Fin du monopole des syndicats pour former au
permis d'exploitation
Le Conseil d'État a mis fin au monopole des
syndicats professionnels pour assurer la formation au permis d'exploitation,
rendu obligatoire pour toute personne reprenant un établissement vendant des
boissons alcoolisées.
pendant de nombreuses années, la profession
s'était battue pour faire accepter le principe d'une formation obligatoire et
spécifique sur les droits et obligations attachées à l'exploitation d'un débit
de boissons. Le but de cette formation : informer tout nouvel exploitant de ces
obligations et éviter les fermetures administratives de l'établissement par
ignorance de la loi.
Ce permis d'exploitation sera institué par l'article 23 de la loi relative à
l'égalité des chances du 31 mars 2006, grâce au député Thierry Mariani, qui
verra son amendement adopté après une première tentative avortée en 2004. Il
faudra ensuite attendre le décret d'application du 16 mai 2007 pour rendre
effectif ce permis d'exploitation. Mais pas question de laisser faire n'importe
quoi à n'importe qui. La loi fixe non seulement la durée minimum (3 jours), mais
aussi son contenu. Le permis d'exploitation, valable pour dix ans, peut ensuite
être prolongé pour la même période à l'issue d'une formation de mise à jour des
connaissances d'une journée.
Mais surtout, l'organisme de formation habilité à dispenser les cours et
délivrer le fameux permis doit avoir l'agrément du ministère de l'Intérieur. Et
c'est là que le bât blesse. Car seuls les organismes de formation mis en place
par les syndicats nationaux représentatifs de la profession peuvent demander cet
agrément, accordé pour une période de cinq ans. Seuls 5 organismes de formation
bénéficient de ce précieux sésame : l'Asforest (Synhorcat), CPIH Formation, Umih
Formation, Fagiht Infa Formation et GNR-F (créée à l'initiative du Snarr, du
SNRC et du SNRTC).
La société Techniconform, organisme de formation spécialisé dans l'hygiène et la
restauration collective, ne l'entend pas de cette oreille. Elle introduit un
recours en octobre 2007 devant le Conseil d'État pour demander l'annulation des
articles du code de la santé publique relatives au rôle des syndicats
professionnels nationaux de débitants de boissons dans l'organisation de cette
formation.
Restriction prohibée
Dans sa décision du 2 décembre 2009 (n° 307542), le Conseil d'État lui
donnera gain de cause sur la base des articles 49 et 50 du traité instituant la
Communauté européenne, article posant en principe la libre circulation des
services. Le Conseil d'État juge en effet "que les dispositions de l'article
L.3332-1 du code de la santé publique, qui réservent l'organisation de ces
formations à ces syndicats, ont institué à leur profit une restriction à la
libre prestation des services prohibée en l'absence d'exigences d'intérêt
général." Et, par conséquent, les auteurs du décret "ne pouvaient sans
méconnaître ces stipulations, réserver la délivrance de l'agrément du ministre
de l'Intérieur aux organismes souhaitant assurer la formation obligatoire des
débitants de boissons à la justification de l'existence d'un lien avec un
syndicat représentatif de la profession." Avec cette décision, le Conseil d'État
a annulé les dispositions des articles du code de la santé publique réservant
aux seuls organismes de formation ayant un lien avec un syndicat professionnel
représentatif de la profession, la possibilité de demander l'agrément. Ce qui
veut dire, que tout organisme de formation professionnelle remplissant les
conditions relatives au contenu de la formation et à la mise en place de moyens
matériels et humains pour assurer cette formation peut désormais demander à
bénéficier de l'agrément auprès du ministère de l'Intérieur.