Journal L'Hôtellerie Restauration
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Le journal L'Hôtellerie Restauration










 
 
 
du 31 mars 2005
VIE PROFESSIONNELLE

TRIBUNE LIBRE

Une crise permanente

À travers les discours pseudo-réformateurs, le gouvernement n'a pas eu l'audace de reconnaître que la conjoncture économique, dans le secteur de l'industrie hôtelière, est en difficulté, notamment dans la restauration traditionnelle qui s'est nettement dégradée et qui demeure très fragilisée, faute de mesures concrètes, principalement en matière de charges patronales (les prélèvements obligatoires ont progressé de 41,7 % pour cette année).
De plus, après l'euphorie de 2002, les signes tangibles d'une crise ont bien été observés dès 2003 par les économistes dans la majorité des établissements hôteliers, crise qui s'est soldée par un endettement à court terme des entreprises en moins de 2 ans.
Pour les experts économiques, les perspectives sont les plus pessimistes du fait des effets conjugués du manque de personnel qualifié, de l'augmentation constante des charges, du système social, du comportement plus exigeant des touristes, de la frilosité des consommateurs qui ont provoqué des coupes sombres dans la trésorerie de nos entreprises.
Mais aujourd'hui, malgré les effets d'annonce du ministre du Tourisme qui fait mine d'y croire encore puisqu'il assure que la conjoncture s'améliore et que la croissance serait au rendez-vous cette année, la morosité n'incite guère les entrepreneurs à l'optimisme.
En effet, à juste titre, la très grande majorité des professionnels sont particulièrement sceptiques sur une reprise économique en 2005, d'autant que plusieurs bémols viennent infléchir la perspective d'une relance des consommateurs qui vont pâtir de l'augmentation constante des contributions sociales, du récent matraquage fiscal par les Régions, de la politique de modération salariale et du dérapage régulier des prix des matières premières.
Pour la profession, il est clair qu'il n'existe pas d'indice économique fiable laissant présager une activité plus tonique, surtout que la morosité ambiante dans notre société a incontestablement des effets négatifs à moyen terme pour une corporation qui cherche désespérément un nouveau souffle qu'elle ne trouve pas.
Alors que certains jugent inéquitable, au vu des coûts exorbitants, l'accord du 13 juillet dernier portant extension de la convention collective applicable dès ce mois dans un moment malaisé, les ténors des principales instances professionnelles des industries hôtelières continuent d'être rassérénés en clamant que l'obtention du taux minoré promis par les politiques est inéluctable, pour la restauration assise, en se basant sur le principe 'chose promise, chose due'…
À ce jour, tous les clignotants alarmistes s'allument en même temps ; combien de professionnels échaudés par deux années chaotiques se trouvent dans le rouge avec leur banquier qui rechigne de plus en plus à accorder des découverts autorisés ou des avances de trésorerie ? De plus, l'investissement en hôtellerie est quasiment inexistant et c'est la première fois, depuis plusieurs mois, que les organismes bancaires font un tel constat.
Plus inquiétant encore, le moral des Français observé par l'Insee dès le mois dernier ne parvient pas à décoller et, du côté des actifs, cadres et dirigeants compris, le climat social et économique n'est guère à l'optimisme.
Si l'actuelle situation économique interpelle les professionnels de l'hôtellerie dans leur prévisionnel, l'État, par son dirigisme jacobin, ne doit pas pour autant négliger la diversité des réglementations archaïques souvent mal adaptées à toutes les industries hôtelières confondues. Cela ne peut perdurer, une clarification s'impose par le biais d'une concertation efficace.
Enfin, dans ce contexte éprouvant qui n'ouvre guère la voie à cette fameuse "dynamique de croissance", seule la libéralisation réelle du marché du travail apparaît comme la condition sine qua non pour redonner un nouvel élan significatif à la consommation à travers un pouvoir d'achat plus conforme aux attentes de nos compatriotes.
Patrick Gérolami, directeur de la Fédération des tables et auberges de France zzz20a

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L'Hôtellerie Restauration n° 2918 Hebdo 31 mars 2005 Copyright © - REPRODUCTION INTERDITE