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TRIBUNE LIBRE
La réforme de la formation professionnelle,
ou comment tuer le Fafih par Jean-François Girault

Jean-François
Girault, président de la CPIH : nos enfants devront se contenter des
raisins de la colère. |
On
ne peut pas faire l'économie de la réforme de la formation professionnelle
et on ne peut pas attendre", a déclaré Nicolas Sarkozy. C'était
à l'occasion d'un déplacement en Seine-et-Marne consacré à
l'emploi vendredi 16 mai. Le président de la République a réitéré
là ses précédentes déclarations, à savoir que le système
actuel est "à bout de souffle, dans son organisation comme dans son financement".
À ses ministres en charge de l'Emploi, Christine Lagarde et Laurent
Wauquiez, il a donc assigné "trois objectifs" à la réforme
de la formation professionnelle, qui doit s'ouvrir dans les semaines à venir.
"Tout d'abord, les fonds consacrés à
la formation doivent être utilisés de manière à la fois plus
juste et plus efficace." Pour cela, a-t-il dit, "le marché de la formation
doit être mieux organisé et les prestations offertes de meilleure qualité".
Selon Nicolas Sarkozy, en effet, "beaucoup de formations offertes aux salariés
n'apportent aucune valeur ajoutée. Aucune ! On occupe les gens." Le président
juge également "qu'une plus grande partie des fonds devrait être consacrée
aux publics qui en ont le plus besoin, en particulier les chômeurs et les
salariés peu qualifiés". Le chef de l'État entend par ailleurs
"limiter les déperditions" dans le système, "les frais de gestion
étant parfois trop élevés". Dans certains cas, a-t-il ajouté,
les financements restent "opaques", et peuvent servir à financer le
paritarisme, et de dénoncer "un mélange des genres malsain pour tout
le monde".
Cohérence territoriale
Enfin, selon Nicolas Sarkozy,
"les actions de formation professionnelle doivent acquérir une cohérence
territoriale, en particulier au niveau régional où se bâtissent
les stratégies de développement économique et de l'emploi". Le
chef de l'État s'est même fait plus précis : "Il n'est plus
possible que l'État, le service public de l'emploi, les régions et les
branches professionnelles conduisent des stratégies qui ne soient pas coordonnées
en la matière", ajoutant cependant que "cela ne signifie pas qu'il faut
tout changer et faire table rase". Le président
a ainsi bien voulu admettre que "la collecte des fonds de la formation professionnelle
par les organismes a ses intérêts" tout en appelant à "être
plus efficace". "A-t-on vraiment besoin d'une centaine d'organismes collecteurs
dont la plupart n'ont pas la masse critique pour avoir une véritable valeur
ajoutée ?" Une interrogation en forme de réponse, convenons-en. Il
n'est pas non plus "question de revenir sur la décentralisation aux régions
de la formation des demandeurs d'emploi", a encore ajouté le président.
Les trois piliers en matière
d'emploi
Sur les trois objectifs
qu'il a fixés, "État, régions et partenaires sociaux" doivent
en effet travailler ensemble. Le groupe de travail multipartite doit rendre ses
conclusions d'ici à fin juin. Avec cette précision, aux allures de mise
en garde : "Cela ne doit pas aboutir à un rapport de plus, mais à
une feuille de route précise, avec des points d'étape, des négociations
et un calendrier. C'est sur cette base que le Gouvernement enverra un document d'orientation
aux partenaires sociaux."
Nous avons, pour notre part,
un fonds de formation, qui répond à nos attentes, le Fafih est celui-ci
et reste l'acteur principal. Au total, Nicolas Sarkozy fait de la réforme de
la formation professionnelle l'un des "trois piliers" de la politique gouvernementale
en faveur de l'emploi, à côté de la rénovation du service
public de l'emploi et de la révision de l'indemnisation chômage. L'ensemble
devra permettre d'atteindre "le plein-emploi", soit un taux de chômage
de 5 % à l'horizon 2012.
Une carrosserie sociale de
Ferrari sur moteur économique de 4 L
L'un des drames de nos pays
est l'incapacité de nos élus à résister à l'impatience
sociale de nos concitoyens. Non qu'il ne soit pas naturel de souhaiter à
tous un sort meilleur, de vouloir nourrir la veuve, l'orphelin et le chômeur,
de pouvoir soigner tous ceux qui sont gravement malades et d'installer des piscines,
des carrefours fleuris à tous les coins de nos villages. Nos aïeux avaient
compris qu'on ne peut dépenser plus que l'on ne gagne, et que si "on mangeait
son blé en herbe", les récoltes futures seraient compromises. En clair,
pour être durablement croissante, la protection sociale se doit d'être
adaptée aux possibilités, mieux, aux impératifs, de l'heure. Ces
raisonnements simples, que certains ne manqueront peut-être pas de traiter
de simplistes, valent pourtant mieux que toutes les théories sophistiquées
qui prévalent dans les cénacles du pouvoir. Nous avons plaqué une
carrosserie sociale de Ferrari sur un moteur économique de 4 L, alors ne cherchons
pas plus loin les raisons majeures de l'essoufflement de la croissance. Les parents
ont mangé les raisins verts de la dépense publique, et nos enfants devront
se contenter des raisins de la colère. Tout service a un coût ! Ce qui
n'est pas payé par l'usager l'est par le contribuable (ce qui n'est jamais
qu'un transfert d'une poche à une autre !). Et il n'est pas besoin d'avoir
fait polytechnique pour savoir qu'on n'est pas riche collectivement lorsqu'on est
pauvre individuellement. zzz74v
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L'Hôtellerie Restauration n° 3085 Hebdo 12 juin 2008 Copyright © - REPRODUCTION
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