Changeons de modèle : nature, lenteur et gourmandise

Après le sommet de Copenhague, il devient évident que nous allons devoir changer de modèle de développement pour tenir les engagements qui en découleront. Actuellement, avec notre empreinte écologique, c'est-à-dire la mesure de la surface nécessaire pour produire les ressources que nous consommons et absorber les déchets que nous produisons, nous aurions besoin de disposer de 3 planètes si notre mode de vie était étendu à l’ensemble des humains (les États-Unis auraient besoin eux de 5 planètes). Si nous transposons cet indicateur au budget d’un ménage, nous commençons à vivre à crédit à partir du 10e jour du mois. L’humanité entière surconsomme chaque année 25 % de ressources en trop par rapport à ce que la terre met gratuitement à sa disposition. Ce modèle de développement n’est pas tenable. D’ailleurs les pétroliers eux-mêmes le savent puisque BP ne signifie plus British Petroleum, mais Beyond Petroleum (après le pétrole) et serait en passe de fournir 25 % de l’énergie photovoltaïque.

Mais que veut dire changer de modèle ? Quel modèle de développement devons-nous nous contribuer à faire naître ? Patrick Viveret propose une formule intéressante : "Allons vers une sobriété heureuse, adoptons frugalité et joie de vivre".
C'est-à-dire que nous devons renoncer à un mode de développement où l’objectif était de tirer le maximum : tout, tout de suite, mondial, énergivore, éphémère et standardisé au profit d’un modèle basé sur un optimum : au bon rythme, local, sobre en énergie, durable mais gourmand.

C’est l’approche mise en place par la société Exki avec son projet d’entreprise Re-think! Où tout est repensé : la façon de travailler, les partenariats, l’impact sur l’environnement et la santé. Ils s’inscrivent ainsi dans le nouvel enjeu mondial : économiser les ressources.

Par exemple nous allons vers une économie sobre en carbone qui pour consommer moins d’énergie, va chercher à réduire les distances, à réduire la vitesse. Pour illustrer cette idée, désormais pour proposer un kiwi, un fruit plein de qualités nutritionnelles pour nos clients, nous ferons plutôt venir la variété AOC du sud-ouest que celui de Nouvelle-Zélande qui pèse le double de son poids en carbone, avec la distance parcourue. Nous nous poserons désormais la question de combien de carbone au menu ? Ainsi Exki calcule l’empreinte écologique de ses plats. Et ils ont conçu avec le WWF un plat Charente, qui privilégie les légumes et dont l’empreinte écologique et moins du quart de celle d’un plat classique. De fait, dans cet état d’esprit, l’innovation se fera désormais beaucoup autour des légumes, qui ont une empreinte écologique bien meilleure que les productions animales (10 fois moins de gaz à effet de serre, 15 fois moins d’eau).

Nature
C’est ce qu’ont parfaitement compris par exemple Marc Veyrat et Régis Marcon.
Marc Veyrat avec Cozna Vera et son slogan : "Respectons la planète, dégustons la nature".

Régis et Jacques Marcon avec leur Hôtel-Restaurant totalement inséré et respectueux de la nature environnante.

C’est aussi le credo d’Alain Passard qualifié, dans une émission de télévision qui lui était consacrée, de "Toqué de légumes". Il possède 3 jardins potagers, travaillés à la main et avec des chevaux, pour être plus proche de la nature. Il multiplie les variétés de fruits et légumes (500), développe les techniques de cuisson, harmonise les couleurs et a commencé à se passer de la viande lors de la maladie de la vache folle.

Lenteur
La lenteur qui permet de réduire la facture énergétique est d’ores et déjà au cœur des pratiques de nombreux restaurateurs, pour ne citer que les plus emblématiques, ceux qui désormais livrent avec des triporteurs : Christophe Boisselier avec Eaty, Paul Guillermet et Jim Hellouvry à Tours avec Vélogistic ou encore Christian Barqui à Lyon avec Vert Tige.

Attention à ne pas confondre lenteur et manque d’efficacité, sans refaire la fable du lièvre et de la tortue, ces triporteurs sont à assistance électrique et sont plus efficaces qu’un camion dans les centres-villes.










C’est aussi bien sûr l’approche du mouvement Slow Food avec son symbole de l’escargot.
Et qui avec sa recherche de la Haute Qualité Alimentaire, nous permet de faire le lien avec notre 3e tendance.



Gourmandise


Créations de Régis Marcon.

Ce nouveau mode de développement ne sera pas triste, il sera gourmand.
Patrick Viveret définit cette approche en nous conseillant : "Pratiquons la stratégie du NANOUB : Nous allons nous faire du bien". La sobriété quantitative sera largement compensée par une gourmandise qualitative, un réel appétit de bien vivre. Ce n’est certainement pas un hasard si nos plus grands chefs sont des pionniers dans ce nouveau modèle.



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