Une journée avec Christian Hourbracq, directeur technique du Plaza Athénée (Paris, VIIIe) jeudi 27 mai 2010 18:11
75 - Paris Directeur technique du célèbre 5 étoiles Plaza Athénée, Christian Hourbracq veille au grain. Attentif au moindre détail du bon fonctionnement du palace, il prend en charge les différents travaux d’aménagement. Un métier de terrain, aussi polyvalent que prenant. Reportage.
Directeur technique du Plaza Athénée, Christian Hourbracq veille au bon fonctionnement des installations et prend en charge les différents travaux d’aménagement du palace.
À la recherche de la moindre anomalie, de l’ampoule cassée au minuscule impact sur un angle de mur, Christian Hourbracq fait quotidiennement un tour d’inspection du palace.
C'est aussi un travail d'équipe : la réunion du matin avec son staff lui permet de répertorier les problèmes.
8 h 30 : Parvenir à joindre Christian Hourbracq relève de la gageure. Toujours affairé à courir aux quatre coins de l’hôtel, le pas vif et le téléphone vissé à l’oreille, cet homme affable et souriant de 52 ans est un vrai courant d’air. Il faut dire que ce directeur technique, embauché il y a quatre ans au Plaza Athénée alors que rien ne le prédestinait à embrasser une carrière dans l’hôtellerie, a du pain sur la planche. Sa mission : veiller au bon fonctionnement de l’ensemble des installations de l’établissement, soit 191 chambres et suites, deux restaurants et un bar, deux salons de réception, sans compter tous les services internes du palace. Pour ce faire, il est épaulé par une équipe chevronnée de 23 techniciens, appartenant à différents corps de métiers.
9 h : Si pour Christian Hourbracq, les journées ne se ressemblent jamais, la réunion du matin avec son équipe relève en revanche du rituel immuable. Elle tient du briefing à l’américaine, où chacun dispose d’une poignée de minutes pour énoncer les problèmes répertoriés durant la nuit. Un téléviseur ayant rendu l’âme, une fuite dans une salle de bain, une panne de climatisation, tout ce qui s’est passé - entre 20 heures la veille et 7 heures le lendemain matin - est scruté à la loupe. Une fois les priorités dégagées, les équipes se mettent au travail.
9 h 15 : Le traditionnel tour d’inspection générale des lieux publics marque le début d’une folle journée pour Christian Hourbracq. “Faire du sport : voilà le conseil le plus avisé que l’on peut donner à qui veut devenir directeur technique d’un palace !” s’esclaffe cet ancien ingénieur électronicien, qui n’a pas tort. Dans son impeccable costume gris, l’homme monte et descend frénétiquement les marches du palace à la recherche de la moindre anomalie, de l’ampoule cassée au minuscule impact sur un angle de mur, en passant par une reprise de peinture ou un téléphone de palier mal raccroché.
10 heures : Réunion du Comex - autrement dit, rassemblement de tous les pontes composant le comité exécutif, suivi d’une commission sur l’hygiène, la sécurité et les conditions de travail. Le Plaza souffrirait-il du syndrome de la réunionite ? “Absolument pas, car toutes ces réunions sont indispensables pour continuer à proposer un service digne d’un palace de notre envergure.”
10 h 30 : Christian entre de plain-pied dans son cœur de métier : le suivi des travaux d’aménagement des bâtiments. Régulièrement, le Plaza s’offre ainsi un lifting. Et cette année, le planning des rénovations est chargé : un plateau de 29 clés et 23 salles de bains à rénover, ainsi que la réhabilitation de la climatisation et des fenêtres dans une dizaine de chambres du dernier étage. Le tout, sans bruit, sans odeur, ni gêne d’aucune sorte, alors même que l’hôtel est en exploitation. Un challenge permanent que tente de relever l’équipe des services techniques. “C’est un vrai casse-tête, car il suffit qu’un client appelle la réception afin de signaler une nuisance, pour stopper tout net le chantier pour la journée.” Le service d’un 5 étoiles luxe ne se discute pas.
11 h 45 : Christian Hourbracq échange avec la décoratrice de l’hôtel de la réfection de l’une des plus belles suites de l’hôtel. Choix de la décoration (style classique et élégant Louis XVI ou plutôt Art Déco), des tissus, du ton des peintures, du mobilier… tout est imaginé en équipe. Avec une devise commune : “Il était une fois le palace de demain.” Explications : “Cela signifie qu’il faut conserver ce qui fait l’authenticité du Plaza - le charme à la française - mais savoir y ajouter ce qui est dans l’air du temps, comme les nouvelles technologies par exemple”, explique cet ancien ingénieur électronicien.
13 heures : Le déjeuner est expédié en une trentaine de minutes. Dans la foulée, Christian Hourbracq vérifie que toutes les tâches de la matinée ont bien été réalisées. Il profitera également de ce moment d’accalmie pour rédiger les ordres de travaux auprès de sociétés extérieures, valider des devis, lancer des commandes. “Je gère un budget de plusieurs millions d’euros, il faut veiller à ne pas se tromper !”
14 h 30 : Un marché de saison sous l’égide d’Alain Ducasse est en préparation dans la cour-jardin de l’hôtel [l’événement a eu lieu le 13 avril dernier, NDLR]. Le Plaza Athénée reçoit des artisans d’exception chargés de mettre en avant des produits du terroir français. “Mon job consiste ici à leur porter assistance lors de l’installation de leur stand. Je protège les sols, je garantis les arrivées d’eaux et d’électricité et je vérifie surtout les conditions de sécurité.”
17 heures : Christian file s’isoler dans son bureau. À ses heures perdues, il travaille d’arrache-pied à la réalisation d’un bilan énergétique, en vue de l’extension future du palace. Très investi, il rendra bientôt sa copie à la direction générale.
20 heures : En fin de journée, le téléphone sonne sans discontinuer. “L’heure du dîner constitue un peu le rush pour un directeur technique. Tout ce qui s’est passé dans la journée remonte jusqu’à moi et je dois gérer les petits soucis de dernière minute”, concède Christian Hourbracq qui n’en perd pas pour autant sa bonne humeur. Avant son départ, souvent aux alentours de 21 heures, il consigne les informations importantes pour l’équipe de nuit. Mais comme il est d’astreinte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an, sa journée de travail n’en est peut-être pas encore terminée pour autant…
Mylène Sacksick
Avant ce poste, Christian Hourbracq a été :
• De 37 ans à 43 ans : Chef d’entreprise d’une grande société de développement électronique
• De 26 ans à 36 ans : directeur recherche et développement en électrotechnique
• À 25 ans : Titulaire d’un diplôme d’ingénieur électronicien, École centrale de l’électronique, Paris XVIe.
Ses responsabilités, c’est aussi:
• Veiller au bon fonctionnement des installations de l’hôtel et assurer toutes les opérations d’entretien et de dépannage ;
• Participer au projet de rénovation des chambres et des lieux publics dans le respect du patrimoine ;
• Prendre en charge l’ensemble des travaux de maintenance et d’aménagement des bâtiments, tout en respectant les délais de réalisation et les réglementations en vigueur ;
• Élaborer et contrôler l’application des standards de qualité
• Gérer un important budget annuel, voire décennal
• Traiter les facturations journalières
• Animer une équipe de 23 personnes (spécialisées en maçonnerie, peinture, plomberie, menuiserie, tapisserie, électromécanique…) et gérer le planning de travail et de congés
• Assurer le lien entre les différents services internes de l’hôtel sur le plan technique
Devenir directeur technique d’un hôtel: quelle formation ?
Si aucun diplôme spécifique n’est a priori demandé, le directeur technique d’un grand établissement doit avant tout posséder de nombreuses qualités humaines et professionnelles. Disposant d’une bonne connaissance des différents corps de métiers liés à l’entretien du bâtiment, ce professionnel a un sens aigu du service - l’astreinte permanente est souvent la règle. Méthodique et organisé, cet homme de l’ombre est aussi un gestionnaire et un meneur d’hommes. Il doit enfin être débrouillard et réactif pour régler les problèmes dans l’urgence. Côté rémunération, celle-ci est si fluctuante d’un établissement à l’autre qu’il reste impossible d’énoncer un salaire moyen.