Journal L'Hôtellerie Restauration
Le journal des Restaurants Hôtels Cafés : actualité, emploi, fonds de commerce
 
 
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Le journal L'Hôtellerie Restauration










 
 
 
du 31 mars 2005
VIE PROFESSIONNELLE

L'UMIN DE LOZÈRE EN ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

ÉTAT D'URGENCE DANS L'HÔTELLERIE

Mende (48) Avec un taux d'occupation annuel de 30 %, les professionnels ont tiré la sonnette d'alarme. Mais cette situation ne fut pas la seule évoquée.


De gauche à droite : Philippe Marolot (président des hôteliers de Lozère), Philippe Villalon (président de la FNRF), Claude Bergounhe (président de l'Umih de Lozère), Paul Mourier (préfet) et Jean-Luc Martinazzo (président de la CCI de Mende).

Le préfet, un député, un conseiller régional, un conseiller général, un président de CCI : quand l'Umih de Lozère (142 adhérents) tient son assemblée générale à Mende, personne ne manque le rendez-vous. Reconnaissons, il est vrai, que quelques mois seulement après la disparition tragique de Philippe Poudevigne, son président élu au printemps 2004, cette réunion avait un sens particulier. Elle était la première dirigée par Claude Bergounhe, jeune hôtelier qui a accepté d'assurer l'intérim. Elle venait, aussi, au terme d'une année professionnellement difficile, comme l'ont souligné nombre d'interventions.
Le président des restaurateurs a rappelé que "le souci majeur était, dans son secteur comme ailleurs, de faire revenir les jeunes vers nos métiers". En 2004, dans ce secteur, l'ANPE de Lozère a enregistré 454 offres d'emploi et seulement 373 demandes. Celui des cafetiers a insisté sur la nécessité de "mettre en place une convention réglant la question des terrasses à Mende". Le dossier est à l'étude depuis 4 ans par la mairie !
Pour les hôteliers, les sujets d'inquiétude ne manquent pas. Alors que 2004 a été marquée par une baisse sensible du nombre de nuitées (- 3,6 % et un taux d'occupation annuel de 30 %), l'élu a tout à la fois souligné l'impact négatif du développement des gîtes et des chambres d'hôte, insisté sur la nécessité de pouvoir s'appuyer sur une personne capable de 'vendre' la Lozère, et enfin rappelé combien il était difficile d'assurer la succession dans les entreprises. "Entre 15 et 20 hôtels sont à la vente. On est au bord du gouffre et cette situation va se traduire aussi par des fermetures saisonnières de plus en plus longues", a notamment déclaré Philippe Marolot.

Le préfet tempère le débat sur les chambres d'hôte
Et, comme pour mieux symboliser la situation de crise vécue par l'hôtellerie du département le moins peuplé de France, il a aussi rappelé un phénomène assez unique : "Aucune chaîne hôtelière n'est représentée chez nous et c'est catastrophique, car c'est la preuve qu'il n'y a pas de véritable marché."
Le représentant de la DGCCRF a souligné qu'il n'avait pas noté d'anomalies manifestes sur le plan de la restauration agricole mais tout de même constaté, grâce à internet, des cas d'hébergements non déclarés qu'il a donc signalés à ses collègues des services fiscaux. Paul Mourier, nouveau préfet, a rappelé qu'il ne fallait "pas trop dénoncer les chambres d'hôte, car elles participent à l'attractivité touristique". Il a par ailleurs promis d'intensifier les contrôles face à une économie souterraine qu'elles peuvent engendrer. Pour sa part, l'élu du département a annoncé qu'un plan d'aides adaptées aux souhaits des professionnels pour la réhabilitation de certains hôtels était actuellement à l'étude. Une mince éclaircie dans un environnement morose.

Jean Bernard zzz26v zzz74v

À Chantoiseau, Patrick Pagès arrête

À 55 ans, Patrick Pagès n'a plus rien à prouver. Chef salué par une étoile Michelin qu'il a conservée pendant 10 ans, passionné de vin au point de créer l'Association des sommeliers en Languedoc-Roussillon, sa passion devant les fourneaux a fait naître bien des vocations. Mais aujourd'hui, il a décidé de baisser le rideau. L'Hostellerie Chantoiseau, à Vialas, ne vivra pas une nouvelle saison. Déçu d'avoir cru, sans y parvenir, qu'on pouvait vivre et travailler au pays, le chef cévenol renonce…
Propos recueillis par J. B.

L'Hôtellerie Restauration : Depuis quand sentiez-vous la situation économique de votre établissement se dégrader ?
Patrick Pagès : C'est à partir de 1996 qu'on a vraiment ressenti une baisse d'activité. Les réservations étaient de plus en plus tardives, la clientèle évoluait vers des séjours plus courts. À partir de là, le chiffre d'affaires baissant, il a fallu compresser les dépenses pour faire plaisir au comptable et au banquier. C'est le début d'un cercle vicieux. On a moins de moyens pour attirer la clientèle, donc on devient moins attractif, donc le volume d'activité baisse un peu plus chaque année. Jusqu'à cette saison 2004 où nous avons perdu aussi de la clientèle en juillet et août. Par contre, les charges, elles, sont toujours là. On parle de zones franches pour les banlieues, mais dans certaines zones retirées comme la nôtre, ce ne serait pas une mauvaise solution.

Avez-vous le sentiment d'avoir tout fait pour sauver votre entreprise ?
Oui, car pour moi elle a toujours été essentielle. J'ai une histoire ici, tant de souvenirs de bonheur. Je n'ai donc jamais imaginé quitter définitivement Vialas, même lorsque les maires de Nîmes ou de Montpellier sont venus me chercher sans jamais concrétiser leurs promesses. Lorsque j'ai rejoint l'Espace Hérault à Paris, c'était aussi pour ramener de l'argent en Lozère et tenter d'assurer ainsi des emplois à l'année.
Être l'ambassadeur de la Sopexa en Europe de l'Est, servir ma cuisine sur des ferries en mer Baltique ou à bord d'un bateau de croisière dans les Antilles, tout cela n'avait qu'un sens : me donner les moyens de faire face aux charges d'une entreprise.
Mais dès le début des années 1980, j'aurais dû comprendre qu'un restaurant d'un certain niveau et les emplois qu'il créait n'intéressaient pas.
À ce moment-là, j'ai cru que des stages cuisine pouvaient prolonger la saison, mais il n'y avait personne pour m'aider à en assurer la promotion ou même imprimer un dépliant. Quand on a le sentiment d'être seul à essayer d'avancer dans une région où l'activité économique tourne au ralenti, on finit par s'arrêter un jour. Mais ce n'est pas un échec car je sais que j'ai mené un bon combat.

Que va devenir Chantoiseau ?
Nous avons mis la maison en vente. En attendant de trouver acquéreur, Christiane, mon épouse, va transformer une partie de la maison en chambres d'hôte et elle s'en occupera seule.

Et vous ?
Après un séjour de 3 mois au Gabon à l'automne dernier, je suis sur le marché du travail. J'étudie vos annonces, j'envoie des CV et je me rends compte que les employeurs ne répondent pas tous. Pourtant, je suis prêt à étudier toutes les propositions et pourquoi pas à nouveau à partir à l'étranger pour défendre l'idée d'une certaine cuisine française. Car cette passion-là ne m'a pas quitté !
Franchement, avec le vin, la cuisine et même le marketing, j'ai quelques cordes à mon arc. Si j'ai la chance de trouver quelqu'un avec un bon projet, je pourrai en faire la preuve.

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L'Hôtellerie Restauration n° 2918 Hebdo 31 mars 2005 Copyright © - REPRODUCTION INTERDITE