
Le coton a connu une envolée de ses cours. Les quantités de linge lavé sont colossales et alourdissent l'impact écologique de l'hôtel (responsables de 38 % de ses émissions de GES). L'hôtelier a cherché à réduire le tonnage de coton lavé par des actions simples (résultat de 20 % en un an) : réduction du grammage des draps et des serviettes de bain, non adhésion à l'effet de mode couette, choix de peignoirs de bain en nid d'abeille.