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Les hôtels voudront-ils encore
être classés ?
Avec
comme base de travail la grille de classement présentée par l'ensemble
des organisations professionnelles du secteur, la direction du Tourisme l'a complètement
remaniée afin de proposer un nouveau référentiel qui prend en compte
des "critères perceptifs". Un avant-goût de ce qui attend les hôteliers.
Vous
prenez une grille élaborée par l'ensemble de la profession pendant plus
de un an et comportant 300 critères donnant lieu à des points pour classer
les hôtels. Vous suivez les déclarations du secrétaire d'État
au Tourisme, vous regardez les procédures mises en place chez certains de nos
voisins européens, vous examinez les études réalisées par certains
cabinets, vous consultez la presse et analysez les commentaires de clients sur des
sites internet : vous mélangez le tout, et vous aboutissez à la rédaction
d'une nouvelle grille de classifications des hôtels par la direction du Tourisme.
Les grandes lignes de cette
réforme
Le classement d'un hôtel
repose toujours sur la base du volontariat. À l'heure actuelle, on considère
que la moitié des établissements hôteliers sont classés. Par
contre, le classement de l'hôtel serait révisé régulièrement
: une périodicité de trois à cinq ans est prévue.
Une des grandes nouveautés
de cette réforme ? Le coût du classement qui serait à la charge
des professionnels. Alors qu'à l'heure actuelle il est gratuit. Les pouvoirs
publics souhaitant se désengager de la procédure de classement, des cabinets
d'audit seront chargés de l'effectuer. Par contre, le classement de
l'hôtel restera toujours attribué
par l'État. La gamme des classements irait de la 1re à
la 5e étoile, cette dernière venant remplacer la 4e
étoile luxe afin de donner plus de lisibilité pour ces établissements
haut de gamme au niveau international.
Une grille totalement modifiée
Ce projet reprend l'idée
de la profession d'avoir des critères obligatoires ainsi que des critères
optionnels. Par contre, la possibilité de compenser certains critères
obligatoires par des critères optionnels est supprimée. Le nombre de critères
obligatoires est augmenté. Quant aux critères optionnels, ils seraient
utilisés uniquement pour déterminer un niveau à l'intérieur
d'une catégorie. À savoir, chaque catégorie comporterait 2 niveaux
: 'standard', si 66 % des critères optionnels sont remplis, et un niveau 'confort'
si l'établissement propose 80 % des critères optionnels.
Prise en compte de critères
dits perceptifs
Une autre des grandes innovations
de ce projet est d'introduire des critères à appréciation perceptive,
c'est-à-dire qui peuvent être directement perçus par les sens
(vue, audition, etc.). Il est prévu une graduation de l'appréciation qui
va de 1 à 4 (1 étant 'très bon' et 4, 'mauvais'). Pour obtenir
la validation du critère perceptif comme, par exemple, la propreté, il
faudra avoir moins de 25 % de note 2 et, surtout, ne pas avoir de 3 ou de 4. Ces
critères perceptifs s'appliquent dans les 4 premiers chapitres de cette grille
qui concernent : la propreté, l'état et l'entretien, les nuisances sonores et olfactives,
l'attitude et la tenue vestimentaire du personnel. Mais ils sont aussi utilisés
pour les chapitres relatifs au chauffage, à la climatisation, à l'éclairage,
aux services aux clients. Une fois passés tous ces critères, vous arrivez
enfin aux critères physiques que doit remplir un hôtel selon sa catégorie
et, notamment, les surfaces minima. Surfaces qui ont été augmentées
d'un mètre carré : 9 m2 (hors salle de bains) pour une chambre
de 2 personnes dans la catégorie 1 étoile et 10,50 m2 avec
les sanitaires compris.
Le choix du Cofrac pour accréditer les cabinets d'audit
Le secrétaire d'État
avait annoncé qu'Odit France, l'agence publique en charge du développement,
serait chargée de sélectionner les cabinets compétents pour effectuer
ces audits. Mais la direction du Tourisme préconise que ces cabinets ne soient
pas choisis par Odit France, mais soient accrédités par le Cofrac, seul
organisme au niveau national habilité à délivrer des accréditations.
Odit France serait alors chargé de suivre le référentiel en le faisant
évoluer, pour éviter de se retrouver dans la situation actuelle, d'un
référentiel complètement dépassé.
Un coût des audits pouvant
aller de 400 à 1 500 E
Pour les visites
de contrôle des établissements relevant de la catégorie 1 à
3 étoiles, le coût de cette visite est estimé entre 400 et 500 E
hors taxes.
Pour les établissements
appartenant aux catégories 4 et 5 étoiles, le coût du contrôle
est estimé entre 1 200 et 1 500 E HT.
S'il s'agit de fourchettes préconisées,
il est aussi recommandé de moduler ces tarifs en fonction du nombre de chambres
de l'établissement. En résumé, utiliser un forfait standard selon
la catégorie de l'établissement auquel s'ajouterait un supplément
par chambre auditée.
n
Pascale
Carbillet zzz66c
| Mécontentement
du côté des organisations
syndicales |
Les
représentants des organisations du secteur ont adressé un courrier commun
à Hervé Novelli afin de lui faire part de leur désaccord. Dans
ce courrier, ils envisagent d'inviter les hôteliers à renoncer au classement
si ce projet est maintenu en l'état.
Jean-François Girault, président de la CPIH, président de
la commission des critères physiques du groupe de travail mis en place pour
réformer le référentiel des critères du classement des hôtels,
ne décolère pas et juge ce contre-projet totalement scandaleux. "Depuis
plus de un an, à raison d'une réunion par semaine, nous avons travaillé
sur cette réforme des normes hôtelières. Nous proposions 5 catégories
allant de la 1re à la 5e étoile, établies
sur la base de 325 critères. On nous renvoie un texte qui rajoute 2 niveaux
supplémentaires, standard et confort, à l'intérieur de chaque catégorie.
D'un dossier consensuel, on nous rend un texte totalement imbuvable, devenu illisible.
Si l'on veut avoir 2 % des établissements hôteliers qui soient classés,
alors conservons ce texte !"
Pour
Jacques Jond, président de la Fagiht, le texte qui vient d'être
remis par la direction du Tourisme, remet totalement en cause le projet élaboré
d'un commun accord entre tous les représentants de la profession. "Nous
demandons au ministre de revoir sa copie. Plusieurs points fondamentaux ne nous
conviennent pas. Notamment, le fait que les critères optionnels aient été
réduits en nombre et en rôle. Ils ont moins d'importance que dans notre
projet. Ce texte permet que 10 % des chambres ne soient pas conformes à la
catégorie de l'hôtel. C'est un système que nous ne souhaitons pas.
Michelle
Lepoutre, présidente de la commission juridique et fiscale, en charge du dossier
pour le Synhorcat, est très dubitative face à ce projet qu'elle
trouve compliqué et incompréhensible, tant par les clients que par les
professionnels. Elle déplore une approche suspicieuse vis-à-vis des
hôteliers, par exemple en précisant toujours l'obligation de fournir
l'eau chaude et l'eau froide à toute heure. "Nous tenons a être
associés à tous les stades de la procédure, c'est-à-dire
à l'élaboration du référentiel, mais aussi au choix et à
la sélection des organismes chargés du contrôle, à la rédaction
du cahier des charges, à la gestion des litiges, et à l'évolution
du référentiel au cours du temps."
Christine
Pujol, présidente de l'Umih : "On a reproché à notre proposition
d'être une usine à gaz, mais cette nouvelle version est encore plus complexe.
Nous-mêmes, professionnels, avons des difficultés à comprendre
cette nouvelle version. Quant à ces "critères perceptibles" qui ont
été introduits, comment vont-ils être mesurés ? Plus l'audit
sera long et plus cela coûtera cher à l'hôtelier." Christine
Pujol a fait part de la désapprobation unanime de la profession à Hervé
Novelli qui, lui, a précisé vouloir rencontrer rapidement les représentants
du secteur. |
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L'Hôtellerie Restauration n° 3106 Hebdo 6 novembre 2008 Copyright © - REPRODUCTION
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