Les groupes hôteliers investissent les trains de luxe
vendredi 11 décembre 2009 14:59
Stéphane Jaumot, poursuivant un vieux rêve, s'est associé à un important groupe hôtelier pour exploiter une nouvelle génération de trains de luxe.
 Stéphane Jaumot. |  | | Trois trains de luxe devraient être mis en service sur les rails les plus hauts du monde ceux qui relient Pékin à Lhassa et à Lijiang. | | © Tangula | | |
En 1997, alors qu'il travaille sur la gestion des chemins de fer ougandais, le Belge Stéphane Jaumot découvre de vieilles voitures de voyageurs en bois des années 1920 en état d'abandon. Lui vient alors l'idée d'un train de luxe en Afrique de l'Est, le rêve d'une longue transhumance ferroviaire. Cette première tentative n'aboutira pas mais l'idée ne le quittera plus. Huit ans plus tard, en janvier 2005, il crée en Belgique le bureau d'étude Rail Away Concept (RA Concept) avec l'intention de lancer une chaîne de trains de luxe.
L'Eastern & Oriental Express, unique véritable palace roulant ?
“Avec ses petites cabines, ses lits superposés, ses toilettes en bout de couloir pour 18 personnes, le Venise Simplon-Orient-Express n'est pas aménagé comme un palace. Les voyageurs payent un prix important pour un mythe, une légende, un voyage dans le temps. Il faut reconnaître que cela fonctionne très bien. C’est dans sa version asiatique, avec l'Eastern & Oriental Express, propriété du même groupe, que les prestations à bord deviennent dignes d’un 5 étoiles, en particulier en raison de la présence de douches dans chaque cabine. La décoration est pourtant trop clinquante à mon goût”, analyse Stéphane Jaumot. Le groupe Orient Express exploite de nombreux hôtels, un bateau de croisière en Birmanie et cinq trains de luxe à travers le monde et se positionne comme son principal concurrent sur la niche très élitiste de la croisière ferroviaire. Mais, c’est du côté de la Chine avec le très attendu Tangula Luxury Trains que le patron de RA Concept trouve le modèle parfait de ce que devrait être la nouvelle génération de trains de luxe : “Il ne s'agit plus de réhabiliter de vieux wagons chargés d'histoire, mais de construire, avec les normes d'un hôtel de très grand luxe, de nouvelles voitures en échappant ainsi aux contraintes techniques de l'ancien.”
La bataille hôtelière du rail
Trois projets de trains sont actuellement à l'étude chez RA Concept pour des exploitations au Vietnam, en Egypte et au Sri Lanka. Il s'agissait pour l'entrepreneur d'investir sur des pays qui disposent d'un réseau de chemins de fer en bon état et d'une attractivité touristique prometteuse.
Le Vietnam, avec son besoin de transport sur les 1 710 km qui séparent Hanoi de Ho Chi Minh-Ville, s’est imposé vite comme une évidence. Stéphane Jaumot se rapproche du groupe thaïlandais Minor International Plc dans la même logique que le Tangula Luxury Trains, qui a confié la gestion hôtelière à bord de ses trois trains au groupe Kempisky : “Les chemins de fer s’occupent de la traction du train. Ma filiale d’investissements, la Compagnie internationale de trains de luxe (CITL), assure le lien entre les ‘railways’ et le partenaire hôtelier. Ce dernier a la charge de commercialiser le produit et assure l'exploitation à bord sans être propriétaire des ‘murs’.” Coté en bourse, le groupe Minor International Plc exploite une quarantaine de spas à travers le monde, des hôtels Fours Seasons et Mariott et les resorts Anantara.
Du côté de l'Egypte, le projet est de mettre en place un train de luxe sur la ligne le Caire-Louxor-Assouan. “Nous avions conçu des voitures-couchettes en duplex avec des lits en mezzanine. Nous avons renoncé car la hauteur insuffisante de certaines œuvres d'art nous aurait empêché d’accéder à une partie des voies.”
Pour le Sri Lanka, le réseau en étoile offre des parcours splendides entre la capitale Colombo, les plantations de thé et le littoral. Les nuages du Tsunami et de la guerre civile entre Tamouls et Cingalais s'éloignent et permettent de nouvelles perspectives, d'autant plus que le groupe Minor, le partenaire hôtelier, s'est porté acquéreur de plusieurs hôtels sur l'île.
Suite de 22 m², majordome et grande cuisine à bord
Pour le Vietnam, la CITL envisage d'accrocher 14 voitures, la capacité maximale autorisée (16 en Egypte) à une locomotive louée aux chemins de fer du pays. La rame sera constituée de 9 voitures-couchettes pour une capacité d'accueil de 60 personnes (30 cabines). Le reste du convoi sera composé d'une voiture pour loger le personnel (un employé pour un client, soit une équipe de 60 personnes !) ; une voiture générateur avec les équipements techniques ; un wagon-restaurant ; la cuisine avec la cave, les espaces de stockage et la boutique, et enfin une voiture bar-bibliothèque-lounge agrémentée d'une terrasse-observatoire qui viendra terminer la rame. Une configuration pas si éloignée de celle de l’Eastern & Oriental Express.
Les voitures-couchettes seront aménagées de 2, 3 ou 4 cabines. De la plus petite, de 11 m², jusqu'à la suite de 22 m², toutes seront ‘self-contained’, avec salle de bains, toilettes séparées, écran plasma et connexion wifi, mais disposeront aussi, pour les suites, d’un majordome. Outre l'espace, l'aménagement se singularise par une décoration zen, dépouillée, très confortable avec des innovations techniques en matière de confort visuel, d’acoustique et de réduction des vibrations. La cuisine, d'inspiration européenne, devra tenir compte des traditions locales.
Des trains-hôtels de luxe attendus en gare dès 2011 ?
Pour Stéphane Jaumot, habitué à faire preuve de ténacité et de patience, de grandes avancées sont attendues dans les semaines à venir et pourraient permettre le lancement d'un premier train l'année prochaine. Il faudra alors entre 15 et 18 mois pour construire une première rame. Et, lorsqu'on l'interroge sur la crise économique et l'existence d'une clientèle disposée à payer entre 700 et 1 200 euros la nuit à bord, l’entrepreneur ne doute pas un instant : “La clientèle est là. Nous sommes sur un marché de niche. Regardez l'extraordinaire développement de la croisière maritime ! Nous recherchons même de nouveaux partenaires pour nous développer plus vite.”
 Wagon restaurant à bord de l'un des futurs Tangula Luxury Trains. |
En chine : le Tangula Luxury Trains et le groupe hôtelier Kempinski Le Tangula Luxury Trains est attendu en Chine pour le printemps prochain. Trois trains ultramodernes, composés de 15 wagons dont 12 voitures-couchettes - pour une capacité maximale de 96 privilégiés -, assureront la liaison entre Pékin, le Tibet et la province du Yunnan. Chaque suite disposera d'une salle de bains avec douche, un minibar, une connexion internet, un home cinéma, un coffre-fort et des baies vitrées. Le groupe hôtelier Kempinski formera les majordomes bilingues, disponibles 24 heures sur 24. Un médecin sera présent à bord afin d'accompagner la montée vers les plateaux tibétains, à 5 072 mètres. La fourchette de prix devrait varier entre 3 500 $ et 5 000 $ par personne pour le voyage. Le lancement de ce train de luxe a déjà été reporté deux fois.
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 Monsieur Duc, le chef du wagon-restaurant Le Tonkin, formé par Alain Nguyen, ancien disciple de Jean-François Piège.
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Au Vietnam : Un groupe hôtelier français exploite avec succès le Victoria Express La filiale hôtelière du conglomérat français Eaux et Électricité de Madagascar (EEM) fut la pionnière en matière de transport ferroviaire haut de gamme dans le nord du Vietnam. Une ‘success story’ de dix années, qui a été à l'origine d'une multitude de copies plus ou moins heureuses. Entièrement reconstruit en 2006, le Victoria Express relie Hanoï à Lao Cai à la frontière chinoise, d'où les clients sont transférés vers un hôtel du groupe situé à Sapa, dans les montagnes tonkinoises. Le Victoria Express jouit d'une grande notoriété en raison de la qualité de ses aménagements, de son équipe encadrée par le Montpelliérain Benjamin Boudard, mais surtout pour la cuisine servie dans son wagon restaurant, Le Tonkin, qui a beaucoup bénéficié de la touche d'un ancien disciple de Jean-François Piège, Alain Nguyen.
 Yannis Martineau, dans l'un des trois restaurants de l'Eastern & Oriental Express. |
À bord de l’Eastern & Oriental Express : un chef de cuisine bien loin du train-train quotidien École hôtelière à La Roche-sur-Yon, service militaire à l’Élysée, quelques années de traiteur chez St-Clair et Yannis Martineau concrétise son désir de voyages en embarquant comme sous-chef de cuisine à bord du Venise Simplon-Orient Express. Il y restera quatre ans : “J’ai découvert un train hors du temps avec ses légendes, des destinations mythiques (Venise, Istanbul, Prague…), sa verrerie en cristal Lalique et son argenterie française. J’ai aussi apprivoisé une autre façon de travailler dans des espaces réduits, avec des fournisseurs tout au long d’un parcours.” Il part ensuite deux années au titre de chef de cuisine sur le Road to Mandalay, le bateau de croisière de la compagnie Orient Express, qui croise dans les eaux birmanes entre Mandalay et Bagan : “Ce fut plus difficile car le pays est fermé, les conditions d’approvisionnement était épuisantes.” Depuis deux ans, le vendéen a pris la responsabilité de la brigade de cuisine de 15 personnes qui assure la restauration à bord des trois wagons-restaurants de l’Eastern & Oriental Express. Ce train, qui assure la liaison entre Bangkok et Singapour, est considéré comme l’un des plus luxueux au monde. “J’ai eu un coup de cœur pour ce train fabuleux, l’Asie, sa cuisine. Tous les jours j’apprends quelque chose de nouveau, je découvre une nouvelle épice, une nouvelle technique...”, s’enthousiasme ce jeune chef de 38 ans qui n’imagine pas un instant quitter le train en marche pour retrouver la France. |
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