La fixation des prix en
restauration
La conception de la carte (plats proposés, prix, présentation) est
une des composantes essentielles de l'offre en restauration avec les autres aspects du
concept (décor, ambiance
) et la qualité du contact avec le client (accueil,
service
).
Dans ce sujet, l'objectif est de présenter les techniques de
fixation des prix de la carte. Pour faire simple, on peut dire que la décision en
matière de prix consiste à concilier les contraintes imposées par le marché (prix
pratiqués par les concurrents) et la nécessité de proposer une offre rentable.

Bien sûr, on essaie toujours de s'extraire de la concurrence par les
prix en créant une image qui permettra de se positionner au-dessus des concurrents et/ou
en se différenciant de manière à rendre la comparaison difficile avec l'offre des
concurrents. Cependant, le client garde toujours une image prix de son expérience.
La
méthode des coefficients multiplicateurs et les principes d'OMNÈS (des coûts aux prix)
Souvent présentées séparément, ces deux méthodes sont en fait
complémentaires. La méthode des coefficients multiplicateurs fixe les prix à partir du
seul coût de production d'un plat précisément connu, le coût matière, et certains
principes d'OMNÈS permettent de vérifier que le résultat obtenu donnera une image prix
cohérente.
La méthode des coefficients multiplicateurs
La méthode dite du "coefficient multiplicateur" consiste à
appliquer au coût matière d'un plat évalué à partir de sa fiche technique un
coefficient multiplicateur permettant d'obtenir le prix de vente.
| Fiche technique |
 |
Coût
matière prévisionnel |
Prix |
|
|
x |
|
 |
Coefficient
multiplicateur |
Pourquoi fixer le prix à partir du coût matière et
non pas du coût complet (Coût matière + Personnel + Autres coûts) ?
La réponse à cette question est simple : parce que le
restaurateur peut toujours connaître le coût matière prévisionnel d'un plat en
réalisant une fiche technique alors que le coût complet d'un plat est impossible à
déterminer. Il est en effet impossible de répartir de façon pertinente la plupart des
charges fixes entre les différents plats : quelle est la part de loyer
" consommée " par l'entrecôte marchand de vin ou le carré de
porc ? Aucune méthode de gestion ne permet de répondre de façon satisfaisante à
cette question.
D'autre part, le coût matière représente entre 25% et 35% de la
valeur du plat (ratio matière).
C'est pourquoi, avec pragmatisme, on va partir de données connues et
fiables : le coût matière. Reste à déterminer le coefficient multiplicateur à
appliquer.
La modulation des coefficients
multiplicateurs
Pour
des raisons de production, il est normal de moduler les coefficients multiplicateurs en
fonction des prestations proposées.
La marge brute permet en effet de couvrir un ensemble de charges relativement fixes :
le client qui entre dans un restaurant trouve une place assise, un local accueillant, une
certaine décoration, c'est-à-dire un ensemble d'éléments dont le coût est
relativement fixe. Il en résulte que le poids relatif de ce coût est d'autant plus
faible par rapport au coût matières d'une prestation que ce coût matières est élevé.
Il apparaît logique, par conséquent, d'appliquer la règle suivante :
Démonstration
chiffrée
Supposons qu'un restaurant à thème
supporte 100 000 de coûts fixes par mois et qu'il serve 20 000
prestations (plats) par mois en moyenne. Dans cet exemple, il n'y a pas d'autres coûts
variables que le coût matière. Il en résulte que le prix de vente de chaque plat doit
permettre de couvrir une quotte-part des coûts fixes, soit 100 000 / 20 000 = 5 .
Le coût matière de la crème caramel est de 1 ,
donc son prix devrait être de 6, soit un coefficient de 6.
Le coût matière du rouget grillé est de 3 , donc
son prix de vente devrait être de 8 , soit un coefficient de 2,67 |
La marge brute permet par ailleurs de couvrir un ensemble
de charges de production et de distribution variables selon le type de
prestation :
il apparaît de ce fait logique d'utiliser un coefficient multiplicateur différent selon
la charge de travail. La deuxième règle est alors la suivante :
Cette logique des coûts de production ne
rencontre pas toujours la logique marketing car, si le plat est plus cher, il faut que la
différence de " valeur " soit perçue par le client, ce qui n'est pas
nécessairement lié à la quantité de travail nécessaire pour le fabriquer.
Quelle que soit la raison de la modulation des coefficients
multiplicateurs :
La modulation doit donc déboucher sur un
multiplicateur moyen, a posteriori, qui réponde à cet objectif. La réalisation
régulière de " situations de gestion " sous forme par exemple de
comptes de résultat mensuels permet de vérifier ce second impératif. En effet, le
coefficient multiplicateur moyen réellement observé ne dépendra pas seulement des
coûts matières prévisionnels mais aussi de la structure des ventes.
C'est pourquoi j'insiste sur la nécessité de contrôler
très rapidement le ratio matière après la création ou en cas de changement de carte
important. En effet, le ratio matière est difficile à prévoir car la répartition
future des ventes est difficile à prévoir.
Démonstration
chiffrée
Un restaurant a fixé les prix de la carte
à partir du coût matière de chaque plat en appliquant des coefficients multiplicateurs
de façon à respecter les règles 1 et 2 et à respecter les principes d'OMNÈS
(cf. point suivant).
Il en résulte un coefficient
multiplicateur moyen de 3, 91 |
|
Coût |
Prix de |
Ratio |
multiplicateur |
Ventes |
CA |
Coût |
|
|
|
|
 |
|
|
|
|
Coût |
Prix de |
Ratio |
Coefficient |
Ventes |
CA |
Coût |
Plats |
matières () |
vente HT () |
Matières |
multiplicateur |
|
réalisé |
matières |
Entrées |
E1 |
2,50 |
7,50 |
33,33% |
3,00 |
450 |
3 375,00 |
1 125,00 |
E2 |
1,80 |
9,00 |
20,00% |
5,00 |
350 |
3 150,00 |
630,00 |
E3 |
2,10 |
8,00 |
26,25% |
3,81 |
400 |
3 200,00 |
840,00 |
Plats principaux |
P1 |
3,80 |
11,00 |
34,55% |
2,89 |
800 |
8 800,00 |
3 040,00 |
P2 |
3,50 |
13,00 |
26,92% |
3,71 |
700 |
9 100,00 |
2 450,00 |
P3 |
4,00 |
15,00 |
26,67% |
3,75 |
600 |
9 000,00 |
2 400,00 |
Desserts |
D1 |
1,10 |
5,00 |
22,00% |
4,55 |
500 |
2 500,00 |
550,00 |
D2 |
0,80 |
4,00 |
20,00% |
5,00 |
500 |
2 000,00 |
400,00 |
D3 |
1,30 |
4,50 |
28,89% |
3,46 |
500 |
2 250,00 |
650,00 |
|
|
Coefficient moyen |
3,91 |
|
43 375,00 |
12 085,00 |
|
|
|
|
|
Ratio réel |
27,86% |
|
|
|
|
|
Coefficient réel |
3,59 |
 |
|
|
|
|
|
|
|
|
Coût |
Prix de |
Ratio |
multiplicateur |
Ventes |
CA |
Coût |
| Le coefficient réel est, on le voit différent du coefficient moyen en raison de
la répartition des ventes. On doit vérifier régulièrement que le ratio réel, le
coefficient multiplicateur réel et la marge brute (Ces trois calculs cherchent à
vérifier le même phénomène) sont conformes aux objectifs pour que les charges fixes
soient couvertes et que l'objectif de résultat soit atteint.
C'est le calcul régulier des
ratios matières et plus généralement le reporting mensuel qui permettent ce
contrôle. |
Les principes d'OMNÈS (Vérifier la cohérence de l'offre prix)

L'application des coefficients multiplicateurs peut conduire à une
répartition des prix déséquilibrée. Plusieurs vérifications peuvent être
effectuées en utilisant les principes d'OMNÈS à titre d'information et non de règle
absolue de réussite. Vous trouverez dans la présentation de chaque principe des
exemples d'offres qui sont de vraies réussites commerciales et qui, pourtant, ne
respectent pas les principes d'Omnès.
1er principe
L'ouverture de la gamme de produits : " A l'intérieur d'une gamme
de produits (entrées, poissons...), le rapport entre le prix le plus haut et le prix le
plus bas ne doit pas excéder 2,5 ou 3 si la gamme est longue (plus de 9 plats). Il s'agit
ainsi d'offrir un éventail de prix correspondant à la clientèle ciblée et elle seule.
Si l'éventail de prix est trop large, la clientèle aura du mal à situer le niveau de
l'addition moyenne qui caractérise le restaurant ".
Ce principe focalise l'expérience du client et le contenu du bouche à oreille sur le
niveau de prix du restaurant alors qu'aujourd'hui l'ambiance, la relation avec le
personnel, la capacité de l'établissement à s'adapter à la situation du client sont
primordiaux. N'oublions pas que c'est le client qui décide du budget qu'il souhaite
consacrer à son repas en fonction de sa situation. Le principe peut donc être
interprété avec une certaine latitude; parmi les formules qui connaissent un certain
succès, on peut citer :
le prix unique, par exemple 5,9 pour tous les desserts; il
faut en effet que la différence de prix entre les plats soit perçue par le client comme
une différence de prestation, ce qui n'est pas évident pour les desserts. C'est pourquoi
l'ouverture de la ligne des desserts varie généralement entre 0 et 2 ;
les cartes courtes pour les plats principaux, par exemple 6 plats de
12 à 21 , soit une ouverture de 1,75. Généralement, plus le premier prix est
élevé, plus l'ouverture est faible ;
une ouverture importante pour des lignes à prix faible, par exemple
de 2,3 à 8,5 (ouverture 3,69) pour les entrées lorsque le nombre de plats est
important. Mais on rencontre aussi des lignes courtes à faible ouverture, par exemple de
5,3 à 8,4 .
2ème principe
Dispersion des prix : " A l'intérieur d'une même gamme, parmi trois
tranches de prix - basse, moyenne, haute - la tranche médiane doit comprendre un nombre
de références au moins égal au total des références proposées dans les tranches
basse et haute. En concentrant l'offre sur la tranche médiane, ce principe a pour but de
donner au client une image homogène des prix pratiqués par le restaurant ".
De nombreux restaurants connaissent un incontestable succès sans respecter ce deuxième
principe, la tendance étant d'offrir un choix plus large dans la gamme basse qui, à elle
seule, peut parfois comprendre plus de plats que les gammes médiane et haute réunies.
Cette pratique tient compte d'une demande plus sensible aux prix mais permet au client de
se faire plaisir en choisissant des plats plus chers qui devront vraiment se différencier
par la qualité des produits travaillés, la présentation ou le service. Des
répartitions 10-3-3, 9-4-2 sont fréquentes aujourd'hui et donnent satisfaction. Dans les
lignes à faible prix et à faible ouverture, la répartition a peu d'importance car les
écarts de prix sont forcément limités.
3ème principe
La mise en avant : "La mise en avant de produits (plats du jour, suggestions... )
doit être centrée sur des plats qui se situent dans la zone médiane de chacune des
gammes ".
Les plats du jour ou les suggestions sont au contraire le moyen d'innover, de proposer
au client de nouvelles expériences de produits et de prix en fonction des situations
perçues par le restaurateur. Par exemple , l'offre pourra être sensiblement différente,
le midi, le soir, la semaine, le week-end. Il en est de même des menus dont le prix
était considéré comme devant être égal à la somme des prix moyens de chaque gamme.
Le succès des " formules " montre que de nombreux restaurateurs ont
déjà abandonné ce principe. On rencontre de nombreuses formules à 15 le midi
alors que l'addition des prix moyens de la carte est proche de 30 .
Exemple
Un restaurateur élabore sa nouvelle carte des plats principaux. Il a
réalisé la fiche technique de chaque plat et déterminé les règles de modulation des
coefficients multiplicateurs :
- Coût matières inférieur à 3 : coefficient 3,5 ;
- Coût matière compris entre 3 et 5 : coefficient 3 ;
- Coût matières supérieur à 5 : coefficient 2,5.
Détermination des prix de vente taxes comprises arrondi à
une décimale. Le coefficient permet d'obtenir le prix hors taxes.
Plats
principaux |
Coût
matière |
Coefficient |
Prix
TTC |
P1 |
1,8 |
3,5 |
7,5 |
P2 |
2,1 |
3,5 |
8,8 |
P3 |
2,9 |
3,5 |
12,1 |
P4 |
3,4 |
3 |
12,2 |
P5 |
3,9 |
3 |
14 |
P6 |
4,7 |
3 |
16,9 |
P7 |
5,8 |
2,5 |
17,3 |
P8 |
6,2 |
2,5 |
18,5 |
Vérification des principes d'OMNÈS
Étendue : 18,5 /7,5 = 2,47 conforme au
principe
Dispersion :
- Étendue des tranches : (18,5-7,5)/3 = 3,67 ;
- Tranche 1 de 7,5 à 11,17 : 2 plats ;
- Tranche 2 de 11,17 à 14,84 : 3 plats ;
- Tranche 3 de 14,84 à 18,5 : 3 plats.
Le plat 6 devrait passer en tranche 2 en diminuant son coût matières
ou son coefficient.
Cet exemple montre que la répartition finale des prix dépend de la
répartition des coûts matières et que la méthode des coefficients multiplicateurs
(approche basée sur les coûts) et les principes d'OMNÈS (approche basée sur la
perception du client) sont complémentaires.
La
méthode des coûts cibles (des prix aux coûts)
La méthode des coefficients multiplicateurs est souvent critiquée
comme toutes les méthodes qui utilisent les coûts par les spécialistes du marketing qui
préfèrent partir du prix acceptable par le client déterminé soit par référence aux
prix de la concurrence, soit par enquête. Partir des prix n'exclut pas de vérifier la
viabilité économique de la décision. C'est l'objet de la méthode des coûts
cibles : dans sa conception initiale, la méthode consiste à concevoir le produit de
façon à ce que les coûts de production soient compatibles avec le prix que le client
acceptera de payer.
Un restaurateur fixe le prix du plat du
jour à 11
(par rapport à la concurrence, au positionnement choisi
) |
 |
L'objectif de coût matière est de 32 % |
 |
Coût cible
11 x 32% = 3,52
Le restaurateur doit choisir les produits et concevoir la recette de manière à
ce que le coût matière ne dépasse pas le coût cible |
Cliquez ici pour voir l'article "Bien gérer son restaurant passe forcément par le calcul du ratio matières"
Cliquez ici pour voir l'article "Comment déterminer les prix de la carte"
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