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YVES BUR VEUT PROTÉGER LES
EMPLOYÉS DES CHR CONTRE LE TABAGISME PASSIF
LA PREUVE PAR L'IRLANDE
Le
député du Bas-Rhin va présenter le 2 novembre à l'Assemblée nationale un texte visant
à durcir la loi Evin en matière de tabac. Pour l'élu alsacien, le consensus rencontré
autour de l'interdiction de fumer dans les pubs irlandais démontre le bien-fondé d'une
telle mesure.
Sylvie Soubes envoyée spéciale
à Dublin

Yves Bur milite pour des bars et des restaurants non-fumeurs, comme c'est le cas en
Irlande. |
Ce
qui frappe dans les rues de Dublin désormais, ce sont toutes ces terrasses qui se forment
en fin de journée devant les pubs, se résumant parfois à seulement deux ou trois
tables. Des aménagements nés de l'interdiction de fumer dans tous les lieux de travail
adoptée il y a 14 mois en Irlande. Interrogés sur cette mesure, rares sont les patrons
à s'en plaindre aujourd'hui. Mieux encore. La Vintners Association (brasseurs) vante par
voie d'affiche l'atmosphère "encore meilleure" des pubs dublinois
dorénavant non-fumeurs. Étonnant, dans un pays où bière et cigarette au coin du zinc a
longtemps constitué une tradition locale. Voire un symbole. Même satisfaction côté
clients. 93 % des Irlandais et 83 % des fumeurs sont d'accord avec la loi. "Le
problème paraît plus difficile à résoudre qu'il ne l'est en fait. Si nous avons
réussi, vous aussi vous pouvez le faire", a d'ailleurs déclaré la semaine
dernière le ministre de la Santé d'Irlande, Sean Power, devant un groupe de Français
emmené par le député UMP du Bas-Rhin, Yves Bur, qui va présenter le 2 novembre à
l'Assemblée nationale un texte visant l'interdiction totale de fumer dans les lieux
publics, y compris dans les bars et les restaurants.

Les fumeurs irlandais se retrouvent désormais à l'extérieur des pubs, en terrasse ou comme ici dans une cour aménagée pour eux.
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"Cette
interdiction tombera coûte que coûte"
À l'instar des autorités
irlandaises, celui-ci revendique entre autres la protection du salarié ou de l'employé
contre le tabagisme passif. Dont les risques sont "largement mesurés"
par les associations de lutte contre le cancer. Et sachant que la protection de la santé
des personnes entre dans la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac, ratifiée
par la France. "Cette interdiction tombera coûte que coûte. Alors, pourquoi ne
pas la préparer et l'organiser dès à présent ?", relève une responsable de
l'Institut National du Cancer (INCa) à l'initiative du voyage. Pour Yves Bur, la 'preuve'
par l'Irlande devrait permettre de calmer les esprits récalcitrants. En terre Guinness,
l'idée d'interdire de fumer sur le lieu de travail remonte à 1994. à l'époque, un
texte de loi touche les cinémas, les supermarchés ou encore les écoles. Les restaurants
et les bars peuvent toutefois conserver une partie fumeurs. En 2000, les pouvoirs publics
décident d'accélérer le mouvement et décrètent dans un avenir proche une Irlande sans
tabac. En 2003, fortes de plusieurs rapports qui démontrent notamment 'la non
efficacité' de la plupart des systèmes de ventilation, les autorités optent pour le
'ban', l'interdiction totale. Elle deviendra effective le 24 mars 2004, pubs inclus. La
mesure a-t-elle influencé les chiffres d'affaires ? En 2001, les volumes de vente de
bière étaient en augmentation de 0,5 % par rapport à 2000, et sont entrés dans le
négatif en 2002 avec une diminution de 2,8 %. La baisse est régulière depuis avec -4,2
% en 2003 et - 4,4 % en 2004. Entre avril 2004 et avril 2005, la consommation a encore
dégringolé de 3,3 %. "Ces baisses sont dues à une évolution de la société et
non au 'ban', affirme l'expert international Luk Joosens. En Europe, le nombre de
bars diminue, en particulier dans les zones rurales." Le solide l'emporte aussi
sur le liquide. "On mange désormais dans les pubs", constate d'ailleurs
Luk Joosens, qui évoque au passage l'exception italienne, avec un nombre
d'établissements en augmentation régulière et des baristas "protégés".
Un
véritable atout commercial
Pour Yves Bur, au-delà de la santé
publique, une interdiction dans nos troquets pourrait être un véritable atout commercial
(lire interview page 04). Malgré les chiffres rassurants produits par les irlandais, la
mise en place de la mesure en France appelle d'autres interrogations. Qui serait chargé
des contrôles ? En Irlande, comme en Italie où le tabac a été banni des lieux clos le
10 janvier 2005, la méthode 'dure' est appliquée à l'encontre des contrevenants,
fumeurs invétérés ou patrons négligents. L'amende peut atteindre rapidement 3 000
euros. Dissuasif. L'interdiction n'a toutefois pas été considérée comme une 'atteinte
à la liberté' sous la bannière celte. Mais comme le seul moyen "d'agir
efficacement" contre les méfaits du tabagisme, passif ou non. Seulement 33
infractions ont été enregistrées par l'Office of Tobacco Control. "Le
consommateur étant favorable, je n'ai pas rencontré le moindre problème pour mettre la
loi en place", reconnaît le patron du O'Donogues's, qui a fait de la cour
attenante au pub le rendez-vous des fumeurs. Si selon la récente enquête de l'Ifop pour
le Journal du Dimanche, 80 % des Français adhérent à l'interdiction de fumer
dans les lieux publics (56 % des fumeurs), le voisinage sera-t-il enclin à accepter, par
exemple, des extensions de terrasses ? Les problèmes de bruit sont légion dans
l'Hexagone
Les pouvoirs publics français sont-ils prêts de leur côté à jouer le
jeu en cédant quelques mètres carrés de trottoir supplémentaires et à quel tarif ? 10
États canadiens, 7 américains et 5 pays européens ont proscrit le tabac des lieux
publics. L'élu alsacien va-t-il réussir à convaincre la France du bien-fondé d'une
nouvelle loi, plus catégorique que la loi Evin ? Lionnel Luca, député UMP des
Alpes-Maritimes, qui avait été nommé par le gouvernement aux côtés d'Yves Bur pour
réfléchir aux possibilités de mutation du réseau des débitants dans le cadre du
Contrat d'avenir des buralistes, estime que oui. "C'est de la dépendance au tabac
et des méfaits du tabagisme passif", martèle-t-il. à bon entendeur. zzz52
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| Questions à Yves Bur L'Hôtellerie
Restauration : On peut dire qu'en
Irlande il y a eu un vrai consensus autour de l'interdiction. Pensez-vous que ce soit
possible en France ? Surtout que les organisations patronales semblent résolument
hostiles à un durcissement de la loi Evin.
Yves Bur : Le
travail que je fais doit servir d'éclaireur. Il faut qu'on arrive à susciter
un consensus à partir de faits. Des débats théologiques auront forcément lieu, mais
là n'est pas l'essentiel. La réalité est qu'il s'agit de santé publique, de la
protection des salariés, des employés, au sein de l'entreprise, y compris dans le
secteur de l'hôtellerie et de
la restauration. Pourquoi les personnes qui travaillent dans les CHR devraient-elles être
traitées différemment ? Il n'y a aucune raison pour qu'elles ne soient pas protégées
autant que les autres. Il est de toute façon urgent de protéger les non-fumeurs des
dangers réels du tabagisme passif. C'est autour de ce principe que nous devons désormais
nous organiser, d'un point de vue législatif et sociétal.
En France,
les CHR rencontrent pas mal de difficultés économiques. Le moment est-il judicieux pour
imposer des contraintes supplémentaires aux professionnels ?
Comme je viens de vous le dire, les CHR, comme tous les autres employeurs, doivent prendre
consciences qu'ils ont un devoir de protection de leurs salariés. La Cour de cassation
vient de statuer de manière très claire à ce sujet. Vous savez, le risque va se
rapprocher d'actions en dommages- intérêts. Si un salarié, non-fumeur, est frappé
d'affections cardiovasculaires ou d'un cancer lié au tabac, que va-t-il se passer ? Je
conseille vivement aux professionnels des CHR de venir en Irlande, de se désinhiber par
rapport au problème et de débattre avec leurs collègues irlandais. Je comprends
parfaitement les inquiétudes et les appréhensions que peut avoir la profession. Je pense
qu'il faut que les syndicats patronaux et de salariés abordent la question ensemble.
Qu'attendez-vous
des organisations CHR aujourd'hui ?
L'interdiction est inéluctable. Il est temps d'ailleurs que la profession coupe toute
relation avec l'industrie du tabac quand il ne constitue pas le coeur du métier. Ce qui
n'est pas le cas, bien sûr, des buralistes. La profession peut soit se préparer dès
maintenant, soit jouer la montre. Cette seconde solution me paraît le plus mauvais
conseil qui soit. Compte tenu des spécificités du métier, il faut apporter des aides et
des accompagnements. La profession a un problème de recrutement. Ne doit-elle pas montrer
aux jeunes et à leurs parents que les métiers de l'hôtellerie sont porteurs et ne
présentent pas de danger pour la santé ? C'est s'inscrire dans une démarche positive.
Il faut, comme ça a été le cas chez nos amis irlandais, que les pouvoirs publics
préparent le consommateur à cette révolution. On ne peut pas en permanence parler
environnement et ne pas se préoccuper de la qualité de l'air dans les lieux qui
accueillent du public. Je ne voudrais pas que dans 10 ou 15 ans, on revive le syndrome de
l'amiante à force de temporiser. La France ne
restera pas longtemps à l'écart. Si l'hôtellerie et la restauration n'anticipent pas ce
changement, on passera pour un pays retardataire. |
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L'Hôtellerie Restauration n° 2947 Hebdo 20 octobre 2005 Copyright © - REPRODUCTION
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