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ALORS QUE LES FRANÇAIS Y
VIENNENT... POUR PARLER ANGLAIS !
AMSTERDAM EN ATTENTE
DE FRANCOPHONIE
Malgré un intérêt certain pour les gastronomies
du monde, la capitale aux 80 nationalités ne compte plus qu'une poignée
d'établissements battant pavillon français. Un recul notable depuis
2000.

Vue
d'un canal de la cité lacustre d'Amsterdam. |
Le
long des canaux d'Amsterdam, nombre de cafés vantent une "cuisine traditionnelle
française" en affichant carte où se côtoient 'french' soupe
à l'oignon et 'garlic bread' estampillé italien. Un méli-mélo
de cuisines internationales préparées et servies à toute heure
par un personnel d'horizons divers, mais venant rarement de l'Hexagone. On quitte
souvent déçu ces lieux qui n'ont de français que le nom. Au final,
Amsterdam compte ses 'French restaurants' sur les doigts d'une main : les 2 plus
anciens, Christophe et D'Theeboom font figure d'institution au sein de la cité
lacustre et y emploient le plus de Français.
Georges Thubert fêtera les 20 ans du D'Theeboom
en mai 2006. Fier de son oeuvre, il en évoque l'ouverture et ses difficultés
à la maintenir dans une ville où
la
clientèle est versatile. "Pendant un séjour dans la capitale néerlandaise,
j'ai dépanné un ami en cuisine 1 semaine, 2, puis 3. Au bout de 3 mois,
on a régularisé ma situation, et j'ai pris des cours de néerlandais !
À cette époque j'ai rencontré Christophe. Nous avons envisagé
un temps ouvrir un restaurant ensemble : heureusement, il n'en a rien été
! Lui recherchait l'étoile, une prétention justifiée par ses talents
culinaires tandis que je souhaitais rester à la lisière de ce niveau
pour ne pas en subir les désagréments. On a donc ouvert chacun de notre
côté et on a bien fait !" Les débuts sont difficiles : Georges
Thubert récupère un établissement dont le CA a été gonflé
pour augmenter la valeur du fonds de commerce. Pour redresser la barre, nouvelle
décoration, hausse des prix, ouverture 7 j/7. "À partir de 1992,
le CA n'a cessé de progresser jusqu'au passage à l'euro que nous avons
ressenti très durement aux Pays-Bas où les prix ont souvent doublé.
Pour regagner la confiance des clients, on a maintenu nos tarifs en apportant une
qualité supplémentaire. Nous bénéficions désormais d'une
certaine popularité que nous devons aux guides : les hôtels n'hésitent
plus à nous recommander." Le patron qui emploie plusieurs Français,
car "ils ont la culture du goût et l'amour du travail", déplore
la pénurie de main-d'oeuvre compétente et la lourdeur de la réglementation
néerlandaise. "Pour tenir un Horeca (hôtel-restaurant-café,
N.D.L.R.), il faut justifier d'un 'brevet social hygiène', d'un brevet de
secouriste et d'autorisations multiples de la mairie et des pompiers. Quant aux
charges patronales, elles sont salées : pour 100 E bruts de salaire,
le patron en débourse 200 E et le personnel est très protégé."
Malgré tout, les affaires vont bien : le restaurant n'ouvre que le soir et
affiche complet depuis 4 mois, suite à un article célébrant 'l'équilibre
à la française' du D'Theeboom. Une consécration pour son patron
qui en tire "une satisfaction personnelle", sans hésiter à qualifier
son travail de sacerdoce. En cuisine, le second Philippe Henry parle de meilleures
conditions de travail. "Il est courant aux Pays-Bas de ne pas faire de service
du midi : c'est un luxe de commencer le travail à 13 heures. Les salaires
sont bons, les remboursements d'impôts fonctionnent comme un 13e
mois, on a la proximité de la France sans y vivre et la reconnaissance en tant
que cuisinier français. Enfin, la pression par rapport au travail est moindre
et la vie vraiment agréable dans cette petite capitale tranquille."
Une transition en douceur
Au Restaurant Christophe,
on s'affaire pour assurer la transition entre l'ancien patron et Jean-Joël
Bonsens, chef depuis 1991 et nouveau propriétaire associé depuis 1 mois.
"Christophe voulait prendre sa retraite mais conserver sa ligne au restaurant
: il m'a tout naturellement proposé de le reprendre. Seul, je ne l'aurais pas
fait, vu les démarches administratives contraignantes. La sommelière avait
l'avantage d'être hollandaise, on s'est associé : avec elle en salle, je peux continuer à faire mon métier",
confie Jean-Joël Bonsens. Une reprise réalisée en douceur, sans changement
de nom ni de carte. "Christophe possède l'immeuble, il nous a vendu le fonds
de commerce. Le but serait de générer suffisamment de CA pour racheter
les murs." L'investissement est conséquent : 350 000 E sur 5 ans dont 1/3
d'apport personnel. "On est tombé sur un banquier qui connaissait notre
restaurant, il a été séduit par le projet. Notre 'business plan'
a été conçu par un professionnel qui l'a vu court et bien ficelé."
Étoilé depuis 1989, l'établissement semble garder le cap. En témoignent
les résultats : ticket moyen à 100 E, 35 couverts/jour à l'année
et une clientèle assez fidèle. "Depuis 10 ans, on constate une explosion
du goût pour la gastronomie aux Pays-Bas, assure Jean-Joël Bonsens.
Avant, les Hollandais dînaient à 18 h 30 et allaient se coucher. Désormais,
ils voyagent et regardent les shows culinaires. Le marché s'ouvre, la demande
est là." Quant au souci de la langue, il est vite récusé :
ne pas parler le néerlandais ne constitue pas un lourd handicap aux Pays-Bas
où tout le monde parle anglais. Et les Français y sont les bienvenus.
Gaëlle Girard
zzz99
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Amsterdam
en bref
Population : 16 millions (pop. totale des Pays-Bas), 740
000 à Amsterdam
Langues : Néerlandais et anglais (très répandu)
Monnaie : Euro
Nombre de Français immatriculés : 6 000 sur
Amsterdam, entre 20 000 et 46 000 sur l'ensemble du pays selon les autorités
néerlandaises.
Restaurants : + 10 000 (dans tout le pays), la moitié
de cuisine étrangère
Offres d'emploi : 45 000 personnes recrutées/an dans
les CHR (rotation importante des équipes)
Restaurants français à Amsterdam : 4µ
Coût moyen d'une sortie au restaurant aux Pays-Bas
: 35 à 50 E par personne.
Salaires et temps de travail sont établis par convention
collective : www.cao-horeca.nl (grille des salaires en fonction de l'âge
et de l'expérience)
Salaire minimum du secteur hôtelier : 1 264,8 E/mois
bruts
Salaire moyen chef de partie/chef de rang : 1 200 E/mois
nets d'impôt
Salaire moyen commis de cuisine et salle : 1 000 E/mois
nets d'impôt
Durée du travail : 40 heures/semaine
Pourboires : 200 à 250 E/mois
Congé : 4 à 5 semaines/an ; 7 jours fériés
fixes/an
Impôts et cotisations sociales : Environ 33 %, prélevés
à la source
Pouvoir d'achat : Niveau de vie +/- équivalent à
Paris. Le logement sur Amsterdam est souvent difficile à trouver. |
L'avis de Bernadette Van der Horst, conseillère
emploi-formation au cabinet de recrutement France-Emploi basée à
Amsterdam
On place environ 500 salariés français à l'année
sur Amsterdam. Peu font le grand saut avant d'avoir obtenu un logement, sauf ceux
qui viennent pour raison matrimoniale. Le grand problème aux Pays-Bas, c'est
le manque de serveurs professionnels en salle : la plupart des établissements
embauchent des étudiants hollandais qui coûtent moins cher et qui parlent
la langue. Du coup, le service est mauvais. Côté emploi, même si
le niveau d'embauche n'est pas aussi haut qu'il y a 5 ans, on encourage les jeunes
Français à s'installer à Amsterdam. Il règne ici l'esprit
anglo-saxon qui récompense ceux qui sont efficaces et valorise savoir-faire
et expérience plutôt que les diplômes. Mais attention, ce n'est
pas le paradis non plus. |
Témoignage
de Victor Persinette, 22 ans,
commis de salle chez Christophe
"Je
suis parti 6 jours après mes examens de bac pro. Je voulais vraiment faire
des progrès en anglais : dans ce métier la communication prime au même
titre que l'expérience à l'étranger. J'ai préféré
aller à Amsterdam plutôt qu'à Londres où il y a trop de
Français. Pour trouver du travail, j'ai écumé les restaurants où
je déposais mon CV. Christophe m'a pris et j'ai dû refuser un certain
nombre de propositions. Amsterdam est une capitale européenne à taille
humaine : on s'y déplace en vélo, il n'y a pratiquement pas de circulation,
on peut ne parler qu'anglais, la vie y est simple. Être Français à
l'étranger est un sacré bonus : notre savoir-faire est reconnu." |
Complément d'article
2968p38
| Témoignage

Jean Jacques Menanteau, executif chef de l’hôtel de l’Europe.
Jean Jacques Menanteau, executive chef à
l’hôtel de l’Europe, (L’Excelsior :1 étoile / Le Relais :1 bib gourmand)
Je gère 28 personnes dans une même cuisine pour fournir les 3
restaurants de l’hôtel, ce qui demande beaucoup de discipline et de
flexibilité. J’ai carte blanche pour les menus : nous travaillons
beaucoup les épices, un aspect important de la gastronomie néerlandaise.
Nous essayons ainsi de tenir en haleine notre clientèle. Nos restaurants
sont membres de L’Alliance Gastronomique Néerlandaise : les chefs
présents au sein de cette association se connaissent et se recommandent
certains personnels. On essaye de garder nos jeunes, de les former et de
leur trouver des places chez nos collègues. Aux Pays Bas, parler la
langue fait tomber les barrières. Il faut rester ouvert d’esprit et les
problèmes de communication disparaissent. Partir à l’étranger est
l’avenir de la profession. |
Adresses des établissements cités
D’Theeboom : Singel 210, 1016 AB, Amsterdam, Tel: (+31) 20 623 8420, site :
www.theeboom.com
Chez Christophe : Leliegracht 46, 1015 DH Amsterdam, Tél : (+31) 20-6250807,
site :
www.diningcity.com/ams/christophe
Hôtel de l’Europe : Nieuwe Doelenstraat 2-8/ 1012 CP Amsterdam, Tél : (+31) 20
531 1 777, site : www.leurope.nl
Conditions d’emploi,
Sécurité sociale, Fiscalité et adresses utiles :
cliquez ici
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L'Hôtellerie Restauration n° 2968 Hebdo 16 mars 2006 Copyright © - REPRODUCTION
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