Non contents de devenir des stars du petit écran, les chefs sont de phénomènes sur Twitter, le site permettant de publier des messages de 140 caractères maximum : Gordon Ramsay @GordonRamsay01 compte près de 500 000 abonnés (ou 'followers'), tandis que Tom Colicchio, le chef de Craft et juge de la version américaine de l'émission Top Chef compte 225 444 abonnés. La tendance n'a pas encore traversé l'Atlantique : à part René Redzepi (17 400 abonnés), les grands chefs européens restent peu actifs sur Twitter.
"Créer un lien privilégié"
Mais les Français installés aux États-Unis ne sont pas en reste : Eric Ripert, le chef du Bernardin, un trois étoiles de Manhattan, tweete de son iPhone quotidiennement, entre une et trois fois par jour… "Quand l'inspiration me vient." Ses élans d'inspiration sont suivis par 63 081 abonnés. Sur son compte, il tweete des photos de son équipe, de la cuisine, des plats. Il se sert aussi de Twitter pour faire la promotion de City Harvest, une association à but non-lucratif dont il est le président. Il retweete des articles qu'il juge intéressants… "C'est une manière de créer un lien privilégié avec les clients et d'avoir un feedback de leurs impressions", explique-t-il.
"Autrefois, il était impossible de joindre un chef - ils n'ouvraient jamais leurs emails, parce qu'ils n'étaient pas à leur bureau", expliquait récemment à un confrère américain Mitchell Davis, vice-président de la Fondation James Beard. L'idée que vous pouvez 'tweeter' et qu'un chef vous réponde immédiatement est inouïe."
Twitter est aussi un moyen pour les chefs d'échanger avec leurs pairs : "Suivre sur Twitter mes confrères chefs et les médias me permet de savoir ce qui se passe, en temps réel", raconte encore Eric Ripert qui avoue 'suivre' par exemple sur Twitter Daniel Boulud (5 930 abonnés) et Jean-Georges Vongerichten (3 545 abonnés).
"Nous aimons que les chefs gardent une part de mystère"
Un outil d'information, donc, mais aussi de communication. Plutôt que de dépenser des milliers de dollars en publicités, les restaurateurs découvrent que Twitter peut se révéler un outil tout aussi efficace, mais à moindre coût. Car cela crée du buzz. "Les tweets d'Eric Ripert sont très souvent repris", relève Clark Wolf, un consultant new-yorkais spécialisé dans la restauration. Il a par ailleurs récemment créé un compte séparé pour Le Bernardin (@LeBernardinNY) rassemblant des informations spécifiques au restaurant. "Twitter est une forme de bouche à oreille", explique le consultant. Il permet aussi de fédérer en interne car les employés suivent le compte Twitter.
Mais Clark Wolf a une mise en garde. "Le client peut avoir une inquiétude, celle que plus le chef tweete, moins il cuisine. Tweeter peut-être un travail plein temps." Les conseils qu'il prodigue à ses clients ? "Ne tweetez pas trop souvent. Nous aimons que les chefs gardent une part de mystère." L'essentiel est que l'on ressente la personnalité du chef: pas de formation nécessaire, selon lui. "Le media training donne l'impression que vous êtes un économiste. La meilleure façon de se former reste d'aller en salle parler avec le client."