Signera, signera pas… Les réunions se succèdent depuis deux ans entre la ville de Lille (59) et les cafetiers restaurateurs. L'enjeu : l'harmonisation des terrasses de sept secteurs principaux de la ville, notamment les places. L'objectif est de supprimer les parasols publicitaires ou bariolés, les pare-vent disgracieux, les terrasses qui empiètent sur la voie publique, dans un secteur touristique et patrimonial. Pour protéger les clients du soleil, mais surtout du vent et de la pluie, car à Lille les terrasses sont ouvertes toute l'année, les professionnels devront s'équiper de pare-vent télescopiques, et non plus de parois fermant les terrasses, assimilables à une occupation du domaine public. Les parasols devront eux avoir une armature grise et une toile grège ou ocre suivant le secteur.
La Ville voudrait faire appliquer cette réglementation pour le 1er janvier 2012. Mais elle souhaite au préalable la signature d'une charte qui valide les nouvelles dispositions. Sur le principe, les professionnels sont résolus au changement, mais ils négocient encore point par point. Ainsi les lambrequins, que les commerçants voulaient conserver pour y inscrire le nom de leur établissement, mais que la Ville a refusés. La hauteur des pare-vent, jugée trop basse par les intéressés qui craignent l'effet 'venturi' (accélération du vent) fait l'objet de tractations à 10 cm près. La nécessité de laisser 1,40 m de trottoir pour permettre le passage des personnes à mobilité réduite condamne certaines terrasses dans les rues étroites du Vieux-Lille…
"67 % des établissements impactés"
"On a envie que ça marche, les commerçants aussi, mais pas pour les mêmes raisons", note Jacques Mutez, conseiller délégué au commerce en charge du dossier, qui plaide pour un règlement "librement négocié". Les professionnels font eux valoir la charge financière de cette harmonisation et l'impact sur leur chiffre d'affaires. "On est d'accord sur l'esthétique et la sécurité, pas sur l'économique", résume Dany Deleval, présidente de l'Umih Lille Métropole. Un groupe Facebook 'Mort annoncée des terrasses lilloises' fédère ainsi une centaine de mécontents et renvoie sur une pétition, qui affirme que la modification des terrasses entraînerait une baisse de fréquentation et donc des licenciements.
Des estimations sont avancées (- 30 % du chiffres d'affaires, 200 emplois en moins). "67 % des établissements seraient impactés", estime Dany Deleval, qui a demandé à la Ville une exonération des droits de terrasses, pour compenser les frais d'équipements à la charge des commerçants. Elle plaide aussi pour la création d'une bourse permettant d'organiser la revente du matériel obsolète ; la mairie propose elle une centrale d'achat pour les nouveaux équipements. La présidente de l'Umih souhaiterait enfin une vaste consultation auprès d'autres municipalités concernés par le même problème. "Les mairies se concertent, mais nous, professionnels, nous ne sommes pas bons. Entre villes, on ne se parle pas." L'appel est lancé. En attendant les prochaines réunions.