Vidéosurveillance : cas d'un salarié filmé à son insu en train de voler et boire de l'alcool
Je me suis aperçu que mon stock de vin que j'utilise dans mes
préparations de cuisine diminuait anormalement vite, j'en ai déduit qu'un ou
plusieurs de mes salariés se servaient dans le stock. Voulant avoir une
preuve, j'ai installé une caméra dans le local de stockage et lorsqu'un
salarié entrait dans le local je mettais en route l'écran de contrôle ; j'ai
ainsi pu constater qu'un cuisinier "s'enfilait" une bouteille cul-sec
plusieurs fois par semaine. Quelles sont les solutions possibles, car il me
semble que je ne suis pas autorisé à installer une caméra sans les avertir,
donc je n'ai pas de réelle preuve pour le licencier. Que faire ?
Votre situation est délicate et votre employé commet ici deux fautes, que
vous pouvez sanctionner à condition de les prouver : le vol de marchandise,
l'état d'ébriété sur le lieu de travail et pendant le service.
Voici quelques pistes de réponse :
1) Pour la preuve du vol :
- Sachez tout d'abord qu'aucune information concernant
personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif
qui n'a pas été porté préalablement à sa connaissance (Article
L1222-4 du nouveau code du travail). Donc, l'enregistrement vidéo de
votre employé «s'enfilant une bouteille» ne peut pas
constituer un moyen de preuve utile (sans compter que vous êtes dans
l'illégalité à l'égard de la CNIL puisque vous n'avez pas informé
vos salariés de ce moyen de surveillance –
voir à ce sujet la fiche n°8 d'un guide pratique de la CNIL
publié en 2008 pour aider les employeurs à mettre en place des
dispositifs conformes à la loi «Informatique et libertés» (loi 78-17
du 6 janvier 1978, JO du 7).
- Vous pourriez le prendre en flagrant délit maintenant que vous
savez comment il fonctionne. C'est jouable, mais c'est discutable
sur le plan moral voire même risqué sur le plan légal, puisque vous
avez ‘espionné' ce salarié de manière tout à fait illégale. Si vous
optez pour cette tactique, il faut alors suivre la procédure
disciplinaire. L'idée de demander un écrit
reconnaissant les faits me parait bonne.
- Difficile et peu utile d'organiser une fouille collective des
vestiaires même en respectant les formes légales, vu que le salarié
boit et termine la bouteille.
- Vous pourriez faire une réunion collective en informant que vous
avez constaté le vol de bouteille de vin et que vous demander au
coupable de se dénoncer en venant vous voir dans votre bureau. A
vous d'apprécier l'utilité de cette mesure et ses chances d'aboutir.
2) Pour la preuve de l'état d'ébriété :
- Même réponse que pour le vol concernant la vidéosurveillance
(impossible de vous en servir comme preuve).
- Vous pourriez lui faire passer un alcotest, à condition que le
règlement intérieur prévoit cette possibilité et en organise les
modalités.
- Vous pouvez faire une réunion collective en insistant sur le
fait vous ne tolérerez pas de la part de vos collaborateurs le fait
de boire de l'alcool durant les heures de travail, et les informer
que vous serez particulièrement vigilants à cela dans les prochains
mois. Ainsi prévenus, vous pouvez contrôler plus particulièrement le
comportement et le travail de vos salariés dont celui qui pose
problème.
- Si vous avez des plaintes de clients ou de salariés concernant
l'état d'ébriété de ce salarié, vous pouvez le convoquer à un
entretien pour avoir des éclaircissements de sa part, puis suivre la
procédure disciplinaire (voir le paragraphe du
blog : "Alcool au
travail : comment s'y prendre").
NB : ne pas oublier le principe énoncé par l'article L1121-1 du nouveau code
du travail : «Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés
individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par
la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché.»
Dernière mise à jour : janvier 2009.