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La fixation des prix en hôtellerie
Quand on lit la littérature consacrée à la fixation des prix en général ou dans l'hôtellerie en particulier, on y trouve un certain nombre de méthodes, les unes proposées par les financiers, les autres par les spécialistes du marketing ou du Revenue Management sans qu'on sache toujours de quel prix on parle, le prix affiché, le prix moyen ou le prix accordé à un client donné un jour donné ? Il m'a paru utile, pour commencer, de regrouper dans un seul schéma les différentes méthodes connues (et retenues pour leur caractère opérationnel en hôtellerie) et de montrer comment elles s'articulent entre elles :
Situations de fixation des prix en hôtellerie et méthodes d'aide à la décision
Cliquez ici pour voir l'article "'Revenue Management' en hôtellerie, un succès sous conditions" La règle du millième : un moyen simple de fixer l'objectif de prix moyen annuelLa plupart des acteurs et observateurs de l'industrie hôtelière connaissent la règle du 1/1000ème selon laquelle le prix de vente de la chambre doit être égal au 1/1000ème de son coût d'achat ou de construction. Aux Etats-Unis, cette règle empirique est également très utilisée pour évaluer un hôtel en vue d'une transaction : on estimait jusqu'à une étude récente la valeur d'un hôtel à 1000 fois sa recette moyenne. Depuis quelques années, il semblait que cette règle soit tombée en désuétude en France et il régnait par ailleurs une certaine confusion sur le prix à retenir (prix affiché, prix moyen ou REVPAR ?) et sur le montant de l'investissement (investissement initial ou valeur actuelle ?). Les résultats d'une étude américaineUne étude américaine récemment publiée apporte des précisions utiles sur les conditions d'utilisation de cette règle et sur son actualité. L'étude a été réalisée sur un échantillon de 1000 hôtels en observant la relation entre la valeur de l'hôtel lors d'un changement de propriétaire et la recette moyenne de l'hôtel au cours des douze mois précédant la transaction.
(2) ADR Rule of Thumb, Validity and suggestions for its application, John W. O'NEILL, Cornell Hotel and Restaurant Administration Quarterly, Août 2003, page 14 Principales conclusions
La valeur de 800$ pour 1$ de recette cache, comme on le voit, des différences selon les catégories d'hôtels. Cependant, la règle du 1/800ème, du fait de sa simplicité de mise en uvre, peut fournir aux hôteliers une première estimation de la valeur de leur affaire qui sera ensuite complétée par des études plus approfondies comme la capitalisation des bénéfices futurs par exemple. L'actualité de la règle du 1/1000ème en France ?Alain Delaunay (PKF Hotelexperts) déclarait lors d'un débat sur le thème "Immobilier et développement hôtelier"(3) qu'une grande partie des transactions hôtelières effectuées en France en 2002-2003 a été réalisée sur la base de 8 à 10 fois le résultat brut d'exploitation (RBE), à quelques exceptions près dans l'hôtellerie de luxe, segment sur lequel les multiples sont souvent légèrement supérieurs. Ces points de repère statistiques permettent de vérifier l'état de la règle du millième dans le contexte français en utilisant les taux moyens de RBE observés dans les différentes catégories d'hôtels. (3) L'Hôtellerie Restauration, n° 2867, 8 avril 2004
Cette extrapolation de l'évaluation par le RBE montre que les transactions réalisées en 2002-2003 l'ont été sur des valeurs proches de 1000 fois la recette moyenne, ce qui rend à cette règle une certaine actualité. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une règle dérivée de l'évaluation par capitalisation des bénéfices qui demeure la méthode d'évaluation de référence Le Revenue Management (Gestion optimale de la capacité)Depuis plus de 10 ans maintenant, on parle de Yield Management en hôtellerie. Toutes les publications utilisent aujourd'hui le terme Revenue Management (RM dans la suite du texte) mais il s'agit bien de la même technique. En français, je pense que l'expression qui traduit le mieux le fonctionnement de cet outil, c'est "gestion optimale de la capacité" ou "tarification en temps réel". Mis au point à l'origine par les compagnies aériennes américaines suite à la concurrence créée par la première génération de "low cost", le RM s'est étendu aux différents modes de transports (train, ferry, véhicules de location) ainsi qu'à l'hôtellerie. Ces activités ont en effet certaines caractéristiques communes :
On le voit, les risques de ne pas gérer de façon optimale la capacité d'un hôtel sont de trois ordres et ont été identifiés :
Deux autres caractéristiques des activités de transport et d'hôtellerie (liste non limitative : cinémas, stades ) expliquent l'apparition et le succès du RM :
D'un strict point de vue financier, toute demande à plus de 10 la chambre contribue à la couverture des charges fixes et améliore le résultat. Il résulte de ces caractéristiques que ces activités disposent d'une latitude importante dans la fixation de leurs tarifs et peuvent répondre à la demande de segments de clientèle ayant une sensibilité différente aux prix à condition d'assurer l'étanchéité des segments par des barrières tarifaires (fences en anglais) efficaces. Amplitude des tarifs possibles (et rentables) pour une prestation
donnée
Connaissant désormais les risques d'une gestion non optimale de la capacité, on comprendra plus aisément que le RM est apparu lorsqu'on a découvert tout le bénéfice que l'on pouvait tirer d'une prévision précise de la demande par segment pour une date donnée.
Si pour chaque journée on peut disposer d'une prévision fiable de la demande des différents segments de clientèle, on évite la plupart des risques et notamment celui de vendre la capacité trop tôt aux clients bénéficiant de tarifs spéciaux. Voilà pourquoi le fondement du RM consiste à réaliser une base de données historique de la fréquentation de l'hôtel à partir de laquelle seront réalisées les prévisions de fréquentation. Cette base de données peut être obtenue de plusieurs façons :
Les composantes d'un système complet de RM sont représentées dans le schéma suivant :
Nous vous proposons maintenant d'illustrer le fonctionnement du RM et les outils principaux que sont le modèle de journée, la "booking curve" et le "bid price" à partir d'un exemple. Nous allons pendant quelques instants occuper le poste de Revenue Manager d'un hôtel 4* de 300 chambres situé en région parisienne. La date à optimiser est le 28 juin n. Première partie : Nous sommes le 8 juin Toutes les données fournies par le logiciel de RM le 8 juin pour la date du 28 juin sont regroupées ci-dessous :
Comme on le voit, le RM va disposer de deux types d'informations pour optimiser la gestion de la capacité disponible le 28 juin :
Les deux outils sont liés : en effet, le modèle de journée n'est pas figé, il évolue en fonction de la montée en charge des réservations matérialisée par les "booking curve". Pour le 28 juin, on constate que le segment A1 est en retard et que les segments T1 et T2 sont en avance. La demande faiblit pour le segment A1 qui est peu sensible aux prix, ce qui rend inefficace toute communication sur les prix susceptible de relancer la demande de ce segment. On peut en revanche communiquer sur les prix auprès des segments T pour espérer compenser par le volume la baisse de fréquentation de la classe A. Lorsque l'écart se creuse entre la "booking curve" historique et les réservations réelles, le modèle de journée est ajusté :
Exemple de calcul pour A1
Deuxième partie : Nous sommes le 15 juin Voici la situation au 15 juin :
Nous allons illustrer à partir de cet exemple un autre type de calcul caractéristique du RM qui permet de déterminer un prix plancher pour répondre à une demande de réservation. Ce prix plancher est calculé en tenant compte du fait qu'en acceptant cette demande, nous allons devoir refuser des clients prêts à payer plus cher. Voici la situation que le RM doit traiter : Le service commercial vous informe qu'un voyagiste bénéficiant habituellement du tarif T2 a besoin de 50 chambres et qu'il est prêt à les payer plus cher que le tarif habituel. Compte tenu des bonnes relations commerciales existant avec ce client, vous allez étudier le meilleur tarif possible. Afin de communiquer aux commerciaux les données nécessaires pour établir le devis, déterminez le prix plancher de cette demande de réservation.
Tout tarif supérieur à 132 permettra de réaliser un CA supérieur à celui qui serait réalisé si on attendait la réalisation du modèle de journée. Nous ne prenons en compte aucune considération commerciale comme le fait qu'accepter cette réservation obligera à refuser des chambres à des clients du segment "affaires". La recommandation du RM est strictement financière et le responsable n'est pas obligé de la suivre s'il prend en compte d'autres considérations pour décider d'accepter ou de refuser cette réservation. Troisième partie : Nous sommes le 20 juin Voici la situation au 20 juin :
Cette situation permet de montrer comment le RM fournit des indications sur les tarifs disponibles aux agents de réservation. Explication du statut des tarifs
Supposons que l'on prenne trois nouvelles réservations au tarif T1. La nouvelle situation est alors la suivante :
Cliquez ici pour voir le diaporama d'auto-formation sur les prix et le Revenue Management
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