La loi S6873/A100008 entrera en vigueur en mai 2011. Elle vise à interdire les petits hôtels surnommés ‘illegals hotels’ (hôtels illégaux) qui fleurissent un peu partout à New York ainsi que toute sous location pour une durée inférieure de 30 jours. La loi ne s’applique pas aux ‘Bed & Breakfast’ où les propriétaires demeurent dans leur appartement ou aux échanges de maisons qui n’impliquent pas d’argent. Les ‘brownstones’ (maisons de grès rouge du XIXe siècle) et autres ‘townhouses’ (maisons de ville) échappent également à l’interdiction, puisque la loi vise explicitement “les appartements situés dans des immeubles de plus de 3 unités”.
Le projet de loi adopté par le Sénat et l’Assemblée de l’état de New York a soulevé de nombreuses protestations cet été. En premier lieu de la part des professionnels de ce qu’on appelle désormais la para-hôtellerie : les organismes de location à court durée, agences mais aussi sites internet comme Airbnb.com .
Mais aussi les propriétaires de ces ‘hôtels’ comme Ronnie Oved, propriétaire du Central Park Hostel et d’Hotel 99 dans l’ Upper West Side. “Nous employons du personnel, nous faisons tourner l’économie, nous payons une taxe d’hôtellerie, expliquait-il au New York Times. Et nous apportons des touristes à New York.” L’argument avancé par ces hôteliers est qu’ils offrent une option moins chère que les hôtels classiques, ce qui attire une clientèle qui n’aurait pu venir à New York sans leur présence.
300 immeubles transformés en meublés pour la location
Mais si ces ‘hôtels’ sont visés par la loi, c’est tout simplement parce que légalement, ils n’en sont pas : des promoteurs ont racheté des immeubles de logements entiers pour les transformer en chambres d’hôtels, au grand mécontentement des hôtels classiques. “La plupart de ces hôtels ‘alternatifs’ ne sont pas conçus pour un usage hôtelier et n’ont pas de permis pour cela. Ils ne satisfont pas aux normes de sécurité incendies”, explique Vijay Dandapani, cofondateur d’Apple Core Hotels, une chaîne de cinq hôtels à Manhattan et membre de l’Hotel Association of New York.
La sénatrice Liz Krueger, l’une des auteurs de la loi, estime que plus de 300 immeubles à New York ont été convertis en meublés pour des locations de courte durée. Par conséquent, ces appartements ne sont plus disponibles pour les locataires et les résidents permanents doivent composer avec des touristes bruyants. “Les habitants, dont des personnes âgées, se retrouvent voisins avec de parfaits étrangers qui errent dans les couloirs et font la fête la nuit.”
La loi n’est pas seulement soutenue par le lobby des hôteliers. Elle a aussi le soutien de toutes les associations de défense des locataires, qui accusent les propriétaires d’exclure ainsi de la ville les locataires les plus modestes. La question se pose aussi à Paris, où le maire Bertrand Delanoë a chargé une agence de veiller à l’application de la loi de 2005, qui interdit aux propriétaires de louer des résidences pour une durée de moins d’un mois. À Paris comme à New York, l’importante pression démographique fait en effet resurgir les problèmes causés par cette para-hôtellerie.