Ils se sont exprimés lors d'une conférence très intéressante au cours de laquelle sont intervenus : Philippe Boisneau, président du Conapped (Comité national de la pêche professionnelle en eau douce), Yannick Perraud, président de l'Association des pêcheurs professionnels qualité Loire avec Alain Baillet, pêcheur de Loire, Romain Fageot des Pêcheurs professionnels de Gironde, Eric Jacquier, du Collectif des pêcheurs professionnels du Lac Léman et un scientifique Pierre Mollot, spécialiste du plancton.
Sur leur stand d'autres pêcheurs, qui pour s'assurer un revenu complémentaire, transforment une partie de leur pêche, faisaient déguster leurs produits : Nicolas Hérault, fournisseur des restaurants d'Indre-et-Loire (comme le Martin bleu à Tours ou le Chapeau rouge à Chinon), Bruno Gabris qui produit des soupes et des rillettes ou encore Josette et Michel Zecchi (à Moulon en Gironde), spécialistes de la lamproie à la Bordelaise et des rillettes de lamproie. Ils représentaient les 500 entreprises de pêcheurs professionnels en eau douce et en estuaire qui survivent encore en France (ils étaient 7 000 en 1950). Ils ont expliqué comment leur pêche artisanale contribue à la préservation de l'environnement et du patrimoine culinaire.
Une pêche artisanale
Par exemple, sur le Lac Léman, préservé d'espèces invasives, depuis plus de 30 ans leur démarche d'empoissonnement du lac et le respect des périodes de pêche des diverses espèces, leurs ont permis de devenir le 1er producteur de poissons d'eau douce en France. De même pour les cours d'eau, ils constatent que la suppression de 2 barrages sur la Vienne et près de Blois sur la Loire, pour laquelle ils ont milité, a permis que le stock d'Alose soit multiplié par trois et les Lamproies de quelques centaines qui remontaient encore la Vienne pour se reproduire à 92 000 en 2007. Ils nous ont présenté avec passion leurs méthodes de pêche artisanale avec des nasses en osier, au filet, au guideau, au verveux ou à la senne.
De nombreux restaurateurs valorisent le fruit de la pêche en eau douce
Ces pêcheur professionnels approvisionnent ainsi de nombreux restaurateurs, par exemple sur le bassin de la Loire, ce sont plus de 40 restaurateurs qui leurs font confiance et mettent en valeur le fruit de leur pêche du jour. Par exemple, trois chefs ont accepté de proposer pour une brochure remise aux visiteurs d'Euro Gusto par l'Association des Pêcheurs Professionnels Qualité Loire des recettes gastronomiques : le chef Christophe Duguin au Chapeau Rouge à Chinon propose un Tartare d'Alose sauvage au fenouil et tomates séchées. Le chef Eric Guérin de La Mare aux Oiseaux à Saint-Joachim, propose un Filet de Mulet au pamplemousse et citron vert comme une grenobloise, beurre demi-sel et brocolettis. Enfin le chef Bernard Charret des Chandelles Gourmandes à Larcay, qui d'ailleurs s'occupait de la restauration sur le salon, propose une Brochette de Silure poêlée, petite émulsion au safran de Touraine.
Les pêcheurs professionnels se proposent de continuer à utiliser leur savoir pour réguler les espèces invasives en eau douce du type silures au profit d'espèces menacées comme les anguilles ou les saumons. Dans ce but, ils collaborent avec des scientifiques comme Pierre Mollot qui a fait un remarquable exposé sur l'importance vitale du plancton.
Tout part du plancton
Pierre Mollo est avec Maëlle Thomas-Bourgneuf, l'auteur d'un livre intitulé : L'enjeu plancton : L'écologie de l'invisible, pour lequel leur éditeur Charles Léopold Mayer dit : "Invisible à l'oeil nu, le plancton n'en est pas moins un élément essentiel à l'équilibre de notre planète. Pourtant, aujourd'hui, l'ensemble des activités terrestres, en particulier le déversement de produits chimiques, de métaux lourds et l'excédent d'engrais, provoquent la dégradation du plancton en quantité et en qualité. … Son rôle (est) capital dans notre écosystème. Car s'il est à la base de la chaîne alimentaire marine, le plancton produit aussi la moitié de l'oxygène de notre planète…".
Ainsi quelques ombres persistent au tableau, une cohabitation parfois délicate avec les 800 000 pêcheurs du dimanche, les séquelles des activités industrielles ou agricoles qui polluent ce milieu très fragile et rendent parfois certains poissons impropres à la consommation, enfin l'introduction d'espèces invasives comme les silures ou plus récemment d'une minuscule espèce de bivalve originaire du Mékong dont le développement est favorisé par le réchauffement climatique qui provoque une chute importante du nombre de poissons.
Une législation datant de Colbert
Le summum est atteint avec une législation datant d'une ordonnance de Colbert en 1669 qui régit encore la pêche professionnelle en eau douce. Ainsi les pêcheurs professionnels ont interdiction de pêcher les dimanches (les filets et engins étaient mis sous séquestre). La pêche ne pouvant s'exercer qu'entre le lever et le coucher du soleil, du samedi 18 h au lundi 8 h, les pêcheurs professionnels ne peuvent exercer leur métier alors que cette période leur permettrait de développer des activités d'écotourisme.