Une journée avec Didier Thomas, chef sommelier au Plaza Athénée lundi 2 novembre 2009 17:22
75 - Paris À 45 ans, Didier Thomas est chef sommelier dans l’hôtel de luxe Plaza Athénée (Paris VIIIe). Figure incontournable des grandes tables, passionné par les secrets du vin, ce professionnel est à la fois commercial, technicien et gestionnaire.
Curieux et passionné, le chef sommelier multiplie les séances de dégustation pour diversifier la carte des vins du Plaza Athénée.
Le chef sommelier intervient lors du service en salle pour conseiller la clientèle et effectuer le service des vins à table.
10 heures : Vêtu d’un impeccable costume bleu nuit et d’une cravate rouge vif, le chef sommelier Didier Thomas arrive tout sourire au très prestigieux Plaza Athénée. Après avoir salué ses collègues, Didier fonce vers les différentes caves de l’hôtel. “Nous possédons près de 35 000 bouteilles, de 1 200 références différentes, confie fièrement Didier. Les flacons sont classés selon leur appellation, leur année et leur valeur. Chaque matin, je vérifie les stocks de marchandises des sept caves de l’hôtel.” Responsable d'un budget tenu secret - mais probablement colossal -, il n'a pas droit à l'erreur !
10 h 45 : L’heure de la livraison. Si les cavistes se chargent de ranger les bouteilles commandées chaque jour, cela n’empêche pas le chef sommelier de vérifier d’un œil alerte leur étiquetage et leur état général. En technicien avisé, Didier veille également à leur bonne conservation. “Il ne faut pas oublier que certaines bouteilles - dont la plus ancienne, enfermée dans un coffre-fort, date de 1911 - sont d’une valeur inestimable !”
11 h 30 : Clôture de caisse de la veille, calcul des recettes journalières, gestion des emplois du temps de son équipe (4 sommeliers), Didier prend quelques instants pour gérer la partie administrative de son travail. Dans la foulée, il reçoit une demande du service Banquets. “Une réception aura lieu ce week-end à l’hôtel. On me demande de choisir les vins qui se marieront le mieux avec le menu des invités.” Un jeu d’enfant pour ce professionnel présent depuis vingt-sept ans dans le métier.
11 h 55 : Traditionnel brief de son équipe. Peu avant le début du service, Didier donne souvent les directives du jour à sa brigade : “Selon l’état de nos stocks de marchandises, je rappelle ce sur quoi il faut axer les ventes.” En aparté, Didier prodigue également quelques conseils à son apprenti-sommelier, qu’il forme d’arrache-pied depuis son arrivée dans l’établissement. “L’Hexagone compte entre 1 500 et 2 000 sommeliers. Si cela semble peu, le marché de l’emploi est pourtant loin d’être saturé”, confie-t-il pour encourager sa nouvelle recrue. De plus en plus d’employeurs disent en effet s’intéresser de près à ce profil, la vente des vins permettant de réaliser jusqu’à un tiers du chiffre d’affaires. La demande est d’ailleurs en constante augmentation dans les caves à vins, les magasins alimentaires de luxe, voire la grande distribution.
12 h 10 : Le rôle du chef sommelier prend toute son ampleur lors du service en salle. Ouverture, décantage, présentation du vin et commentaires, dégustation, puis service dans les règles de l’art… Didier ne cesse d'aller et venir, de la cave à la salle, pour satisfaire les clients. “Pour bien conseiller, il faut connaître parfaitement sa carte. C’est ensuite en dialoguant avec un client que l’on peut cerner ses attentes, ses goûts et le budget qu’il est prêt à consacrer aux boissons. Le but étant de contenter les fidèles en leur faisant partager nos coups de cœur, mais aussi de mettre en confiance les non-initiés et de savoir s’adapter à la clientèle étrangère.”
15 h 20 : Réunis en petit comité, Didier et ses collègues se lancent dans une séance de dégustation de vins. “Un goût et un odorat subtils sont les premières qualités pour développer des aptitudes à la connaissance des vins et un discernement de qualité. Indispensables également, la curiosité et l’ouverture d'esprit pour suivre les évolutions du monde viticole.” Robe, couleur, odeur : en véritable interprète des vins, le chef sommelier commente les breuvages, dans un langage poétique. Pour renouveler sa carte, Didier reçoit également les représentants des producteurs ou va directement les visiter afin de dénicher des perles rares. En fin négociateur, il doit alors tenter d’obtenir les meilleurs prix auprès de ses fournisseurs.
17 h 10 : Peu avant sa pause (Didier fait régulièrement des journées continues), le chef sommelier reçoit un groupe de clientes sud-américaines pour une visite des caves de l’hôtel. “Le tour a pour but de leur faire découvrir et déguster 6 à 10 cépages différents.” Deux heures durant, les questions fusent et les réponses pleuvent. En fin de visite, Didier confie : “Je suis souvent étonné de voir à quel point les femmes ont un sens olfactif particulièrement développé.” En effet, de récentes études scientifiques tendraient à prouver que la gent féminine aurait des facultés gustatives bien supérieures à celles des hommes. C’est peut-être pour cela que l’on observe ces dernières années une féminisation du secteur, avec un tiers des effectifs en sommellerie désormais constitué par des femmes.
Mylène Sacksick
Rétrospective
Avant ce poste, Didier Thomas a été :
• Depuis ses 44 ans : Jury d’examen pour la mention complémentaire sommellerie ;
• À 43 ans : responsable sommelier de l’hôtel 5 étoiles Plaza Athénée (Paris VIIIe) ;
• À 25 ans : chef sommelier au restaurant Régence (1 étoile Michelin) du Plaza Athénée (Paris VIIIe) ;
• À 23 ans : formation en sommellerie à l’Académie du vin (Paris VIIIe) ;
• De 20 ans à 22 ans : demi-chef de rang, puis chef de rang sommelier au restaurant Régence (Paris VIIIe) ;
• À 19 ans : commis-sommelier au restaurant Régence (Paris VIIIe) ;
• À 18 ans : obtention d’un CAP cuisine, puis d’un BEP option service, école hôtelière de Mazamet (81). L’été, Didier Thomas est barman-sommelier à l’Hôtel du Pilon (06).
Ses responsabilités, c'est aussi
Assurer le service en salle :
• Présenter les vins aux clients, les conseiller et effectuer le service à table ;
• Carafer ou décanter les vins, pour que ceux-ci offrent tous leurs arômes ;
• Connaître la carte des mets et travailler en étroite collaboration avec le chef de cuisine.
Administrer la cave :
• Gérer la cave en veillant aux stocks et à la bonne conservation des bouteilles ;
• Élaborer les cartes des vins et se tenir au courant des derniers crus ;
• Procéder à la dégustation d'échantillons des nouveaux cépages ;
• Acheter les vins auprès des négociants, grossistes ou viticulteurs.
Gérer l'administratif :
• Contrôler la facturation journalière des marchandises ;
• Participer à la promotion des ventes ;
• Manager son équipe ;
• Participer au recrutement et à la formation du personnel ;
• Encadrer une brigade de 4 sommeliers.
L’avis de Noël Condotta, assistant du directeur au Relais Plaza
“Sélection, approvisionnement, conservation des vins, mais aussi conseil et service aux clients, le chef sommelier travaille souvent dans de grandes maisons. Doté d’importantes connaissances œnologiques et géographiques, il doit être pédagogue, autonome - tout en restant à l’écoute du chef des cuisines, et posséder une bonne mémoire pour connaître tous les vins de sa carte. Voie royale pour accéder au métier : la mention complémentaire en sommellerie.” Si le chef sommelier gagne généralement autour de 1 900 € bruts mensuels, son salaire peut aller jusqu’à 4 500 €, selon le renom de l’établissement. Avec de l’expérience, il pourra ensuite s’orienter vers la représentation en vins, monter son restaurant, ou encore passer l’un des 20 concours reconnus de la profession, et s’ouvrir ainsi de nouvelles perspectives.