La dégustation, une
école de modestie
La
dégustation est un art, et comme tous les arts, elle nécessite une éducation des plus
étendues et un état d'esprit. Un pianiste qui désire ne jouer que du Debussy est
obligé d'apprendre pourtant toute la musique, et un peintre qui se spécialise dans le
portrait doit pratiquer tout le dessin et toute la technique picturale.
De la même façon, le dégustateur de vin n'accédera à la "grande forme"
que par une large ouverture sur l'univers sensoriel et une capacité d'appréciation
gustative qui débordent largement le vin. Mais les deux sens avec lesquels il travaille,
le goût et l'odorat, subissent une telle régression par notre mode de vie actuel, qu'ils
ont besoin d'une longue "réanimation" pour fonctionner à plein rendement de
leur capacité.(SOURCE
: UNE INITIATION À LA DÉGUSTATION DES GRANDS VINS, MAX LEGLISE, DIVO EDITEUR) |
"La dégustation est à la fois une science et un
art." La science constitue un ensemble de connaissances humaines acquises par la
découverte des lois objectives de phénomènes et leur explication. L'art est
l'expression d'un idéal dans les uvres humaines.
Le vin, "uvre humaine", bu avec modération est, comme nous
l'a dit Pasteur, "la plus saine et la plus hygiénique des boissons".
Elle peut également être source de plaisir et de convivialité pour qui sait
l'apprécier à sa juste valeur. L'homme qui s'enivre ne peut pas être un amoureux du vin
(avec un grand A). D'ailleurs, on ne peut que se réjouir de voir l'évolution de la
consommation de vin en France : le Français boit moins, mais il boit mieux. Cela veut-il
dire qu'il y a plus de connaisseurs ? Incontestablement ! Nous verrons par la suite
comment devenir sinon un expert, du moins un dégustateur averti, capable de discuter des
mérites d'un vin avec un client ou un ami. Mais pour ce faire, la première qualité à
posséder s'appelle modestie. Combien de personnes prétendent être en mesure
d'identifier un vin à coup sûr ! Il s'agit rarement de spécialistes, car eux, savent
qu'en matière d'identification, il est possible de se tromper lourdement. Ils savent
qu'i1 n'est pas évident avec les yeux bandés de déceler, un vin blanc parmi des vins
rouges. Ils savent qu'entre un vieux Pomerol et certains vins de Bourgogne, la différence
n'est pas toujours évidente. Ils savent que, servi à deux températures différentes, un
même vin peut présenter des caractères organoleptiques fort différents.
Toutefois, cela ne signifie pas qu'il est impossible d'identifier un vin, bien au
contraire : certains sont bien typés et relativement faciles à situer. Les vins de
monocépage, par exemple, sont généralement plus faciles à identifier que ceux
provenant de plusieurs cépages.
Par ailleurs, dans une région donnée, un viticulteur ou un nologue pourra non
seulement donner l'appellation d'un vin dégusté à l'aveugle, mais il dira s'il provient
du bas ou du haut du coteau. Ainsi, ce qui est réalisable pour un secteur bien précis,
ne l'est pas forcément pour l'ensemble du vignoble français. Pourtant, lors de concours
tels que "Meilleur Sommelier de France", "Trophée Ruinart du meilleur
jeune Sommelier de France", "Meilleur sommelier d'Europe", "Concours
du meilleur sommelier du monde"etc, certains candidats obtiennent d'excellents
résultats lors de l'identification. Il faut savoir que, pour eux, l'entraînement est
journalier. Ils se trouvent dans la situation des athlètes de haut niveau ; en aucun cas
l'entraînement ne peut être relâché sous peine de compromettre leurs chances pour la
finale.
Certaines personnes essayent de "piéger" un ami ou un collègue, en
mettant, par exemple, un vin d'une autre provenance dans une bouteille de type Bordeaux ou
Bourgogne. Cette façon de faire est détestable. En revanche, quel plaisir
d'essayer d'identifier un vin avec un groupe où chacun connaît les difficultés, et où
l'objectif n'est pas de voir les gens se "planter", pour reprendre une
expression à la mode...
EXEMPLE DE COMMENTAIRE DE DÉGUSTATION
PAR PHILIPPE FAURE-BRAC, MEILLEUR SOMMELIER DU MONDE
Détour en terre catalane / pour ce vin des Côtes du
Roussillon qui est situé, bien sûr, dans les Pyrénées-Orientales.
Cette cuvée à base de Syrah, bien que disponible dans un millésime jeune, se
révèle déjà d'une gourmandise assez exceptionnelle.
Sa couleur est chatoyante, d'un rouge rubis pourpre profond, typique du cépage
Syrah.
Sa robe est brillante, limpide et présente une belle capillarité.
Le nez est en même temps fin, intense et assez puissant.
On y trouve des notes de fruits noirs le cassis, la mûre, la myrtille et des
notes d'épices un peu confites.
En bouche, ce vin est franc et parfumé. Le corps offre une belle générosité, la
dominante aromatique s'exprime sur des notes de fruits et une pointe légèrement
torréfiée.
La finale est assez dense : les tanins sont bien présents mais fins.
C'est un vin que l'on peut boire maintenant, sur son fruit, en prenant soin de le
servir à 16 °C.
Mais, il pourra attendre aisément 3 à 5 ans dans une bonne cave. Il sera alors dans
un état de maturité lui permettant d'être apprécié plutôt à 18 °C.
A faire découvrir à vos amis / amateurs comme vous d'originalité / tout en
dégustant des plats pleins de saveur : des terrines, des petits gibiers à plumes, des
spécialités méditerranéennes à base d'anchois.
Vous avez sûrement envie de savoir de quel vin il s'agit : c'est le domaine Laporte
1998 à Perpignan. |
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