Journal L'Hôtellerie Restauration
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Le journal L'Hôtellerie Restauration










 
 
 
du 31 mars 2005
RESTAURATION

LÀ OU ON NE L'ATTENDAIT PAS

Michel del Burgo, l'homme pressé de la gastronomie française, exerce à Moscou

Où qu'il soit, Michel del Burgo laisse l'image d'un homme pressé. Arrivé en octobre 2004 à Moscou, là où on ne l'attendait pas, le chef multi-étoilé de La Barbacanne, du Bristol, du Taillevent et du Negresco déploie son talent au restaurant Le Duc, restaurant de haute gastronomie française de la capitale russe, sans avoir renoncé à s'installer un jour à Paris.

"Je m'emploie à ce que Le Duc soit la meilleure table française de Moscou et de Russie, en jonglant avec les difficultés d'approvisionnement en produits frais et de qualité", dit-il. Même si, sur la carte du restaurant, les prix (jusqu'à 120 E le plat) donnent le tournis, Michel del Burgo continue à importer de l'agneau des Pyrénées, du foie gras de Chalosse, des huîtres de Quiberon, des poulets de Bresse, des pigeons d'Anjou. Côté poissons, loup et saint-pierre arrivent de France tous les 15 jours. "Une fois sur la table du client, une huître coûte de 6 à 8 E. L'agneau acheté en France 18 E le kilo revient deux fois et demi plus cher parvenu à Moscou, ce qui nous contraint à le mettre à 45 E à la carte", souligne Michel del Burgo, qui arbore désormais une fine moustache et un bouc discret. Les clients du restaurant Le Duc, propriété de l'homme d'affaires André Delos, patron d'une quinzaine d'établissements dont le café Pouchkine, sont donc des gens aisés. Les entrées vont de 18 à 55 E pour un Risotto aux truffes noires, les poissons de 28 à 55 E pour un Homard du Maine meunière, les viandes de 23 à 120 E pour une Côte de boeuf de Normandie, sauce béarnaise et pommes soufflées. "Plus de 90 % de nos clients sont russes, les prix ne les effrayent pas, mais nous n'avons pas de fréquentation régulière d'un service à l'autre", dit Michel del Burgo.

Une brigade de 23 cuisiniers
"La neige recouvre Moscou pendant 6 mois et l'approvisionnement est difficile. Il faut se battre pour avoir des produits de qualité. Nous n'avons jamais de garantie sur les dates de livraison, ce qui nous oblige, malheureusement, à travailler aussi du congelé", souligne-t-il encore. Les herbes fraîches viennent du Chili, d'Afrique du Sud, d'Israël, d'Italie. Beaucoup de légumes arrivent des Pays-Bas. Être chef à Moscou entraîne d'autres bouleversements dans la gestion d'un restaurant. Le Duc est ouvert 7 jours sur 7 et chaque cuisinier travaille 2 jours consécutifs et bénéficie ensuite de 2 jours de repos. Michel del Burgo est à la tête d'une brigade de 23 cuisiniers, tous russes, qu'il qualifie de "travailleurs précis et propres". "Plus qu'en France, un chef a un rôle de formateur. Les cuisiniers russes ont tout à apprendre. Il faut leur enseigner des méthodes de cuisson qu'ils ne connaissent pas ou maîtrisent mal, comme le sous vide. Il y a des aspects du métier évidents en France mais qui prennent une autre dimension à Moscou, comme, par exemple, leur dire pourquoi il faut saler tel ou tel produit avant ou après cuisson. Il faut sans cesse leur apprendre, voire leur réapprendre, parce qu'en raison de la nouveauté l'assimilation n'est pas évidente", précise-t-il. Michel del Burgo est ravi d'être à Moscou, sa première expérience à l'étranger excepté les nombreuses démonstrations culinaires faites en Asie ou en Amérique latine lorsqu'il était à La Barbacanne, au Bristol ou au Taillevent.

Une trentaine de chefs français à Moscou
"On arrive à sortir de belles choses malgré les difficultés liées au fait que la gastronomie en soit à ses balbutiements en Russie", dit-il. Et de citer, parmi les plats à la carte du Duc, la Galette de peau de courgettes aux primeurs caillé de brebis et vinaigrette truffée, les Ravioles ouvertes d'écrevisses et de navets en aigre-doux de légumes, nougatine d'ail, gingembre et citron, le Blanc-manger de chèvre frais aux jeunes primeurs croquants, le Filet de saint-pierre rôti, coeur de fenouil braisé au citron et câpres, l'Agneau de lait des Pyrénées rôti, pommes fondantes au romarin, jus aux olives et thym brûlé, etc. Selon Michel del Burgo, saveurs et goûts occidentaux restent à découvrir pour les Russes qui, dit-il, aiment qu'une assiette soit "belle dans sa présentation". "Il faut qu'il y ait, dès le premier coup d'oeil, du volume, un réel montage autour des produits servis." Une trentaine de chefs français exercent actuellement à Moscou dans des restaurants privés appartenant le plus souvent à des Russes ou à des chaînes internationales, ou encore à des particuliers aisés. Parmi les plus en vue : Éric Le Prevot, Jérôme Castillas, David Hemmerle, Guillaume Joly, Jean-Claude Fugier, Alain Berry.
Après Moscou, Michel del Burgo souhaite revenir en France. "À 42 ans, je me sens prêt pour être enfin chez moi. Mon expérience ici complétera le bagage que j'ai acquis partout ailleurs. Et puis, quand je vois que des jeunes de 30 à 35 ans arrivent fort derrière, je me dis que je suis peut-être déjà vieux", dit-il en riant. 'Son' restaurant, il le veut "loin de la course aux étoiles, avec une cuisine d'odeurs et de saveurs qui aura mijoté dans des cocottes en fonte, des prix de 40 à 80 E, une ambiance, du bien-être, un coin épicerie". La carte, les menus, les produits parleront du Languedoc, une région qui l'a adopté, lui, homme du nord de la France, contrairement à ce qu'indique son nom aux racines ibériques. Une région qui lui rappelle l'épisode de sa vie professionnelle le plus heureux, La Barbacanne à Carcassonne, où il est resté de 1990 à 1996, un bail qui semble si long pour lui, homme toujours pressé, en apparence jamais rasséréné.
Bernard Degioanni zzz22v

Restaurant Le Duc
Ultica
1905 Goda, 2
Moscou
Tél. : 00 095 255 03 90

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L'Hôtellerie Restauration n° 2918 Hebdo 31 mars 2005 Copyright © - REPRODUCTION INTERDITE