Jean-Pierre Ceccaldi : coutelier d'art, dans un style qui tranche jeudi 29 décembre 2011 12:27
Porticcio (20) Parti du curnicciulu (couteau de berger) il y a trente ans, Jean-Pierre Ceccaldi excelle désormais dans la fabrication du stylet, de la vendetta, voire de la pièce de collection réalisée en matériaux précieux. Ce coutelier se consacre également aux arts de la table.
Jean-Pierre Ceccaldi travaille avec ses fils (ici, Simon). Plusieurs restaurants parisiens (Les Botanistes, Ze Kitchen Galerie…) font désormais appel à eux pour renouveler leur gamme de couteaux de table.
Coutelier d'art : un métier hors du commun, à mi-chemin entre l'ébéniste, le forgeron, le bijoutier et le métallier.
Il y a deux sortes de couteaux. Celui que beaucoup ont dans leur poche, très utile au quotidien. Et le couteau d'art, pièce unique destinée au collectionneur. Jean-Pierre Ceccaldi fabrique les deux depuis 1978, date à laquelle il a ouvert sa première coutellerie. Une boutique, nichée au coeur de Zoza, un petit village de l'Alta Rocca, au sud de l'île de Beauté. Formé par un certain M. Santoni, le coutelier-forgeron a d'abord commencé par fabriquer le curnicciolu. Un modèle de couteau de berger à lame d'acier, large et tarabiscotée, fixe ou pliante, dont le manche est traditionnellement taillé dans de la corne de chèvre ou de bélier.
Puis le temps a passé, les modes aussi. La gamme de Jean-Pierre s'est élargie avec la vendetta, le stylet, le coupe-papier, les couteaux de chasse. Plus récemment, il s'est même lancé dans les pièces haut de gamme. "On entre là dans le domaine du couteau d'art et de la création libre, confie-t-il. Les surfaces présentent généralement de beaux effets moirés. Les matières sont précieuses. Les mécanismes originaux. C'est un vrai travail d'orfèvrerie. En moyenne, il faut une quinzaine d'heures de travail pour fabriquer un couteau de ce type." La fabrication des couteaux de cuisine, réalisés sur commande (ou plus standard), et qui mélangent le beau et l'utile, ont aussi le vent en poupe. "Là, les manches sont taillés dans des essences de bois locales comme l'arbousier, l'olivier, le genévrier", explique le coutelier-forgeron.
Ce à quoi il faut enfin ajouter une ligne d'objets de table, au style raffiné et au caractère bien trempé, à l'instar de ce service à salade à tête de couvert en corne. "Du temps, de l'abnégation, voilà les qualités essentielles d'un bon coutelier. Pour arriver à quelque chose de beau, on torture le métal avec un marteau-pilon, une forge, de la chaux… Peu importe le type de couteau que nous fabriquons, nous avons à chaque fois les mêmes soucis d'exigence : authenticité, créativité, qualité." Gage de la confiance qu'il porte en ses créations, le coutelier corse garantit même ses couteaux… à vie. Des objets dont la fourchette de prix s'étend de 55 € à 2 000 €.
Paris : le grand saut
Au fil du temps, la famille Ceccaldi s'est agrandie : l'entreprise d'aujourd'hui est familiale, autant que familière à tous ses clients fidèles depuis de nombreuses années. Cet artisan coutelier, qui dispose désormais de quatre boutiques, a d'ailleurs décidé de faire le grand saut, il y a quelques années, en ouvrant une échoppe sur le continent, en plein coeur de Paris. Aucun parmi la quinzaine de couteliers que compte la Corse - plus ou moins assidus à la forge selon les cas - n'avait tenté cette aventure. Mais il faut dire que la notoriété de la marque Ceccaldi a franchi les limites de l'île depuis longtemps.
Pour gérer la boutique parisienne, Simon, l'oeil et le geste déjà affûtés, s'occupe de dessiner et fabriquer les couteaux. Tandis que son frère, Sylvestre, assure la commercialisation. Et force est de constater que le pari du père est en passe d'être relevé : plusieurs restaurants de la capitale ont décidé de faire appel à la coutellerie corse pour renouveler leur gamme de couteaux de table. C'est le cas par exemple des restaurants Ze Kitchen Galerie (Paris VIe), ou encore Les Botanistes (Paris VIIe). Et comme Jean-Pierre Ceccaldi n'a vraisemblablement pas froid aux yeux, il a même réussi à nouer de sérieux contacts avec de grands hôtels américains. "On ne va pas s'arrêter en si bon chemin", conclut le coutelier, devenu autant un artisan d'excellence qu'un homme d'affaires avéré.
Mylène Sacksick
La fabrication d'un couteau pour les arts de la table, selon Jean-Pierre Ceccaldi
"On part toujours d'une barre en inox ou en acier carbone. Après l'avoir découpée selon les dimensions désirées, on travaille la lame pour lui donner son tranchant. Ensuite, elle subit un traitement thermique : elle passe à 1 000 °C au four. On la refroidit ensuite brutalement dans de l'huile ou de l'eau. Cela détermine la dureté de l'acier. Après le polissage, puis l'aiguisage, on travaille le manche, qui peut être en corne (de chèvre, de bélier…) ou en bois. Un vrai travail de forgeron. Au final, la fabrication d'un couteau peut nous prendre jusqu'à une quinzaine d'heures de travail.
Les différents couteaux corses :
Instruments autant que symboles de leur incessante lutte pour la liberté, les couteaux occupent une place importante dans la société corse. Il en existe différents styles, parmi lesquels :
- les couteaux de bergers, issus de la tradition agropastorale, sont en corne, bois ou acier damas ;
- le stylet, dit 'à la Génoise' ou à 'quatre pans' est l'héritier des traditions guerrières ;
- les couteaux de table : ébène, corne, argent, métal argenté sont les matériaux utilisés pour mettre en valeur les plus belles tables de l'île et d'ailleurs ;
- les couteaux vendetta, souvent copiés, mais présente dans l'histoire corse depuis plus d'un siècle. La coutellerie corse, depuis une trentaine d'année, connaît un spectaculaire renouveau, la plaçant parmi les plus connus d'Europe.