L’Hôtellerie Restauration : Lors de la présentation des six derniers mois de l’exercice 2008-2009, vous avez évoqué, outre l’aggravation de la crise internationale, l’interdiction de fumer introduite le 1er novembre dans les établissements monégasques comme facteur décisif de dégradation. Cette raison n’est-elle pas insuffisante pour justifier ce recul ?
Bernard Lambert, D.G. de la SBM : Non car l’impact de la chute des jeux en Principauté, en retrait de 19 % à 210,70 M€ sur nos 5 casinos, a été le même qu’il avait pu l’être en France, en Angleterre ou en Italie, où l’on a enregistré des baisses de 20 % dès cette interdiction dans les salles de jeux. Jusqu’au 31 octobre 2008, nos résultats étaient légèrement supérieurs en hôtellerie et corrects pour les jeux. Notre baisse de chiffre d’affaires est de 13 % sur l’ensemble de l’exercice, mais est ainsi passée à 27 % sur ces six derniers mois.
Est-ce que vous n’avez pas insuffisamment ou tardivement apprécié l’ampleur de la crise ?
On sentait la fin d’un cycle même si, jusqu’à fin octobre 2008, nous avons eu une année exceptionnelle, avec le meilleur été de l’histoire de la SBM. Nous savions donc que 2009 serait plus difficile, avec, dès octobre, les premières annulations de grands groupes américains pour cette année. Il est vrai que l’on n’imaginait pas une chute générale aussi brutale début novembre. Comme s’il n’était soudain plus de bon ton - et pas seulement pour les Américains - d’être vu en train de dépenser son argent en Principauté.
Quelle part représente cette clientèle américaine aujourd’hui ?
Environ 10 %, contre 14 % en 2008. Nos meilleurs clients demeurent les Italiens, notamment sur les casinos (près de 70 %), et les Français. Autour de 17-18 % chacun pour l’hôtellerie, devant les Anglais, en recul à 15 %, les Américains, les Russes puis le Moyen-Orient, principalement les Émirats. Et de nouveaux marchés comme l’Europe centrale ou le Brésil, dont on dit qu’ils seraient sortis de la crise.
Quelle visibilité avez-vous pour 2009 ?
Elle est très faible, même pour la période de juillet à septembre. Le taux d’occupation de nos hôtels, supérieur à 80 % depuis deux étés, sera inférieur. Jusqu’à fin mars, l’hôtellerie résistait plutôt bien (le ralentissement du secteur est de 6 % à 174,90 M€ de chiffre d’affaires), mais la suite est plus contrastée avec un avril mauvais, un mois de mai de bonne tenue, et juin qui s’est terminé plutôt bien, avec des réservations très tardives. La loi de la navigation à vue et du ‘dernière minute’ se confirme.
Quelles mesures d’urgence avez-vous adoptées pour résister face à cette conjoncture ?
Nous avons réduit le nombre de saisonniers d’environ 150 personnes, mais notre gestion sera surtout plus rigoureuse, sans toucher pour autant le service de la clientèle. Cependant, nous ne modifions pas notre politique de prix, et même si des négociations peuvent se faire sur tel ou tel congrès, nous ne les casserons pas. L’important est de continuer à offrir l’expérience SBM et une sécurité que tout le monde reconnaît à la Principauté.
Quelles nouvelles pistes de développement avez-vous engagées ?
En Principauté, cela a commencé avec l’immobilier et la réussite de la résidence hôtelière du Monte-Carlo Bay Resort Hotel, dont le chiffre d’affaires a doublé en quatre ans, à près de 14 M€. Mais nous misons beaucoup sur le développement de la marque Monte-Carlo, créée en 2007, avec notamment le début de la construction du Jawhar Marrakech (93 suites) sous gestion SBM, dont l’ouverture est prévue en 2011. Ce sera le 1er hôtel d’une collection à Londres, Paris, dans 3 ou 4 autres capitales européennes, pourquoi pas ensuite dans les Émirats, peut-être à Abu Dhabi, même si cela demandera plus de temps en raison de la conjoncture mondiale. Quant à notre présence commerciale, elle se confirme avec l’ouverture, après celui de New York, d’un bureau à Singapour, en avril dernier, pour un meilleur rayonnement en Asie, et avec nos partenariats (Las Vegas) et la recherche de nouveaux marchés, comme celui du Brésil.
Avez-vous reporté ou annulé des projets et investissements cette année ou en 2010 ?
Non, car les travaux de l’hôtel Hermitage (plus de 30 M€), avec une nouvelle salle de conférences de 300 personnes et la rénovation de 130 chambres, ont bien commencé, de même que la démolition du Balmoral. Ils reprendront à l’automne, et la livraison sera effective fin 2010-2011 pour la reconstruction du Balmoral. Enfin, la rénovation de la partie hôtelière du Monte-Carlo Beach (12 M€) est effective depuis le printemps, et les travaux du futur Buddha Bar, sous gestion SBM, sont en cours, avec une ouverture en mai 2010. Une fois ces aménagements terminés, la SBM disposera d’une capacité de 875 chambres.
N’y a-t-il pas eu excès de confiance de la part de la Principauté et de la SBM, qui n’est plus aujourd’hui de saison ?
Certains l’ont peut-être évoqué à notre égard, mais cela ne correspond pas du tout à notre connaissance et notre pratique de la clientèle internationale et des grands marchés. Nous avions très tôt perçu, en 2006-2007, les difficultés du secteur immobilier aux États-Unis. Et à condition d’être toujours très vigilants, et même si je ne me risquerais pas à pronostiquer une date de sortie de crise, la marque Monte-Carlo reste incontestablement une valeur sûre.
Quelles retombées sur l’économie de la SBM aura eu le départ du Tour de France en Principauté ?
Il est trop tôt pour les mesurer, mais l’impact médiatique est extraordinaire. Le Monte-Carlo Bay affiche complet, l’Hermitage est également très concerné, alors que le Fairmont, le Méridien et le Novotel - hors SBM - sont aussi impliqués dans cet événement. Nous commençons ainsi juillet par un week-end excellent qui compense un peu le recul de fréquentation du Grand Prix de Monaco, qui a touché notre hôtellerie, même si le recul a été moindre (- 6 %) qu’on ne l’a dit, et alors que le résultat des casinos a été le meilleur enregistré depuis cinq ans.
* Chiffre d’affaires en baisse de 13 % à 400 M€ et un résultat net de
- 57 % à 40,60 M€.