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CHRISTIAN RECOING DU GNC
S'INTERROGE
Faudra-t-il indiquer sur les cartes la
saturation en graisses et les hydrocarbones ?
Le travail de la Commission européenne sur ce sujet est une
bonne chose sur le principe, mais, comme le souligne Christian Recoing, membre du
directoire de l'Umih et vice-président du Groupement national des chaînes
hôtelières, il y a de quoi prendre peur quand on arrive aux articles 9 et 10
du texte… Ceux-ci prévoient que tous les ingrédients et composantes
des plats soient spécifiés ! Pauvres cartes.
Propos
recueillis par Sylvie Soubes

Christian
Recoing, diplômé de l'école de Lausanne, en Suisse, a créé
son propre cabinet de gestion hôtelière en 2004 : Hôtels et Partenaires
Conseils. Autres pôles de travail : la santé et la sécurité
alimentaire. |
L'Hôtellerie
Restauration : Vous êtes
inquiet devant le projet de loi sur l'information aux consommateurs sur la nourriture,
sur lequel travaille la Commission européenne.
Christian Recoing
: Je m'y intéresse d'autant plus qu'une grande partie des hôtels
que je gère a un restaurant. L'idée est louable mais on prend peur quand
on arrive aux articles 9 et 10 qui prévoient une information obligatoire sur
un certain nombre de points : nom du plat, liste des ingrédients qui le compose
et en particulier ceux qui peuvent être à l'origine d'allergie ou d'intolérance,
la quantité de ces ingrédients, le poids net, les dates de péremption
ou d'utilisation, le pays d'origine et l'endroit d'où proviennent les produits,
les valeurs énergétiques, les saturations en graisses, les hydrocarbones
et le sel… Pour les liquides, tout ce qui contient plus 1,2 volume d'alcool
doit être indiqué. Vous imaginez une carte de restaurants soumise à
ce cadre ?
L'État français peut-il
intervenir ?
Chaque État membre est souverain
dans l'interprétation de cette réglementation dès lors qu'elle respecte
certaines bases, comme l'information sur les allergies. Mais je doute que les États
membres veuillent prendre le moindre risque. On est dans un principe de réglementations
du 'parapluie systématique'. La seule solution, c'est de faire du lobbying
au niveau des États membres et de l'Hotrec. Derrière, ce sont les consommateurs
qui poussent et ils ont d'excellents avocats. Ce sont les pays émetteurs de
touristes du Nord, plus que les pays du Sud. Et tout ça pour arriver au risque
zéro. Vous savez, j'ai fait de la restauration collective dans le groupe Accor.
En fait, tous les experts vous diront que plus on aseptise, plus on va prendre des
risques. Sans parler de la formation au goût. La traçabilité est
vraiment une très bonne chose. Mais là, on est dans l'exagération
et le manque total de bon sens.
Cette législation, quelque
part, c'est ne pas faire confiance aux professionnels de la restauration !
Un restaurateur indélicat, ça
existera toujours, mais c'est pareil dans tous les secteurs d'activité. Il
n'y a pas plus de voyous chez nous qu'ailleurs. Si la réglementation que nous
venons d'évoquer se mettait en place, on verrait des associations s'attaquer
à la profession. Ce serait très facile pour elles de pointer du doigt
ça ou ça… Tout ce que risque cette loi, c'est de condamner une
partie de notre patrimoine culinaire. Comment voulez-vous qu'un restaurant gastronomique
applique ça ? Je constate ici que nous avons des fonctionnaires qui s'occupent
de ce qui ne les regarde pas. Nous avons, avec mon fils, créé deux restaurants
à La Défense et à Carré Sénart baptisés K10 et
nous proposons une cuisine japonaise,
coréenne, thaï. C'est un créneau hyper sensible parce que nous travaillons
du poisson cru. Aujourd'hui, les normes d'hygiène appliquées en France
permettent un vrai contrôle des produits et, franchement, le consommateur
a toutes les raisons d'aller dans un restaurant confiant. Au début de l'été, certains médias
dirigent pourtant régulièrement leurs caméras vers les réfrigérateurs
ou sur les étiquettes des restaurants…
C'est un marronnier qui fait mal chaque année.
Je pense que le permis de licence va améliorer les choses. En ce qui la société
que je dirige, j'ai pris la décision d'envoyer tous mes directeurs suivre ce
stage du permis de licence. C'est un rappel nécessaire de la législation.
D'un autre côté, si on ramène le nombre et le type d'infractions
rencontrées au nombre et à la diversité des points de restauration
en France, la proportion est 'humaine' et très faible. C'est un peu comme lorsqu'on
vous montre un hôtel qui a brûlé, vous comme moi savons que ce
ne sont pas vraiment des hôtels.
Vous faites partie de la commission du Medef sur
la grippe aviaire. Cette commission est toujours active. Qu'en est-il de ce dossier
?
Ça a été dramatique parce qu'on
a surmédiatisé la chose et qu'on a raconté n'importe quoi sans écouter
l'avis des comités scientifiques. Tout ce qu'on peut dire aujourd'hui, c'est
qu'en cas de pandémie, la France sera un des pays les mieux préparés.
Le problème, quand on a un virus de ce type, c'est qu'on ne peut pas préparer
le vaccin tant qu'il n'est pas déclaré chez l'homme. Les cas connus ont
lieu dans des pays où l'hygiène n'est pas respectée. Dans le cadre
de l'Umih, c'est vrai que nous avons sensibilisé les professionnels au masque,
nous leur avons conseillé d'avoir un peu de stock. Et c'est ce qu'il fallait
faire. Malheureusement, ces masques ont une durée de conservation limitée.
zzz74v
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L'Hôtellerie Restauration n° 3078 Hebdo 24 avril 2008 Copyright © - REPRODUCTION
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