Le Brésil sous les projecteurs
vendredi 30 octobre 2009 16:00
Rio de Janeiro (BRESIL) Siège principal de la Coupe du Monde de football en 2014 et ville hôte des Jeux olympiques deux ans après, Rio de Janeiro va recevoir les deux principaux événements sportifs de la planète lors de la prochaine décennie.
Rio de Janeiro, ses plages mythiques, la samba et le carnaval sont des images qui ont déjà fait le tour du monde. Malgré cette notoriété, la ‘Cité merveilleuse’ joue les belles endormies. Avec 1,7 million de visiteurs internationaux en 2008 (sur un total de 5 millions seulement pour l’ensemble du pays), Rio est la principale porte d’entrée du tourisme au Brésil. Les professionnels estiment que ce secteur d’activité y est largement sous-exploité, le Brésil étant classé par l’OMT au 41e rang des pays les plus visités en 2008. La cherté de la destination et la réputation de violence qui colle aux principales villes affectent sans doute l’attractivité du pays.
La sortie du film Rio je t’aime (dans le sillage des versions parisienne et new-yorkaise) et les Jeux militaires mondiaux en 2011, mais surtout la Coupe du monde de football en 2014 et les JO en 2016, devraient mettre Rio et le Brésil sur le devant de la scène et redynamiser le secteur touristique. “Les Jeux seront une expérience unique, avec les beautés naturelles de Rio comme décor. Les plages, les montagnes, le Pain de sucre et le Corcovado serviront de toiles de fond pour les événements en plein air”, déclare Embratur (Empresa Brasileira de Turismo, le ministère du Tourisme brésilien), qui a récemment lancé son programme de promotion ‘Brazil now !’ aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Europe. “Les JO vont booster le tourisme et le business : les congrès et les événements internationaux vont se développer. En 2016, on prévoit entre 15 et 20 % de chiffre d’affaires supplémentaire”, juge Alban Dutemple, directeur du Sofitel Rio de Janeiro. Quant au ministère du Tourisme, il estime que les Jeux généreront une hausse de 15 % du nombre de visiteurs étrangers.
Doper la capacité hôtelière
Les attentes sont à la hauteur des investissements prévus. Comme l’annonce le quotidien O Globo, le plus gros tirage du pays, “il reste seulement sept ans pour construire une station de métro par an, dépolluer la baie et les lagunes de Barra da Tijuca [NDLR: un quartier résidentiel qui concentrera un grand nombre de compétitions sportives dans le projet Rio 2016], construire et réformer 33 installations sportives, et multiplier par deux la capacité hôtelière.”
Rio possède actuellement 28 000 chambres. Dans le dossier de candidature livré au Comité international olympique, l’objectif exigé de 40 000 chambres est dépassé, des garanties étant présentées pour un total de 52 800 chambres. Onze contrats d’intention ont été signés, parmi lesquels celui du groupe Windsor Hoteis. Ce dernier prévoit, d’ici à 2012, la construction et la rénovation de plus de 1 800 chambres (dont celles de l’ancien hôtel Méridien à Copacabana). Le groupe EBX rouvrira les portes du Glória Palace (ex Hotel Glória) en 2011, et Accor programme plusieurs ouvertures (voir article). Des villages olympiques, des appart-hotels et des navires viendront compléter l’offre.
En outre, le gouvernement travaille sur une ligne spéciale de crédits avec la Banque nationale de développement économique et social, afin de favoriser les micro-entrepreneurs et ceux de taille moyenne pour la construction d’hôtels. “Nous souhaitons aussi viabiliser l’acquisition d’hôtels en situation critique par des chaînes qui montrent un intérêt pour un tel investissement en vue de la Coupe du monde et des Jeux Olympiques”, affirme le ministre du tourisme, Luiz Barretto.
Revitaliser la ville et la filière
Certains quartiers de Rio vont être entièrement remodelés pour l’occasion. Une fois réhabilitée, la zone portuaire abritera des espaces culturels, une soixantaine de restaurants, au moins huit hôtels et peut-être même une école de gastronomie. La Marina da Glória, dont la concession a été rachetée par EBX, accueillera des restaurants, des boutiques, une salle de spectacle, ainsi que des infrastructures de tourisme et loisirs. D’après Alexandre Sampaio, président du SindRio (Syndicat des hôtels, bars et restaurants de Rio), les Jeux créeront 36 000 emplois directs dans l’hôtellerie et la restauration. Du côté de la formation, le Département intersyndical des statistiques et des études socioéconomiques évalue à 250 000 le nombre de professionnels du tourisme devant être préparés pour la Coupe du monde.
Actuellement, l’optimisme est de rigueur chez les professionnels qui espèrent un ‘effet Barcelone’. Néanmoins, comme le souligne Alban Dutemple, “il faut absolument une vision internationale à long terme pour continuer d’alimenter le parc hôtelier nouveau et les centres de conventions après les JO, sinon ce sera une catastrophe pour le secteur”.
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Accor : les signaux sont au vert
La crise a beaucoup moins affecté le groupe Accor au Brésil qu’ailleurs dans le monde. Selon Roland de Bonadona, directeur général du réseau hôtelier Accor Hospitality en Amérique latine, le groupe a confirmé sur les premiers mois de 2009 un “nombre record de projets, principalement en franchise et en management”. Aujourd’hui, Accor détient au Brésil un “portefeuille de 60 projets engagés, soit 8 000 chambres qui ouvriront d’ici 2013”. L’annonce que la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques se dérouleront à Rio confirme cette “vague d’optimisme”.
Leader au Brésil parmi les opérateurs hôteliers avec 142 hôtels et 23 600 chambres, Accor exploite à Rio un Sofitel sur la plage de Copacabana, quatre hôtels Mercure, 2 Ibis et un Formule 1, soit un total de 1 567 chambres. “Un premier Novotel ouvrira en 2010 et deux nouveaux Ibis sont prévus pour 2011, totalisant 481 chambres supplémentaires, nous assurant déjà un parc de 11 hôtels, plus de 2 000 chambres et une position de premier plan, déclare Roland de Bonadona. Les nouvelles perspectives encouragent nos partenaires à envisager de nouveaux investissements sous nos marques et plusieurs négociations prometteuses en cours pourraient être confirmées dans les mois à venir, notre objectif étant de pouvoir offrir dès 2014 un large choix de marques et de localisations aux visiteurs du mondial et des JO”. La marque Pullman fera son entrée à São Paulo, capitale économique du pays, dans le courant de l’année prochaine. Quant au Sofitel Rio de Janeiro, quelque 10 millions d’euros seront investis en 2011 pour une seconde phase de travaux incluant la création d’un spa et la rénovation du centre de conventions. |
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Trois questions à Philippe Godefroit, Directeur général du Caesar Park Rio de Janeiro, président du Convention and Visitors bureau et directeur de l’ABIH-RJ (Association des hôtels de l’État de Rio de Janeiro)
Quel est le potentiel de Rio de Janeiro ? Outre son aspect touristique, la ville héberge deux grands centres de convention, dont l’un a été repris par l’entreprise française LG Event. Rio s’affiche aussi de plus en plus comme ville de négoce en raison de l’industrie du pétrole.
Quelles sont les prévisions pour les taux d’occupation ? À Rio, on prévoit 10 % d’augmentation de l’occupation hôtelière dès décembre et janvier, tous segments confondus. Il faut dire que Rio a été très préservé lors de la crise. Il reste difficile de faire des évaluations d’ici à 2016 : tout dépendra de l’économie mondiale, des investissements, des stratégies adoptées… Pour l’instant, São Paulo sert de hub aérien, mais cela pourrait évoluer. Par ailleurs, un train à grande vitesse reliera les deux villes en 2017. Or, il faut savoir que le premier marché pour Rio, c’est São Paulo !
Quels changements vont s’opérer sur le marché hôtelier ? Je pense que le marché des petits hôtels va continuer de croître à Rio. Pas mal de Français sont d’ailleurs intéressés pour ouvrir des adresses de charme indépendantes, à Rio et dans la région. Tous les hôtels 5 étoiles sont en train de se rénover et de se repositionner dans le upper upscale. Beaucoup d’hôtels économiques vont se construire. En revanche, le segment 4 étoiles va peut-être stagner. |
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Témoignage : Bruno Guinard, gérant de l’hôtel Villa Bahia (Voyageurs du Monde), à Salvador de Bahia
“Une vraie dynamique est en train de se créer. À Salvador, l’un des stades pour la Coupe du Monde est à dix minutes à pied du centre historique. Les professionnels du tourisme, principalement en hôtellerie et restauration, ont déjà été contactés pour recevoir des formations en langues, pour un accueil en anglais et espagnol. Nous avons déjà de nombreuses réservations pour 2010, très en avance, et je pense que les réservations pour la Coupe du Monde ne devraient pas tarder. La Coupe du Monde, qui est un phénomène en Amérique latine, va stimuler la demande, tandis que les visiteurs vont profiter des JO pour faire des circuits dans le pays. Le Brésil reste une destination assez chère, mais le tourisme local, national et latino-américain, est en pleine croissance. C’est pourquoi la deuxième adresse que nous ouvrirons au Brésil en 2011 ou 2012 sera aussi orientée vers la clientèle locale. La Villa Carioca sera installée dans un quartier non touristique de Rio. Nous resterons fidèles à l’atmosphère XIXe siècle de cette demeure, tout en respectant notre démarche de développement durable et éthique (puits de carbone, panneaux solaires…). Les 18 ou 20 chambres, l’espace de séminaires, le restaurant et le spa donneront sur un jardin tropical avec des jacquiers centenaires et vue sur le Pain de sucre.”
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