Bail des locaux
Voilà un document très important dans ces temps de décrets sur la sécurité et
sur l'accessibilité handicap dans les établissements recevant du public (ERP de
5éme catégorie pour les établissements hôteliers). En effet le bail fixe le
loyer, son montant, les conditions de son renouvellement, la nature des
activités professionnelles qui peuvent être exercées dans les locaux et les
conditions d'occupation de ceux-ci, il est aussi le document de référence pour
déterminer à qui incombe la charge financière, entre bailleur et preneur, des
mises aux normes exigées par l'administration.
Ce bail que, parfois, il y a plusieurs années, on a à peine consulté tant il
nous tardait d'acheter et de prendre possession de notre affaire... Ce bail,
aujourd'hui, on le relit avec intérêt et parfois on est catastrophé ! Car tous
les travaux d'entretien, de rénovation, mises en conformité, etc. qui ne sont
pas prévu à la charge du propriétaire sont à la charge du locataire donc à la
votre !
Et vous pouvez compter sur votre futur acquéreur pour en tirer les conséquences
financières c'est-à-dire, parlons franc : une déduction sur le prix de vente
pour pouvoir se mettre en conformité avec le bail... C'est tout à fait son
droit et je dirai même son devoir, s'il ne veut à son tour voir la valeur de son
fonds de commerce contestée lors de la prochaine vente. Le propos n'est pas ici
de reprendre toute la jurisprudence qui ne fera qu'augmenter au fil du temps
mais d'attirer l'attention... et de vous inciter à traiter le problème le plus
objectivement et le moins affectivement possible : votre futur acheteur n'est
pas responsable des engagements que vous avez pris le jour ou vous avez acheté
ce fonds de commerce.
Conseil
Tout vendeur est aujourd'hui confronté, à des degrés divers, au
problème de la mise en conformité de son établissement et/ou de son
fonds de commerce.
Reconnaître qu'il y a un problème et accepter de
le traiter objectivement est la bonne démarche.
Tout refus de
discuter, de négocier sur ces points feront fuir les acheteurs.
Mais
il faudra se méfier aussi de ceux qui acceptent tout et plaideront
ensuite la nullité de la vente et les dommages et intérêts… |
Ce chapitre nous donne l'occasion de repréciser qu'un locataire qui doit
faire face, de par les charges et conditions son bail, et selon les termes de la
loi "à des charges excessives" voit la valeur de son fonds de commerce sous
évaluée par rapport à celui qui n'aurait pas à subir les mêmes charges.
Conseil
Toute méthode d'évaluation d'un fonds de commerce qui ne tient
pas compte des charges et conditions du bail des locaux dans
lesquels l'activité est exercée est pour le moins incomplète, voire
farfelue. |
J'ai abordé précédemment l'importance de faire réaliser des diagnostics
chiffrés, c'est bien évidemment pour servir de base de négociation qu'ils sont
nécessaires.
Pour traiter ce problème il faut d'abord connaître précisément :
1. La date d'exigibilité de la conformité
Le délai d'exigibilité joue en votre faveur. En effet plus il reste de temps
à votre acquéreur pour se mettre aux normes plus la part qu'il peut prendre à sa
charge sera importante).
2. Être in-co-lla-ble sur la réglementation
Connaître sur le bout du doigt l'ensemble des obligations énoncées par le
décret et savoir à quoi elles correspondent exactement.
En effet, si vous voulez
pouvoir argumenter et vendre votre proposition, il faut que vous connaissiez
parfaitement votre sujet : ça va impressionner votre interlocuteur et à plus
forte raisons si lui-même comme c'est souvent le cas, n'a fait que survoler le
décret. S'il se fait accompagner par un conseiller, vous pourrez soutenir la
conversation voire la comparaison. De toutes les façons en jouant cartes sur
table vous avez plus à gagner qu'à perdre.
3. Se munir des textes
Et ne pas hésiter au cours de la discussion à les citer, à y faire
référence...
4. Disposer d'un devis ou d'une estimation des sommes en jeu
Il faut connaître le plus exactement possible le montant et le détail par
poste des travaux à réaliser ainsi que le délai et le niveau de perturbation
probable dans l'exploitation. L'hôtel peut-il continuer à fonctionner durant les
travaux ? Là encore, il faut discuter point par point. Mais vous n'êtes pas obligé, loin de là, de livrer l'ensemble de vos éléments dès le début de la
discussion.
Conseil
Plus vous vous serez informé sur vos obligations et plus aurez
préparé la négociation et mieux vous vous en sortirez. |
5. Discuter sur la somme ou sur un pourcentage ?
Parfois l'importance des sommes en jeu, au regard du prix global de vente,
peut être traité plutôt en % qu'en unité monétaire. Dire que l'on prend en
charge 50% des travaux peut paraître à votre acheteur plus équitable que si vous
lui annonciez l'équivalent en euros. A l'opposé, si vous souhaitez en prendre
moins de 50% annoncer plutôt la somme que vous êtes disposé à prendre à votre
charge.
Conseil
Faites en sorte que la discussion sur ce point soit une vraie
négociation et si possible qu'un accord soit trouvé afin que l'on
n'ait pas à y revenir plus tard. Celui qui le remettra en cause sera
en position de faiblesse. |
Enfin si vous devez reprendre une affaire soyez très vigilant sur le bail. Il
y a une tendance très nette de la part de certains propriétaires de murs à "charger le locataire" au-delà du raisonnable et de l'acceptable. Quelques
exemples de rédaction à vous faire dresser les cheveux :
- 1. «Le présent bail est consenti pour une durée de 10 années entières
et consécutives, qui commenceront à courir le... Pour se terminer le...»,
Commentaire : le bail n'est pas un bail commercial classique dit 3
ans – 6 ans – 9 ans ! Cela veut dire que le loyer pourra être réévalué
librement (déplafonné) à l'issue des 10 ans sans tenir compte des
habituelles bases : coût à la construction et autres ! Bienvenu au nouvel
acheteur qui va prendre la suite la 9e année par exemple !
- 2. «Le preneur se déclare prêt à effectuer à ses frais tous les
travaux, réparations et/ou remise en état que nécessiterait l'état des
lieux, même celle nécessitée par la vétusté, l'usure, les injonctions
administratives, commissions de sécurité ou autres».
Commentaire : ce qui est dit est dit et même écrit : TOUT est
à la charge du locataire.
Mais non tout n'est pas dit... il y a plus que tout... Lisez la suite...
- «Le preneur devra entretenir pendant le cours du bail les lieux
loués constamment en bon état de réparations locatives et d'entretien,
notamment les travaux de ravalement, peintures, fermetures, ferrures,
plomberie et autres»,
Commentaire : vous croyez qu'on a touché le fond ? Eh bien non il
y a encore un paragraphe qui précise (au cas cela serait nécessaire)
quelques détails sur tout ce qui est dans tout :
- «Il entretiendra les robinets d'eau et de gaz en bon état de
fonctionnement, et généralement fera son affaire personnelle de l'entretien,
de la remise en état et de toutes les réparations de quelque nature qu'elles
soient et même de tout remplacement qui deviendrait nécessaire, le tout
relativement à l'ascenseur, son installation, ses accessoires, son adaptation
aux normes, etc. et tout ce qui se rapporte aux installations, de plomberie,
électricité, fumisterie, menuiserie, serrurerie, appareils électriques, de
chauffage, d'eau, de carrelage, de marquise, de peinture, cuvette des WC, appareils
de chasse d'eau, évier, robinetterie et en général, à tout ce qui pourra
garnir les lieux loués, sans aucune exception ni réserve, l'énonciation qui
précède étant purement énonciative et non limitative. Il supportera
toutes les réparations qui seraient rendues nécessaires par suite du défaut
d'exécution des réparations locatives ou d'entretien, ou de dégradation
résultant de son fait ou de celui de sa clientèle, ou de son personnel»,
Commentaire : je sens que vous vous sentez mieux. Ouf ! Vous êtes
soulagé, vous aviez peur qu'il soit oublié quelque chose. N'ayez pas peur :
même la cuvette des WC est mentionnée ! Allez faites un effort un dernier
paragraphe pour la route...
- «Le preneur ne pourra, dans aucun cas et sous aucun prétexte, céder
son droit au présent bail en totalité, ou en partie, si ce n'est à son
successeur dans son commerce mais en totalité seulement, à charge en ce cas
de demeurer garant et répondant solidaire avec le cessionnaire et tous
occupants successifs, du paiement des loyers et accessoires et de
l'exécution des conditions du bail en cours et également pour la durée de sa
reconduction et/ ou de son renouvellement»,
Commentaire : et puis c'est trop bête de se quitter quand le
locataire actuel aura vendu, alors on se donne une petite chance de se
revoir... allez, tout le monde est solidaire avec tout le monde pour le
loyer et les obligations du bail et... pour la vie presque !
Alors ? Vous comprenez maintenant qu'un tel bail puisse dévaluer assez
fortement le fonds de commerce ?
Vous voulez en savoir plus ? Vous vous dites mais qui a pu signer un tel bail
?
Réponse : les anciens propriétaires des murs qui possèdent également le fonds
de commerce.
Ayant pris la décision de céder ce dernier avant de partir, ils
se sont fait un bail "aux petits oignons" et... bonne chance à celui qui
prendra derrière.
Sachant cela, relisez les clauses, vous verrez qu'elles sont
encore plus savoureuses car la commission de sécurité lors de son passage dans
cet établissement avait donné un avis défavorable à la poursuite de
l'exploitation !