Surveillance et contrôle de
la fermentation alcoolique


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Fermentation normale.

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Fermentation anormale.

Comme nous l'avons déjà vu, du raisin qui fermente dans un récipient (cuve, fût, bocal) permet d'observer les phénomènes suivants :

- un bouillonnement (d'ailleurs fermentation vient du mot latin "fervere" qui signifie bouillir) ;

- la formation d'un "chapeau" ;

- une augmentation de la température;

- une diminution de la densité ;

- une modification de la saveur du moût.

Pour chaque cuve en fermentation une fiche est établie souvent sous forme de graphique. Pour suivre l'évolution de la fermentation, on y consigne la densité et la température. Si cette dernière devient critique, il faut intervenir rapidement.

Jadis, les fermentations s'effectuaient sur de petits volumes. Les températures étaient souvent maîtrisées par des moyens empiriques (ouverture des portes du local durant la nuit, utilisation de drapeaux (1), etc.). L'apparition de cuves de grande capacité a longtemps posé problème aux vinificateurs.

(1) Drapeau : circulation d'eau dans des tuyaux introduits dans la cuve. Ce système, encore en usage, offre l'avantage de pouvoir être utilisé pour refroidir une cuve, mais également pour la chauffer dans le cas d'une température trop basse.

Actuellement des installations très fiables, avec des cuves autorégulées, donnent d'excellents résultats.

Température trop basse

Lorsque la température est trop basse (10/11 °C ), le départ de la fermentation est difficile, voire impossible. Celui-ci doit être provoqué pour éviter une altération du moût : soit en réchauffant la cuve ou le local, soit en utilisant un "pied de cuve" (petite quantité de raisins ou de moût mis en fermentation préalable) ajouté pour ensemencer en levures l'ensemble de la cuve (même principe que le levain utilisé pour la fabrication du pain ou de pâtes levées).

Température trop élevée

Lorsque la température est trop élevée (35 °C environ), les levures cessent leur activité, mais ne sont pas détruites pour autant. Si tout le sucre n'a pas été transformé, il reste des sucres résiduels, la fermentation risque de reprendre dès que les conditions redeviendront favorables. Ceci peut se produire alors que le vin est déjà en bouteille : la production de CO2 (plus ou moins importante) est préjudiciable à la présentation et à la qualité du vin, surtout s'il s'agit d'un vin rouge. En effet, si le consommateur français accepte un vin blanc légèrement perlant, il n'apprécie pas la moindre présence de CO2 dans un vin rouge. En revanche, en Italie, il n'est pas rare de rencontrer des vins rouges qui contiennent du CO2.

INFORMATIQUE ET MAÎTRISE DES TEMPÉRATURES

Les installations modernes, de plus en plus informatisées, permettent une excellente maîtrise des températures. Une programmation à 30/33 °C en fin de fermentation permet d'obtenir un maximum de tanin et de couleur pour les vins rouges. Alors qu'avec des températures plus basses, la fixation des arômes est favorisée.

Jadis dans certaines régions, on utilisait pour préparer un "pied de cuve" un procédé peu hygiénique mais efficace. La veille des vendanges on allait cueillir une petite quantité de raisins. Ces derniers étaient mis dans un bac, légèrement foulés, puis portés à l'étable, seul endroit de l'exploitation où régnait la température idéale pour lancer une fermentation.
Lors du retour de stage en vinification des élèves de la Mention Complémentaire Sommellerie, l'auteur a été très surpris par les confidences d'une jeune fille qui avait effectué son stage dans une cave importante de la région.
Chacun à tour de rôle parlait des travaux effectués et les commentait. Arrivé à la demoiselle en question, elle commença de la façon suivante :"Avant toute chose, je dois vous faire une confidence : durant mon stage, pendant deux nuits j'ai découché". Grand silence... Réponse gênée du professeur auquel on n'a pas l'habitude de faire ce genre de confidence : "Mademoiselle, vous êtes majeure". Nouveau silence, jusqu'au moment où arriva enfin l'explication. "On m'avait confié la responsabilité de plusieurs cuves. Pour éviter tout problème, je suis allée chercher mes couvertures et mon réveil et je me suis installée au pied des cuves, plusieurs fois dans la nuit, je me suis réveillée pour contrôler les températures des cuves en fermentation." Ouf !

Le choix des températures est laissé à l'appréciation du vinificateur en fonction du produit qu'il souhaite obtenir. Mais il faut retenir que les températures sont plus élevées pour la vinification en rouge que pour la vinification en blanc. On admet généralement comme températures idéales 28 à 30 °C pour les vins rouges, 20 °C environ pour les blancs.

PHOTO : BRUNET

Cuve en inox

RÉSUMÉ DE L'ACTION DE LA TEMPÉRATURE
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PHOTO : BRUNET

Cuve auto-régulée.

 

LA VINIFICATION PAR CHAUFFAGE DE LA VENDANGE
POURQUOI CHAUFFER LA VENDANGE ?

Simplement parce que l'élévation de température est, de loin, le principal facteur favorisant la dissolution dans le jus des constituants des parties solides de la vendange, en particulier le passage en solution des colorants contenus dans les pellicules mais aussi des composés azotés, des matières pectiques, etc. et dans une moindre mesure (que les colorants) des tanins. On obtient ainsi un moût très fortement coloré.

Ensuite, ce jus fermente seul, sans les parties solides. En général, la meilleure température de chauffage est 70-75 °C. Le chauffage proprement dit est suivi d'une macération à chaud (c'est-à-dire d'un contact entre les parties solides et le jus) dont la durée optimale est d'une demi-heure à cette température. Ensuite, on refroidit et on presse la vendange ; on recueille le jus qu'on soumet à la fermentation. Il y a donc séparation entre la macération et la fermentation alcoolique.

Ce procédé provoque la destruction de la flore naturelle du raisin (levures), empêche des réactions enzymatiques utiles. Indiscutablement le chauffage engendre une évolution vers des techniques qui diminuent la valeur nutritionnelle du vin. Tous les défenseurs du vin et les consommateurs doivent donc veiller à ce danger et freiner cette évolution vers "l'industrialisation" de la vinification. Celle-ci serait dangereuse non seulement pour la qualité du vin, mais aussi pour l'avenir de la viticulture.

La vinification par chauffage de la vendange est utile dans le cas de vendanges altérées par suite du mauvais temps au moment de la récolte. En effet, le champignon de la pourriture produit une enzyme, la laccase. Cette enzyme est très dangereuse ; elle détruit très rapidement la couleur du raisin et du vin. Dans le vin, cette destruction est appelée casse oxydasique. Or, la chaleur détruit cette laccase ; mais pour cela il est indispensable, pratiquement, de chauffer la vendange au delà de 70 °C. Il faut en outre que cette température soit atteinte très rapidement (en quelques secondes) et de façon très homogène par toutes les parties de la vendange soumise au chauffage. Elle doit être maintenue pendant au moins une demi-heure.

On utilise aussi le chauffage de la vendange pour la production de vins doux naturels de type de Grenache ; on obtient par ce procédé, des produits originaux assez intéressants.

L'intérêt principal du chauffage de la vendange et de la macération à chaud est l'obtention d'un jus très coloré. Malheureusement, une partie importante de ce gain de couleur disparaît ensuite pendant la fermentation alcoolique (globalement la perte de couleur est de l'ordre de 30 %) et durant la conservation. Toutefois après quelques mois, il subsiste dans les vins issus du chauffage de la vendange une couleur plus forte que celle des vins obtenus par la vinification courante. C'est le but recherché. Les principales recherches sur la vinification par chauffage de la vendange sont réalisées par l'Institut National de la Recherche Agronomique (Ministère de l'agriculture) au Domaine Expérimental INRA de Pech Rouge, près de Narbonne, par les chercheurs des Stations de Narbonne, Avignon, Montpellier et Toulouse.

Il y a un inconvénient : ce procédé de vinification est brutal ; il ne respecte pas la nature ; au contraire, il détruit la flore microbienne, l'ensemble du potentiel enzymatique de la vendange, etc. Il est, de ce point de vue, très différent de la vinification par macération carbonique qui, elle, cherche à utiliser au mieux la nature et les phénomènes naturels.

Il est toutefois souhaitable que les caves de vinification s'équipent d'un système de chauffage de la vendange. Cet équipement sera surtout utile pour préserver la récolte lorsque celle-ci s'avèrera insuffisante. Il ne doit viser qu'à traiter une partie de la récolte et en aucune façon la totalité de celle-ci.

Michel Bourzeix, Maitre de recherches à l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA).



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