Une journée avec Muriel Pike, yield manager au Novotel Gare de Lyon mercredi 7 juillet 2010 10:37
75 - Paris Voilà bien le job du moment dans le secteur hôtelier. Toutes les chaînes et les grands établissements s’arrachent ce pro du chiffre qui jongle avec les réservations et le prix des chambres pour améliorer la rentabilité de l’hôtel. En poste depuis près de dix ans, Muriel Pike connaît son métier sur le bout des doigts.
Cœur de métier du yield manager, l’analyse du marché qui lui permettra d’anticiper l’occupation de l’hôtel et de fixer le prix des chambres. Ici, Muriel Pike remet ses recommandations à Richard Lainé, le directeur général du Novotel Gare de Lyon.
Muriel Pike anime une ‘conference call’ heddomadaire avec tous les revenue managers du périmètre. Tous font remonter les informations dont ils disposent sur une période donnée.
Formatrice, fédératrice et communicatrice, Muriel Pike entretient des relations étroites avec le service réservation du Novotel. Chaque stratégie de vente sera détaillée et motivée auprès de son équipe.
7 h 30 : On l’appelle ‘yield manager’ ou ‘revenue manager’. Derrière ce terme un peu barbare se cache un professionnel de plus en plus convoité. Développé tout d’abord dans l’aérien, le poste est en passe de devenir incontournable dans les hôtels du monde entier. Le yield manager traque les chambres d’hôtel vides ou vendues au mauvais tarif qui représentent un manque à gagner pour l’établissement. En poste depuis près de dix ans au Novotel Paris Gare de Lyon (Groupe Accor), Muriel Pike, 37 ans, toujours souriante et affable, cherche sans relâche le meilleur prix de vente pour ses chambres, afin d’améliorer la rentabilité de l’hôtel. La journée de Muriel démarre toujours par un point avec les ‘night auditors’. Taux d’occupation, no-shows, délogements vers d’autres hôtels... Cette pro du chiffre passe tout en revue. “Parfois, il vaut mieux louer cinq chambres à tarif plein que dix à tarif réduit”, confie-t-elle. Cette fine analyste adapte continuellement le tarif des 253 chambres de l’établissement en fonction de la demande. Un défi quotidien.
8 h 10: Dans la foulée, la yield manager jette un œil à ses mails pour consulter les urgences éventuelles. Aujourd’hui, elle devra gérer la requête d’une agence de voyages à la recherche de 15 chambres pour le lendemain. Commerciale dans l’âme, elle sait se tenir à l’écoute des besoins des voyagistes susceptibles de lui acheter un lot de chambres à la dernière minute. “En moyenne, l’hôtel réalise de bons résultats mais à la moindre baisse du niveau des réservations, nous n’hésitons pas à proposer une offre promotionnelle afin de capter davantage de clients.”
8 h 30: Cœur de métier du yield manager, l’analyse du marché. Le but : faire du ‘forecast’ ; autrement dit, anticiper l’occupation de l’établissement. Formateur, fédérateur et communicateur, ce professionnel doit être en capacité de replacer des éléments disparates dans une vision macroéconomique. “Pour m’orienter, je regarde de près la concurrence, suis au jour le jour les tableaux de réservation et compile les historiques de vente en fonction des saisons pour imaginer l’activité future de l’hôtel, explique Muriel Pike. Je me renseigne également sur les événements qui pourront générer un flux de clients : salons, manifestations culturelles, grève… tout en prenant en compte le contexte économique et géopolitique.” Glaner des informations à l’extérieur de l’établissement peut s’avérer utile : l’année dernière, au plus fort de la crise, Muriel constate ainsi que le comportement de ses clients change. Les hommes d’affaires réduisent la durée de leur séjour, les clients loisirs reportent leur voyage. Dans ce cas, elle n’a donc pas hésité à réadapter sa stratégie et ses tarifs pour trouver preneur.
11 h 15: Une fois ce travail de fourmi réalisé, la yield manager remet ses recommandations au directeur général de l’hôtel. Sans prérogative hiérarchique, elle entretient également des relations étroites avec les services hébergement, commercial et restauration du Novotel. Main dans la main, ils œuvrent ensemble à l’élaboration d’une stratégie de vente claire et organisée.
14 h 30: Après un repas pris sur le pouce, Muriel participe à une ‘conference call’ hebdomadaire. Ce rendez-vous téléphonique d’une soixantaine de minutes réunit tous les revenue managers du périmètre - autrement dit, les yield managers du groupe Accor situés aux abords de la gare de Lyon - font remonter les informations dont ils disposent sur une période donnée. Aujourd’hui, l’équipe se penche sur la tenue d’un salon de prêt à porter à Paris. Conclusion : “Une affluence de clientèle d’affaires est à prévoir d’ici à trois semaines.”
16 heures : Muriel se lance dans la rédaction des renouvellements de contrats à envoyer aux agences de voyage pour la saison 2011-2012. Responsable d’un service composé de cinq personnes, c’est également à elle que revient la charge de réaliser les plannings de travail et de gérer les autorisations d’absence.
17 h 20 : Avant de conclure sa journée de travail, Muriel reçoit un étudiant souhaitant s’orienter vers le métier de yield manager. “Aujourd’hui les grands hôtels ou à forte activité ne peuvent se passer d’un tel profil”, résume la jeune femme. A fortiori avec le développement des ventes en ligne, qui engendre un marché de plus en plus concurrentiel. L’heure de la crise pour cette profession n’est donc pas près de sonner.
Mylène Sacksick
Rétrospective
Avant ce poste, Muriel Pike a été :
• à 27 ans : Responsable réservation au Novotel Gare de Lyon
• à 25 ans : Réceptionniste de jour, puis responsable de nuit au Novotel Gare de Lyon
• à 24 ans : Agent de réservation au Novotel Gare de Lyon
• à 23 ans : Assistante marketing dans une SSII (Osis, Paris)
• à 22 ans : Titulaire d’une licence en LEA (Langues étrangères appliquées), option anglais/allemand, Université Bordeaux III
Ses responsabilités, c’est aussi :
• analyser et prévoir le comportement de la demande par segment, marché, canal et produit ;
• participer à l’élaboration de la grille tarifaire, recommander la création, l’aménagement ou la suppression de tarifs ;
• diffuser les disponibilités tarifaires en interne et sur le marché au travers des canaux de distribution ;
• apporter ses recommandations aux commerciaux et participer à la cotation des groupes, des contrats et à la négociation des allotements ;
• former et sensibiliser les différents services de l’hôtel aux principes de l’optimisation des revenus ;
• participer à la réactualisation des budgets mensuels en cours d’année.
L’avis de Richard Lainé, directeur général du Novotel Gare de Lyon
“Vendre au bon moment, à la bonne période et au bon prix, voilà le travail du yieldmanager. Ce professionnel cherche à optimiser le rendement de son établissement. Rigoureux, organisé, il doit être un peu joueur, dans le sens où il doit savoir prendre des risques, tout en prenant en compte les indicateurs et leviers qui sont à sa disposition. Pour accéder à cette fonction, je conseille aux candidats de justifier d’au moins deux ans d’expérience dans un métier de terrain.”
La fourchette de rémunération pour cette fonction se situe entre 28 000 € et 35 000 € bruts annuels. Le salaire, parfois agrémenté de primes, pourra atteindre 60 000 € dans de grands groupes hôteliers.
Yield manager : quelles formations ?
Le métier étant encore récent, il n’existe pas de parcours scolaire type pour accéder à cette fonction. Voici une liste non-exhaustive de diplômes prisés par les employeurs :
• BTS hôtellerie-restauration, option mercatique et gestion hôtelière ; animation et gestion touristiques locales ; responsable de l’hébergement ;
• diplôme d’une école de commerce ;
• master professionnel, dont le master ‘marketing des services et revenue management’ proposé par l’Essca et l’Université d’Angers, ou encore le master de ‘management hôtelier, spécialisation revenue management’ de l’Institut de management de l’université de Savoie (IMUS) ;
• MBA ‘Hospitality management’ de l’Essec ; • des stages d’initiation de trois jours, proposés en formation continue par l’Eshotel ou Demos.
Novotel Paris Gare de Lyon 2 rue Hector Malot 75012 Paris http://www.novotel.com Tél. : 01 44 67 60 00