L'accident de travail
Ce chapitre répond aux questions
suivantes :
C'est un fait accidentel portant
atteinte à l'organisme et qui survient pendant le temps et sur le lieu de travail,
c'est-à-dire alors que le salarié est sous l'autorité de l'employeur.
Exemple : un salarié qui tombe dans l'escalier, qui se brûle en cuisine.
Quelles sont les obligations du
salarié et de l'employeur ?
En principe, le salarié doit avertir son
employeur de la survenance de l'accident de travail dans les 24 heures, sauf cas
de force majeure, motif légitime ou impossibilité absolue. Il peut le faire oralement au
moment et au lieu de sa survenance. À défaut, il doit le faire par lettre recommandée
avec accusé de réception. Toutefois le dépassement du délai de 24 heures n'est
pas sanctionné.
Quant à l'employeur, il dispose de 48 heures pour déclarer
l'accident du travail à la caisse primaire d'assurance maladie dont le salarié
dépend. En cas de déclaration hors délai, la caisse peut réclamer à l'employeur
le remboursement des prestations versées au salarié.
| Texte de référence : art. L. 441-1, R.441-2, R.441-3, L.
471-1 du code de sécurité sociale, et art. 29-2 de la CCN des CHR du 30 avril 1997. |
Quels sont les effets
de l'accident de travail sur le contrat de travail ?
L'accident du travail suspend le contrat
de travail, ce qui veut dire notamment que l'employeur n'a pas à lui verser de
salaire.
Par contre, si le salarié a 3 ans d'ancienneté dans l'entreprise,
l'employeur doit l'indemniser sans délais de carence, c'est-à-dire à partir
du lendemain du jour où est survenu l'accident.
En outre, le salarié victime d'un accident du travail bénéficie d'un
statut protecteur. Par exemple, l'employeur a interdiction de licencier un salarié
pendant un arrêt de travail consécutif à un accident du travail, sauf faute grave, ou
impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident. Le
licenciement prononcé en méconnaissance de cette interdiction est nul, c'est-à-dire
qu'il est considéré comme n'ayant jamais été prononcé.
| Texte de référence : art. L. 122-32-2 du code du travail. |
Par qui le salarié victime
d'un accident de travail est-il indemnisé ?
Le salarié perçoit des indemnités
journalières de Sécurité sociale sans délai de carence, c'est-à-dire à partir du
lendemain de l'arrêt de travail consécutif à l'accident.
Si le salarié a moins de 3 ans d'ancienneté, il n'est pas indemnisé
par son employeur.
Par contre, s'il a plus de 3 ans d'ancienneté, son employeur doit lui
verser, sans délai de carence, c'est-à-dire à partir du lendemain de l'arrêt de
travail consécutif à l'accident, un complément de salaire pour compléter les
indemnités journalières versée par la Sécurité sociale.
| Texte de référence : art. du code de la sécurité sociale. |
Comment l'employeur doit-il
indemniser le salarié victime d'un accident de travail ?
Lorsque le salarié absent suite à un
accident de travail a 1 an d'ancienneté, l'employeur doit lui verser, à
partir du 1er jour d'absence, c'est-à-dire le lendemain du
jour de l'accident, des indemnités compensatrices de perte de salaire pour
compléter les indemnités journalières qu'il reçoit de la Sécurité sociale.
Le montant de ce complément de salaire est un pourcentage du salaire brut que le
salarié aurait perçu s'il avait continué à travailler.
Le montant et la durée de cette indemnisation vont dépendre à la fois de
l'ancienneté du salarié et la durée de son absence.
Le tableau ci-dessous résume les montants maximum auxquels a droit sur un an un
salarié absent pour maladie.
Ancienneté
du salarié |
Montant et durée de l'indemnisation
due à partir du 11e jour d'absence |
| |
90% du salaire brut |
66,66 % du salaire brut |
| de 1 à 8 ans |
30 jours |
30 jours |
| de 8 à 13 ans |
40 jours |
40 jours |
| de 13 à 18 ans |
50 jours |
50 jours |
| de 18 à 23 ans |
60 jours |
60 jours |
| de 23 à 28 ans |
70 jours |
70 jours |
| de 28 à 33 ans |
80 jours |
80 jours |
| de 33 ans et plus |
90 jours |
90 jours |
Ces indemnités sont soumises à cotisations
sociales ainsi qu'à la CSG et à la CRDS.
| Attention ! Cette
indemnisation s'entend déduction faite des indemnités que le salarié perçoit de
la Sécurité sociale et, éventuellement, d'un régime complémentaire de
prévoyance.Texte de référence : art. 29 de la CCN des CHR du 30 avril. |
Le salarié doit-il passer une
visite médicale de reprise ?
En cas d'absence consécutive à un
accident du travail de 8 jours minimum, le salarié doit passer une visite médicale
dite "visite médicale de reprise" devant la médecine du travail.
Cette visite médicale doit avoir lieu à son retour dans l'entreprise, et au
plus tard dans les 8 jours de la reprise.
Cette visite médicale a pour but de vérifier que le salarié est toujours apte à
travailler à son poste.
| Texte de référence : art. R.241-51 du code du travail. |
Cumule-t-on de l'ancienneté
pendant un arrêt de travail consécutif à un accident du travail ?
Contrairement au cas de l'arrêt
maladie, le temps d'absence consécutif à un accident de travail est pris en compte
pour la détermination de tous les avantages liés à l'ancienneté du salarié dans
l'entreprise, comme par exemple une prime d'ancienneté ou une indemnité de
licenciement.
| Texte de référence : art. L. 122-32-1 du code du travail. |
Un accident de travail au cours
du préavis interrompt-il le préavis ?
Oui ! Quand un salarié est victime d'un
accident du travail au cours de son préavis, celui-ci est suspendu pendant la durée de
l'arrêt de travail provoqué par l'accident.
| Texte de référence : Cass. soc. 18 juillet 1996. |
Bagarre entre salariés dans
l'entreprise, accident de travail ?
Un salarié blessé suite à une bagarre dans l'entreprise peut
être considéré en accident de travail. En effet, l'accident de travail est un fait
accidentel, qui, quelle qu'en soit la cause, provoque une lésion de l'organisme
et qui survient pendant le temps et sur le lieu de travail, c'est-à-dire alors que le
salarié est sous l'autorité de l'employeur (art. L. 411-1 du code de la
sécurité sociale). Donc à partir du moment où la bagarre a eu lieu pendant et sur le
lieu de travail, le lien avec le travail est fait.
Par contre, la question est de savoir si le fait que deux salariés se
bagarrent entre eux est un fait accidentel.
Oui, selon un arrêt du 23 mai 1996, la Cour de Cassation a jugé qu'un
salarié blessé lors d'une rixe survenue dans l'entreprise pouvait être pris en
charge au titre de l'accident de travail, et ce même si c'est lui qui en a pris
l'initiative.
Dans une affaire plus récente, la Cour d'Appel de Rouen, a même jugé
que le salarié blessé lors d'une violente altercation avec son employeur pendant son
temps et sur son lieu de travail, pouvait être reconnu en accident de travail (CA Rouen
10 avril 2001).